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Billet de blog 17 mai 2013

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2- Du réel, ou de ce qui s'en suppose du côté du concept

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Après une courte introduction, trois types d'accroche vont être abordés par le philosophe Alain Badiou, à propos du réel, dans le cadre de son séminaire sur "L'immanence des vérités".

L'extrait 2 qui suit se présente comme une approche de ce qui s'en suppose du côté du concept : le réel-concept.

L'extrait 3 se présente comme une approche à partir de ce qui s'en suppose du côté du concret : le réel-concret.

L'extrait 4 se présente comme une approche de ce qui s'en suppose du côté du sensible : le réel-sensible.

...

 Aujourd'hui, des vocables tels que "réel" ou "réalités" sont essentiellement utilisés de façon intimidante.

Nous devons constamment nous soucier du réel ou des réalités (ce dernier terme ayant la préférence des hommes d'affaires et des politiciens), nous devons leur obéir et devons comprendre qu'on ne peut rien faire contre eux. La propagande contemporaine a fait de ces vocables des catégories oppressives.

Les réalités sont par définition contraignantes et forment une sorte de loi à laquelle il est déraisonnable de vouloir échapper. On ne peut pas imaginer une action collective rationnelle dont le point de départ subjectif ne soit pas d'accepter ces contraintes.

Ma question va donc être la suivante : est-il vrai que le réel est toujours source d'une imposition, plutôt que trouvé, rencontré, inventé ? Est-ce qu'il faut accepter comme une loi de la raison que le réel exige en toutes circonstances une soumission plutôt qu'une invention ?

Du réel-concept  

Mais comment commencer une investigation dont le propos est le réel ?

Comment commencer de telle sorte que ce commencement ajuste la pensée à un réel véritable, à un "réel réel" ?

La difficulté vient du fait qu'on ne peut commencer ni par le concept (l'idée ou la définition), ni par l'expérience (la donnée immédiate ou le sensible).

Dans le cas du concept en effet, il sera aisé de montrer que la construction qui découle de ce commencement-là est le contraire de ce qu'elle croit être. Elle est inclinée vers une perte ou une soustraction inaugurale du réel ; le réel aura été manqué dès le début parce qu'on a commencé non par le face-à-face avec lui mais par son enrobement dans le mouvement conceptuel.

Sauf à introduire une sorte de préalable identité entre le réel et le concept, c'est-à-dire un commencement aussi radicalement idéaliste que le commencement hégélien.

L'attribut essentiel en quoi le réel se reconnaît, c'est qu'il n'est pas immédiatement homogène à ce qui prétend s'emparer de lui. Il est très difficile de penser que le réel puisse être réductible à ma décision de pensée ; je peux formuler une hypothèse sur le réel, mais non pas une présentation conceptuelle du réel lui-même.

Ainsi une philosophie exagérément rationnelle ou tentée par l'idéalisme manquerait le réel dans sa façon de commencer parce qu'elle aurait raturé, oblitéré, dissimulé sous des abstractions qui n'acceptent pas son épreuve.

Dès qu'on diagnostique ce manquement, ce défaut idéaliste, alors c'est le réel comme imposition qui revient. On dira : "Vous avez manqué le réel, parce que vous avez en réalité manqué de vous soumettre à une épreuve préalable par laquelle le réel s'impose".

La puissance d'intimidation du mot "réel" va dès lors arguer du concret. Le concret c'est le nom du réel opposé à qui prétend commencer par le concept ou par la pensée (et qui, aujourd'hui, se verra appelé "utopiste criminel", "rêveur archaïque", entre autres...). Ce réel concret est le vrai réel, le réel authentique : les réalités de l'économie du monde, l'inertie des rapports sociaux, la souffrance des existences et le verdict des marchés financiers.

à suivre...

Avertissement amical : avant de conclure quoi que ce soit, attendre que les trois approches, par le concept, par le concret (à suivre), et par l'expérience soient suffisamment développées.

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