LETTRE OUVERTE À MONSIEUR LE PRÉSIDENT

Monsieur le Président, Je dois vous avouer que j’ai de plus en plus de mal à vous appeler ainsi.

Monsieur le Président,

Je dois vous avouer que j’ai de plus en plus de mal à vous appeler ainsi. Pour moi, le dirigeant d’un pays doit gérer celui-ci en bon père de famille, ainsi qu’il est recommandé à tous les citoyens. D’autre part, il doit protéger et servir, avec force et loyauté, les citoyens du pays qu’il dirige. Enfin, il doit veiller à ce que la justice soit impartiale, équitable et bienveillante.

Il ne m’apparaît pas, dans vos actes des derniers jours, que vous fassiez preuve de l’une ou l’autre de ces qualités.

Il n’apparaît pas que vous preniez soin des citoyens, que vous écoutiez ce qu’ils ont à vous dire, que vous organisiez des rencontres pour parler avec eux de ce malaise qui rend aujourd’hui la France si souffrante et si inquiète pour son avenir.

Il n’apparaît pas que vous protégiez vos semblables – à moins que vous ne considériez pas qu’ils le soient – des coups que lui portent les responsables des malheurs que subit notre Terre depuis des décennies. Non content de leur éviter ces souffrances psychologiques, vous leur infligez des souffrances physiques, que le monde entier a pu voir sur les écrans de télévision de (presque) tous les médias et sur les smartphones qui ont capturé ces instants d’une médiocrité absolue, où vos soldats en noir ont forcé des personnes âgées à s’agenouiller sur les pavés, les ont gazés, avec leur enfants et petits-enfants, ont frappé femmes, enfants et homme sans distinction d’âge, de race, ou de religion. Peut-être est-ce le seul moment où il n’y a pas eu de discrimination ?

Il n’apparaît pas que la justice ait été impartiale, lorsque des gilets jaunes se sont vu infliger plusieurs mois de prison ferme pour avoir simplement désobéi, pendant que vos soldats en noir rentraient dans leurs casernes en toute impunité.

À moi, il m’est apparu des visions, celles de pays où la dictature a remplacé la démocratie, où l’on voit des personnes à genoux, les mains sur la tête, trembler pour leur vie, eux qui n’ont eu comme seule motivation de défendre leur liberté et celle de leurs frères et sœurs.

À moi, il m’est apparu que tous les discours sur la nécessité de se serrer la ceinture pendant encore quelques décennies – voire pour l’éternité – ne sont, pour reprendre l’un de vos termes, que de la poudre de perlimpinpin.

À moi, il m’apparaît que de prétendre créer des emplois en donnant sans contrepartie quelques dizaines de milliards aux grandes entreprises (car les petites ne profitent que de quelques miettes) ne servent qu’à alimenter les poches de leurs actionnaires et faire profiter leurs dirigeants de salaires d’une indécence absolue. Je ne m’étendrai pas plus sur les autres mirifiques cadeaux accordés à ceux qui ne manquent de rien mais ont soif de tout.

À moi, il m’apparaît, que le président de ce pays qui est le nôtre ne sait rien du quotidien des gens qui le nourrissent, ce président et tous ceux qui n’ont jamais connu d’autre activité que de passer d’un cabinet de ministre à un mandat de député, des bancs d’une école où l’on est censé apprendre à administrer un pays, mais où en fait on comprend comment en profiter, aux salons dorés et aux postes d’administrateur de leur propre avenir.

À moi, il m’apparaît que le problème n’est pas tant les taxes et leur augmentation, mais la stagnation, voire la baisse des salaires depuis les années 80, cet argent-là étant transféré vers les acteurs du capital. Personne ne rechignerait à payer de justes impôts s’il lui restait de quoi vivre décemment. Ce qui n’est pas le cas pour beaucoup de ceux qui ont des revenus stratosphériques.

À moi, il m’apparaît que les citoyens ne demandent pas grand-chose : seulement un salaire décent, une retraite digne et de la justice. Ce jour-là, ils rentreront chez eux. Avec le sourire.

À moi, il m’apparaît que le temps est loin où certains hommes politiques pouvaient être fiers de servir leur pays avec conviction, conscience et efficacité, sans avoir besoin de vendre des babioles à leur effigie, ou de dire des insanités par un tweet rageur.

Pour toutes ces raisons, et leur liste est loin d’être complète, je considère que mon pays, notre pays, n’a plus de dirigeant ni de gouvernement légitime.

Aujourd’hui, je suis fier de tous ceux qui portent le gilet jaune, et qu’ils n’aient pas honte (comme le tweete le président) de ce qu’ils ont fait. Ils ne réclament que leur dû, ils le font avec leurs armes, et sans violence. Celle-ci n’est le fait que d’éléments extérieurs, voire téléguidés.

Je considère que la seule action possible de ce gouvernement est de rendre son tablier.

Je considère que la seule chose utile à ce pays est la dissolution de l’Assemblée Nationale.

J’aime à croire que de nouvelles élections législatives verraient surgir quelques personnes de bien, peut-être quelqu’un capable de nous mener vers quelque chose de meilleur.

J’aime à croire que ce quelqu’un sera vierge de toute mauvaise action, sera doté d’une belle conscience et pourra emmener la France vers un avenir.

En attendant ces jours meilleurs, nous ne lâcherons rien.

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