HORS SERIE - GUERRE ET GUERRE-S

je restitue donc peu à peu mon taf sur la guerre mondiale et les guerres de la première partie du vingtième--- Dan Petri-Menzi

LE NOUVEAU SIECLE JUSQU’ EN 1918. Première séquence

 

Le vingtième siècle s’annonce comme celui de l’avènement du progrès, sous le fouet de la révolution industrielle. Ce progrès arraché au prix de calamités pour les pauvres est voué à devenir graduellement plus humain, plus social, en dépit de la résistance des classes possédantes. On en oublierait que le militarisme en a été le nerf. On appelle désormais patries les États-nation.

 

En 1913, Jean Jaurès dira : « Chacune des grandes patries d’aujourd’hui a maintenant les vices de l’esprit "provincial", l’étroitesse, la routine, la jalousie, la médisance. » (Jean Jaurès, 05 octobre 1913)[1]. . Dans le même temps, la libre concurrence a cédé le pas à la formation de trusts, de cartels, selon le principe : «  les gros poissons mangent les petits ».

 

 

On peut imaginer qu’à son tour, les gros poissons seront avalés par une masse de petits poissons rouges. Dit autrement : cartels, trusts pourraient être nationalisés et orientés vers la satisfaction des besoins des populations.

 

Ou alors, on peut rêver qu’un nouvel Age d’or où seront démantelés les trusts en vue de les redistribuer aux petits artisans et commerçants qui vivent dans la crainte de devenir des prolétaires.

 

En 1900, nul ne prédit une guerre mondiale ; une telle idée dépasse l’entendement. Nous vivons dans le règne du machinisme et …du militarisme qui forment un couple de forces inséparable.

«Si vis pacem, parabellum / Si tu veux la paix prépare la guerre ».

Ainsi grâce aux Traités et l’équilibre des forces armées concurrentes, la paix du monde est promise à un grand avenir. Le partage du monde n’est-il pas ébauché ?

 

Vers un partage du monde ?

Avant 1914, s’était engagée une lutte entre puissances rivales pour les colonies en Afrique et pour redessiner Europe centrale.

L’empire ottoman[2] est alors en cours d’effritement. A son apogée, il avait prise sur trois continents : Europe, Afrique, Asie.

Empire ottoman, en 1914

En Europe centrale se dresse alors l’Empire d’Autriche-Hongrie ou Austro- Hongrois.

 

Dans la partie la plus à l’ouest de l’Europe centrale s’est édifié l’Empire allemand consacré en 1871, sous l’impulsion de la Prusse.

A Cheval sur l’Europe et l’Asie centrale s’impose l’Empire russe.

 

Le développement du militarisme

Friedrich Engels, le frère de lutte de Karl Marx,  parle du développement de la tactique et de la stratégie militaire, de la prolifération ds armes à feu. Au fil du temps, les guerres requièrent un nombre de plus en plus important d’hommes du rang autres que mercenaires. Le développement du militarisme est imbriqué dans le développement des manufactures et, ainsi même, de l’industrie lourde.

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« Pour obtenir de la poudre et des armes à feu, il fallait l’industrie et à l’argent, tous deux appartenaient aux bourgeois des villes – les armes à feu furent dès le début les armes des villes et de la monarchie montante, appuyée sur les villes, contre la noblesse féodale. Les murailles jusqu’ici imprenables des châteaux forts des nobles tombèrent sous les coups de canons des bourgeois, les balles des arquebuses bourgeoises traversèrent la cuirasse des chevaliers (…)

Le développement des armes à feu se fit très lentement. Le canon restait lourd, l'arquebuse grossière, malgré de nombreuses inventions de détail. Il fallut plus de trois cents ans pour mettre au point une arme valable pour équiper toute l'infanterie. Ce n'est qu'au début du XVIII° siècle que le fusil à pierre avec baïonnette supplante définitivement la pique dans l'armement de l'infanterie. »

Engels ne manque d’évoquer le développement de la Marine de guerre :

« Le navire de guerre moderne est non seulement un produit, mais, en même temps, un spécimen de la grande industrie moderne, une usine flottante, - qui toutefois produit principalement du gaspillage d'argent. Le pays où la grande industrie est le plus développée, a presque le monopole de la construction de ces navires.

Tous les cuirassés turcs, presque tous les cuirassés russes, la plupart des allemands sont construits en Angleterre; les plaques de blindage, quel qu'en soit l'emploi, sont faites presque uniquement à Sheffield; des trois usines métallurgiques d'Europe qui sont seules capables de fournir les pièces les plus lourdes, deux (Woolwich et Elswick) appartiennent à l'Angleterre, la troisième (Krupp) à l'Allemagne. »

Dans le même temps, les révolutions américaines et françaises ont été le théâtre de la levée en masse, de l’irruption du peuple en armes, vite remplacé par la conscription – « service militaire, à l’exception de la Suisse dont la défense nationale est assurée par « le peuple en arme » 

Engels note alors :

« …le vaisseau de guerre, est devenu lui-même une branche de la grande industrie moderne. Et il n'y a personne qui soit plus contrarié par cet état de choses que la violence elle-même, c'est-à-dire l'État, à qui un vaisseau coûte maintenant autant qu'auparavant toute une petite flotte, qui doit se résigner à ce que ces coûteux navires soient déjà vieillis, donc dépréciés, avant même d'avoir pris la mer, » 

Engels poursuit :

 «… l'homme de l' “état économique”, l'ingénieur, est maintenant bien plus important à bord que l'homme de la “ violence immédiate ”, le capitaine. Nous, au contraire, nous n'avons absolument aucune raison d'éprouver de la contrariété à voir que dans cette concurrence entre la cuirasse et le canon, le navire de guerre se perfectionne jusqu'au comble du raffinement, ce qui le rend tout aussi hors de prix qu'impropre à la guerre , et ce que cette lutte révèle, jusque dans le domaine de la guerre navale, ces lois internes du mouvement, ces lois dialectiques selon lesquelles le militarisme, comme tout autre phénomène historique, périt des conséquences de son propre développement. »[3]

 

Ainsi même, le développement industriel du capitalisme, d’abord lent puis de plus en plus rapide, se marie avec le développement de « l’art de la guerre » : formations militaires en colonnes, emploi massif des tirailleurs débouchant sur une organisation des armées de plus en plus complexe dont la « rigidité » n’est qu’apparente.

 

Bien entendu, ce fardeau pèse sur l’édification des États modernes, dotés de puissants appareils militaro-policiers, le militarisme est une machine à endetter les États, à les assujettir ainsi fortement aux « forces de l’argent »…

 

Reste à souder entre eux les soldats car l’élément moral est le levain de la lutte militaire. Il faut vanter les vertus de l’héroïsme, de l’esprit de sacrifice, du « don de sa personne », il faut propager l’idée que la patrie à laquelle nous nous dévouons corps et âmes est la plus belle des nations et surtout que la guerre menée est juste et ne vise rien d’autre qu’une paix durable, un monde sans guerre. Il faut diaboliser l’ennemi de toutes les façons possibles, favoriser la fraternité d’armes entre pioupious d’une même nation, peaufiner un système de punitions et de récompenses, de distinctions et de châtiments. Le militarisme porte aussi en lui le carriérisme et ses tableaux d’avancement…

 

 

[1] - Jean Jaurès, idéal, république, socialisme (citations), dimanche 26 janvier 2020. Jacques Serieys. http://www.gauchemip.org/spip.php?article4931 

[2] Les Ottomans tirent leur origine d’une tribu turque.

[3] https://www.marxists.org/francais/engels/works/1878/06/fe18780611s.htm

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