1- Destitution de l'emblème démocratique, ou "tout le monde" est démocrate.

Je vais dans les jours qui viennent donner suite à ce premier billet qui engage à une réflexion ayant pour sujet l'emblème démocratique cher à ceux qui, en son nom, nous gouvernent, jusqu'à fomenter une figure de l'ennemi, et à l'occasion la guerre.

Le texte est pris à une intervention du philosophe Alain Badiou, dont je donnerai ici tout le contenu, à travers un découpage d'une douzaine de séquences.

 

L'emblème démocratique

En dépit de tout ce qui en dévalue jour après jour l'autorité, il est certain que le mot "démocratie" reste l'emblème dominant de la société politique comtemporaine.

Un emblème, c'est l'intouchable d'un système symbolique. Vous pouvez dire ce que vous voulez de la société politique, vous montrer à son égard d'une férocité "critique" sans précédent, dénoncer "l'horreur économique", du moment que vous le faites au nom de la démocratie (dans le genre: "Cette société qui se prétend démocratique, comment peut-elle faire ceci ou cela?"), vous serez pardonné.

Car à la fin, c'est au nom de son emblème, et donc au nom d'elle-même, que vous avez tenté de juger cette société. Vous n'en êtes pas sorti, vous êtes resté son citoyen, comme elle dit, vous n'êtes pas un barbare, on vous retrouvera à votre place démocratiquement fixée, et sans doute, d'abord, aux prochaines élections.

J'affirme donc ceci: pour seulement toucher au réel de nos sociétés, il faut, comme un exercice a priori, destituer leur emblème.

On ne fera vérité vérité du monde où nous vivons qu'en laissant de côté le mot "démocratie", en prenant le risque de n'être pas un démocrate, et donc d'être réellement mal vu par "tout le monde". Car "tout le monde", chez nous, ne se dit qu'à partir de l'emblème. Donc, "tout le monde" est démocrate. C'est ce qu'on pourrait appeler l'axiome de l'emblème.

à suivre...

  

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