PORTRAIT DE A.H en Caporal éméché

HORS SERIE HISTOIRE VINGTIEME

 Contenu

Un caporal épinglé. 2

Hitler, estafette en 14/18. 2

« Un chien perdu, fatigué ». 3

Un anarchiste de droite. 5

Mein Krampf (« connerie »). 6

Hitler, marxiste à l’envers ?. 6

 PORTRAIT DE A.H en Caporal éméché  

Les peintures de Adolf Hitler ne lui ont pas ouvert les portes des beaux-arts de München-Munich mais il n’est pas mal noté. C’est un concours. Cela ne l’aurait pas empêché de devenir un Führer plus tard.

A titre personnel, je peux dire que les couleurs de ses toiles et dessins n’étaient pas wagnériennes mais douces ou tristes. Les examinateurs lui suggèrent de s’essayer à l’architecture après un second échec au concours dans la spécialité peinture.

Puis, vient la guerre. 

Considéré comme déserteur puis réformé de l’armée austro- hongroise, A.H est incorporé dans les forces supplétives de réserve de la Reichswehr[1] en qualité d’estafette, c’est-à-dire : porteur de messages aux officier sur le Front contre la FR (French Republic).

Un caporal épinglé

Puis, vient la guerre. 

Considéré comme déserteur puis réformé de l’armée austro- hongroise, A.H est incorporé dans les forces supplétives de réserve de la Reichswehr[2] en qualité d’estafette, c’est-à-dire : porteur de messages aux officier sur le Front contre la FR.

Ici, nous avons à causer du diable si souvent niché dans les détails :

« En réalité, dit Yan Kershaw (dans sa monumentale et magistrale biographie de Hitler) dut son incorporation dans l’armée bavaroise non pas à l’efficacité de la bureaucratie mais à sa négligence [] Hitler était très certainement entré dans l’armée bavaroise par erreur. »[3]

Hitler, estafette en 14/18

Dans un article du magazine Valeurs actuelles, nous lisons dans un article basé sur les travaux des historiens Thomas Weber et de Sir Ian Kershaw[4], nous apprenons que  « Cinq jours après son arrivée au front, Hitler est promu caporal — Gefreiter. Il faut déjà suppléer les lourdes pertes dues aux combats. »              

Selon ces mêmes sources,

« Hitler est incorporé dans la 1ère compagnie du 16ème régiment d’infanterie de réserve bavarois, un régiment de supplétifs dont 70 % des recrues n’ont pas accompli de service militaire »

Le 29 octobre 1914, c’est  le baptême du feu en Belgique, lors de la première bataille d’Ypres.

« Hitler monte au front pressé d’en découdre, comme la plupart de ses camarades. Mais les coiffes grises des supplétifs démunis de casques à pointe les font prendre pour des Anglais, si bien qu’ils reçoivent par erreur des tirs allemands ! À l’issue de la bataille, considérée comme une victoire par les deux camps, de nombreux soldats allemands reçoivent la Croix de fer de seconde classe pour avoir franchi le feu ennemi. Hitler ne la recevra que le 2 décembre. »

Début octobre 1916 :

« Hitler est depuis quatre jours dans la Somme quand un obus frappe par erreur l’abri des estafettes.

Blessé à la cuisse gauche, il est rapatrié par train sanitaire en Allemagne, à Beelitz, près de Berlin.

Il y reste deux mois — « La ville est splendide, je me promène et je visite » —, puis retourne à Munich. Il y découvre l’activisme de groupes antisémites qui dénoncent le rôle des juifs dans le bourbier où s’est enfoncée l’armée allemande.

Ces groupes font impression sur lui.

Il saura s’en souvenir le moment venu.

Le caporal regagne son poste à Noël 1916 »

 

Le 04 août 1918 :

« Le 4 août 1918, Hitler reçoit sa deuxième décoration, la Croix de fer de première classe. Il la doit à sa proximité avec les officiers qu’il côtoie depuis maintenant quarante mois, et notamment à un officier juif, Hugo Gutmann »

 

Dans la nuit du 13 au 14 octobre 1918

 

« Hitler inhale du gaz moutarde. Pour lui, la guerre est finie. Mais la défaite subie est une véritable meurtrissure. Elle renforce ses convictions nationalistes. À l’hôpital de Pasewalk, où il est soigné, un rapport psychiatrique le décrit ainsi :

« Psychopathe présentant des symptômes hystériques.   

 

« Après quatre années de guerre en deuxième ligne, il quitte l’hôpital avec pour tout viatique un traitement pour troubles mentaux. »[5]    

                                                             

Le mieux, ce me semble, est de reprendre la trame de ce qu’a écrit Sir Ian Kershaw, dans un entretien qu’il a livré à l’Obs et qui remet certaines pendules à l’heure, y compris, vis-à-vis de ce que nous pouvons lire dans Mein Kampf – mon combat.

