Non. L'Etat n'est pas "désarmé", "impuissant" et "au bord de l'abîme".

Mon billet fait suite à l'article de Christian Salmon "Démocratie état d'alerte" du 31 mars 2013.

C'est une erreur que de faire une analyse de l'Etat en des termes qui le présente comme étant "désarmé, "impuissant", "au bord du vide".

Le faire apparaître ainsi ne donne pas la mesure de ce qu'il est devenu : un Etat séparé de toute interlocution. Un Etat séparé dans ses décisions de toute considération de l'intérêt général.

Entre l'Etat issu de l'après guerre, qui dans le cadre de la reconstruction intervient dans le sens d'un traitement équilibré des intérêts du Travail et de ceux du Capital, et l'Etat tel qu'il se redispose dans les années 80 à l'aune des objectifs d'un libéralisme exacerbé, il y a un monde.

Le capitalisme de l'exploitation et de l'accaparement privé du profit, à l'heure de ce néolibéralisme, va nécessiter alors pour accompagner et favoriser ce changement, l'intervention d'un Etat adapté et garant de la disjonction radicale des intérêts du Capital (abaissement drastique des coûts du travail, destruction de secteurs entiers de l'industrie, délocalisation, financiarisation accrue des marchés) et des intérêts du Travail (chomâge, précarité, abaissement des droits des travailleurs).

Parler, dans ce contexte, d'un Etat impuissant, est contraire au réel de la situation. Que l'Etat ait des difficultés à faire passer cette nouvelle orientation auprès de ceux qui en subissent les conséquences, c'est une chose inéductable au vue de la période précédente, dite des 30 glorieuses, dont il se démarque de façon brutale et néfaste. Qu'il soit par contre présenté comme une puissance sans puissance, au bord de l'abîme, c'est complètement rater le sens de sa nouvelle orientation et le fait de sa puissance renouvelée et renforcée.

Isoler aujourd'hui la question de l'Etat national de l'Etat transnational qu'il devient, avec les contreforts et les arcs-boutants que lui sont, non sans tensions, les instances étatiques de type international (politique, économique, militaire), sans lesquels il ne saurait aujourd'hui exister et fonctionner, c'est là aussi une faute d'analyse.

N'oublions pas qu'à l'opposé de ce qui est dit de sa supposé impuissance, il y a ses décisions en faveur de la guerre au Mali (sans compter à l'intérieur du pays, la guerre faite aux pauvres, aux Roms, aux sans-papiers, au foulard, à l'islam dit fanatique et terroriste, avec la construction d'une figure insistante de l'ennemi à éradiquer) et les mesures prises au bénéfice exclusif du grand patronat, qui affaiblissent notoirement la capacité de recours des travailleurs et des syndicats.

Ce n'est pas signe de faiblesse, mais tout au contraire l'imposition sans concession d'une nouvelle figure de la puissance sans partage de l'Etat. L'Etat séparé.

J'ajouterai que subordonner toute décision à l'aune du Capital, n'est pas une décision d'ordre économique, mais bien une décision politique qui engage l'Etat à promouvoir et à garantir toutes les conséquences d'un tel choix. 

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