LA RAISON DES OUVRIERS DU MONDE 2/3

DEUXIEME PARTIE : « Travailler à notre façon » 

Quelques premiers conseils pour celui qui veut marcher avec nous sur le chemin qu’on a ouvert. 

Si vous voulez comprendre ce qu’on est capables de faire, il faut que vous compreniez comment on le fait.

On est dans un système nouveau. Cela veut dire : on ne travaille pas comme un parti, une association ou un syndicat ; on ne travaille pas non plus comme des délégués travaillent.

Mais si on veut travailler autrement que les partis, les associations et les syndicats, il faut réfléchir tout ce qu’on fait et comment on le fait. Travailler à notre façon, c’est possible. Venez écouter, venez parler avec nous.

On est dans un système nouveau : on construit ensemble, pour notre foyer, notre machine de vérité, de respect, de bonheur et de courage.

Nous ne sommes pas nombreux. Mais ce à quoi on est arrivés, ce n’est pas petit, c’est costaud. On a une bataille solide. On travaille tranquillement, sérieusement.

Le bonheur ne vient pas tout seul, il faut l’accompagner. Les choses bien n’avancent pas vite. Et si on veut rester à l’abri, il faut qu’on soit unis : savoir s’épauler, s’écouter. Celui qui n’est pas là pour travailler avec nous, c’est qu’il n’est pas encore efficace dans sa vision.

On sait qu’on est dans la réunion des bonnes choses. S’il y a le bonheur, les gens qui ne sont pas là seront aussi dedans. C’est magnifique, cette oasis. C’est pour toute une humanité.

Notre premier conseil : Les gens simples ont une valeur. Lorsque c’est la vie des gens qui est en jeu, il faut que ce soit les gens simples qui travaillent ensemble.

Au contraire, tous ceux qui sont dans l’Etat travaillent pour l’Etat.

On a compris ça dans l’histoire de notre foyer : Sonacotra, Mairie de Paris, tous marchent main dans la main pour nous pousser dehors, nous mettre à l’écart. Le Maire du 15ème aussi est corrompu : ça veut dire qu’il ne s’occupe pas du bien des gens comme nous qui vivent sur son territoire.

On est des gens venus de loin travailler et vivre. On ne sait pas lire et écrire. On est au 21ème siècle et ils nous prennent encore comme au 18ème siècle, c’est ça qui nous touche, c’est ça qui nous tue.

Nous, on veut voir des choses claires, nettes, pas des choses vides. On ne veut pas que des gens vendent notre vie en l’air. Comme a dit un ancien du foyer Commanderie : « On est venus ici pour rendre la vie meilleure en Afrique, on ne veut pas que n’importe quel foyer soit comme nous», c’est à dire transformé en prison payante.


Notre deuxième conseil : Amener Sonacotra ou Aftam devant la justice, c’est possible. On peut s’attaquer ensemble à leur grosse machine, à tout un système.

Qui va parler devant Sonacotra, devant la justice ? Nous-mêmes, les gens simples du foyer.

Qu’on gagne ou pas, on peut le faire, avec la volonté le courage et l’intelligence. Pas besoin de savoir lire et écrire, on travaille avec des amis qui lisent et écrivent.

Et pour celui qui sait lire et écrire, il doit aussi apprendre à penser à partir des mots de ceux qui se battent, et c’est une chose difficile, qui demande de la patience et du temps.

On ne compte pas sur les gens « en place », sur « les élus », sur les puissants. On n’attend pas non plus que les journaux ou la télé parlent de nous. On construit au fur et à mesure ce dont on a besoin pour faire grandir notre propre puissance.

Par exemple, on trouve les moyens pour parler nous-mêmes de nous-mêmes : comme ce livre qu’on a écrit ; comme le rendez-vous avec nos voisins de juillet prochain dans le quartier ; ou comme la marche que nous allons organiser en septembre.


Notre troisième conseil : On peut toujours faire quelque chose. Rien n’est jamais trop tard.

Le feu, ça commence par une braise. Nous, c’est pareil : on a commencé petit.

On compte d’abord sur des gens qui veulent travailler sérieusement, qui décident de donner leur temps pour réfléchir ensemble, étudier ensemble chaque problème qui se pose. Deux personnes, ça suffit pour commencer quelque chose.

Si on est deux, on fait ce qu’on peut faire quand on est deux.


Notre quatrième conseil : Chaque fois, il faut mettre ce qui s’est passé dans la tête et dans le cœur.

Il faut lever la tête avec dignité. La parole de chacun compte. Tu prends la parole : ce que tu dis est bon, c’est noté ; s’il y a du mauvais, on jette.

On fait ce travail avec amour. On ne compte pas sur ceux qui ne sont pas là. On pense : « Ce qui est commencé est commencé, je vais le finir ». On travaille tous gratuit.

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.