 

Rappelons que durant quelques semaines, il y a eu une République des Conseils en Bavière – une république soviétique, qui a été écrasé par les Freierkorps (voir plus haut)

 

« Un chien perdu, fatigué »

Kershaw dit :

« Il [Hitler] est resté dans l'armée régulière et n'a donc pas combattu par les armes le pouvoir communiste »

 

Adolf Hitler n’a donc pas appartenu aux Freierkorps. L’historien-biographe d’Hitler note :

« L’important pour Hitler, qui n'avait ni métier ni perspective, et tout juste 30 ans, c'était de pouvoir demeurer dans l'institution militaire »

Hitler est alors délégué des soldats de son régiment au sein de la République des Conseils de Bavière. S’agit-il pour lui de contrer de l’intérieur les Conseils ou de rester dans le sens du vent ?

Kershaw :

« Hitler ne serait sans doute jamais apparu sur la scène politique allemande, si, en mai 1919, un officier allemand ne s'était pas intéressé à lui. Le capitaine Karl Mayr commandait la section de renseignement de l'armée bavaroise »

Le capitaine Mayr a donc recruté Hitler. Hélas !

Outre le renseignement sur divers partis dont le fameux DAP, Hitler a pour mission de rééduquer ses camarades soldats sur une ligne nationaliste- antibolchevique

Kershaw :

« Hitler est d'abord envoyé pendant une semaine à l'université de Munich suivre les premiers "cours d'instruction antibolchevique ».

 

A propos de sa première rencontre avec le futur chef du 3ème Reich, le capitaine Mayr écrira :

 "On aurait dit un chien perdu fatigué en quête de maître prêt à suivre quiconque lui témoignerait quelque bonté..."

 

 

Il s'initie notamment à la finance internationale auprès d'un certain Gottfried Feder, un "économiste" qui prétendait distinguer le capital "productif" du capital "rapace", qu'il associait aux juifs.

 Feder deviendra l'"expert" économique du jeune parti nazi.

 Mayr dépêche ensuite Hitler dans une caserne comme instructeur politique auprès d'anciens prisonniers de guerre jugés peu fiables.

Là, tous - Hitler le premier - découvrent les talents d'orateur hors du commun du caporal. "C'est un tribun-né qui, par son fanatisme et son style populiste, captive l'attention et oblige à penser comme lui", est-il écrit dans un rapport militaire.

Il attire aussi l'attention par son antisémitisme particulièrement virulent.

A un auditeur de sa conférence qui voulait des détails sur la "question juive", il plaidera, dans une lettre du 16 septembre 1919, pour l'" éloignement de tous les juifs ". C'est le premier texte connu d’Hitler sur ce thème qui sera au coeur de sa pensée politique jusqu'à la fin. »

En septembre 1919 :

 « [Mayr] lui demande de surveiller les activités d'un groupe ultranationaliste comme il en existe des dizaines à l'époque, le Parti ouvrier allemand.

Mayr assurera plus tard qu'il avait demandé à Hitler de faciliter en sous-main, grâce à des fonds secrets gouvernementaux, l'essor de ce mouvement qui deviendra le Parti national-socialiste. En tout cas, c'est comme infiltré de l'armée qu’Hitler prend sa carte du futur parti nazi. Il continuera d'émarger à la section de renseignement pendant six mois, jusqu'en mars 1920, le temps de s'imposer comme l'orateur vedette du parti dans les brasseries munichoises… »

Pour parler plus sèchement : Hitler est alors un mouchard.

Son « parti » est à la solde de la Reichswehr, l’armée allemande résiduelle.

Son art ayant échoué aux portes des Beaux-arts de Vienne, avant-guerre, il entend mettre « de la vie dans son art » comme dirait Louis Jouvet.[6]

Après quoi, le DAP devient « national-socialiste » NSDAP : « parti national socialiste des travailleurs allemand »  Nazional socialisticher  Deutsche Arbeiter partei »

 

 

Un anarchiste de droite

Dès avant 1914, le premier souci d’Hitler est d’échapper, d’instinct, au travail (son père lui avait préparé un plan de carrière dans les douanes qui le rebutait).

Il ne projetait pas sa vision du monde, ses obsessions, ses angoisses ou ses passions sur ses toiles.

Pour survivre, il lui fallait produire des œuvres qui se vendent comme des cartes postales.

Evidemment, il commença par connaître la guigne, il travailla comme ouvrier-manœuvre par intermittence pour survivre et il lut des ouvrages de vulgarisation pour se faire une idée de l’état du monde et des courants de pensée qui s’y faufilaient.

Il avait peut-être des rêves de grandeur comme maintes personnes dont l’adolescence s’attarde.

Ses échecs dans divers concours en vue d’acquérir un statut d’artiste trouvèrent a posteriori  une raison dans l’antisémitisme sous sa forme la plus mesquine.

