Il y a quelques années, invité à un diner, j’ai eu à contrer une opinion qui trouva, sur le moment, l’assentiment de la quasi-totalité des convives qui, l’accompagnant d’un large sourire, poursuivirent jusqu’à son terme la dégustation d’huîtres et d’alcools variés, largement offerts par celui-là même qui, en maitre des lieux, venait de m’interrompre d’un sonore et appuyé « il n’y a pas de mal à être riche ».
Mon dieu ! Boire et manger dans un cadre de détente et de plaisir, ce qu’un hôte bien intentionné offrait à chacun, sans autre contrepartie que de convenir à son propos, n’était-il pas la moindre des choses à assurer ?
Je n’ai pu m’y contraindre. Et lui répliquais, tout de go, qu’il n’y avait pas de mal à être riche, sinon d’oublier qu’il n’y avait de « riches » qu’à raison d’un nombre conséquent de « pauvres », sans lesquels les riches ne sauraient discrètement, à l’abri, plastronner.
De retour à mon atelier, désireux de conclure ce que fut dans la soirée ce moment d’accroc, j’écrivis à la craie noire, à même un des murs : « Combien de pauvres cela coûte-t-il un riche ? »