L'amour est aujourd'hui positivité pour devenir une formule de jouissance

 

 

Quatrième partie du texte de Byung-Chul Han « Pouvoir de ne pas pouvoir », extrait de l’ouvrage LE DESIR Ou l’enfer de l’identique, Editions Autrement, 2015 (Berlin 2012)  

 

Par le biais des médias digitaux, nous cherchons aujourd’hui à rapprocher l’autre aussi près de nous que possible, à anéantir la distance qui nous sépare de lui afin de produire de la proximité.

Mais, dans le rapprochement digital, nous n’avons plus affaire à l’autre : au contraire, nous le faisons disparaître.

La proximité est une négativité dans la mesure où une distance est inscrite en elle. La distance est au contraire abolie. Cela ne produit pas de la proximité, mais l’abolit littéralement.

La proximité laisse place à une absence de distance.

La proximité est une négativité. C’est la raison pour laquelle elle est chargée d’une tension.

L’absence de distance, comme dans le rapprochement digital, en revanche, est une positivité.

La force de la négativité tient au fait que les choses sont précisément animées par leur contraire. Cette force d’animation manque d’une simple positivité.

L’amour est aujourd’hui positivé pour devenir une formule de jouissance. Il doit avant tout produire des sentiments agréables.

Il n’est plus une action, une narration, un drame, mais une émotion et une excitation sans conséquence.

Il est exempté de la négativité de la blessure, de l’attaque ou de la chute. Tomber (amoureux) serait déjà trop négatif. Or c’est précisément cette négativité qui constitue l’amour.

« L’amour n’est pas une possibilité, il n’est pas dû à notre initiative, il est sans raison, il nous envahit et nous blesse et cependant le je survit en lui. »

La société de performance dominée par la capacité et dans laquelle tout est possible, où tout est initiative et projet, ne donne pas accès à l’amour comme blessure et passion.

à suivre,

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