Avant tout, il avait une répulsion quasi anarchiste, antiétatique, de la Monarchie Austro-Hongroise et de la Dynastie des Habsbourg.

Un anarchisme de droite, pourrait-on dire, Hitler qui a

« exécré et haï la cage que représente l’Etat, où sévissent de vieux messieurs bornés comme des ânes » [7]

Rejetant son pays, dans une sorte de fuite en avant dans l’impasse où il s’est tapi, il déserte au moment de son service militaire et gagne Munich…où la guerre le surprend. Ne sachant pas où aller ni comment vivre, il se jette à corps perdu dans cette lutte.

 

Beaucoup ont cherché dans « l’enfance d’un Chef » le développement de ses traits destructeurs et sa fureur. Là encore, l’enfance de celui-là est prise trop souvent sous l’angle obtus de ceux qui connaissent la suite et la fin. Elle ne nous donne pas grand-chose de politiquement tangible, pas de prédisposition particulière à un rôle de monstre mondial hanté par l’idée d’extermination.

 

Si nous devons par exemple comparer l’enfance misérable et terrible de Staline à l’enfance d’Hitler, nous nous dirons qu’Hitler, à l’abri du besoin, était « aux anges ».

 Hitler n’a pas été éduqué à la haine des juifs, par exemple, ni à « écraser autrui ».  Il semble en effet acquis que son antisémitisme remonte à …mai 1919. Pourtant dans son « Mein Kampf », Hitler a affirmé : «  c’est à Vienne que je suis devenu viscéralement antisémite et un farouche ennemi de l’idéologie marxiste »… ; Selon Guido Knopp, auteur d’une bio d’Hitler : « il paraît beaucoup plus vraisemblable qu’Hitler soit resté apolitique et qu’il ait fait preuve d’un antisémitisme religieux somme toute fort ordinaire à la fin de la Première guerre mondiale »[8]

 

Mein Krampf (« connerie »).

 

Hitler est d’ores et déjà « un révolutionnaire contre la révolution » comme il se définit lui-même lors de son procès en 1924. [9] Les SA encadrent déjà des dizaines de milliers de recrues…En prison, il séjournera avec Rudolf Hess. Officiellement, ADOLF HITLER « dicte » Mein Kampf, mais il est possible que Hess se le soit dicté lui-même, Hitler se chargeant de la correction et de la finition.

 

Hitler, marxiste à l’envers ?

 Joachim Fest dit : «  Il [ADOLF HITLER] emprunta plus encore à ses adversaires qu’à ses modèles et ses alliés (…) ce fut du marxisme qu’il tira l’enseignement le plus durable » puis ce grand biographe cite  ADOLF HITLER :

 

«  J’ai beaucoup appris du marxisme. Je l’avoue sans ambages. Non pas son ennuyeuse doctrine sociale et du matérialisme historique, ce tissu d’absurdités…Mais leurs méthode m’ont instruit.

 

Je me suis appliqué sérieusement avec quelles hésitations ces petits esprits, ces bureaucrates et ces boutiquiers ont débuté.

Tout le national-socialisme est là-dedans. ; je n’ai qu’à les emprunter et les mettre au point pour disposer de presque tout ce qui nous faisait défaut.

 

Il me fallait simplement poursuivre avec logique les tentatives dans lesquelles la social-démocratie avait échoué dix fois, en particulier parce qu’elle avait voulu réaliser sa révolution dans le cadre d’une démocratie.

 

Le national-socialisme est ce que le marxisme aurait pu être s’il avait brisé les liens absurdes et artificiels qui l’attachaient à un ordre démocratique ».[10]                                                                     

                                          

Quelque chose cloche tout de même dans ce propos d’ADOLF HITLER : les communistes, eux, avaient « brisé » avec « l’ordre démocratique » bourgeois.

 

Or, A.H a voulu être reconnu par la bourgeoisie comme l’un des siens, c’est ainsi qu’il est devenu le premier bobo

 

 

 

 

 

 

 

 

[1] Défense de l’Empire. Dénomination de l’armée du Reich.

[2] Défense de l’Empire.

[3] Ian Kershaw \ HITLER\ Grandes biographies \ Flammarion \ 2008 – Edition originale 1999- 2000 \ page 81

[4] https://www.valeursactuelles.com/histoire/leur-grande-guerre-3/5-le-caporal-hitler-a-labri-du-front-42422

[5]

[6] Dans le film «  Entrée des artistes » \ 1938 \ https://fr.wikipedia.org/wiki/Entr%C3%A9e_des_artistes

[7] Cité et référencé par Guido Knopp- HITLER-Grincher éditeur- 1998 – page 96 

[8] Guido Knopp- HITLER-Grincher éditeur- 1998 – page 113.

[9] Joachim FestHitler – jeunesse et conquête du pouvoir. Gallimard éditeur. 4ème trimestre 1973. Page 93 

[10] Voir Joachim Fest – op.cit.- pages 145,146.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.