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Billet de blog 21 mai 2013

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4- Du réel, ou de ce qui s'en suppose du côté de l'expérience

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Faut-il alors concevoir que le réel ne se laisse appréhender que du côté de l'expérience, de la perception sensible, du sentiment immédiat, voire de l'émotion ou même de l'angoisse ?

C'est une longue tradition philosophique, consistant à s'opposer à l'idée d'une soumission savante à l'oppression du réel.

C'est dans ces termes que Pascal entreprend de ruiner le rationalisme cartésien,

que les empiristes auXVIIIe siècle s'en prennent à Leibniz,

que Kierkegaard critique Hegel

et que l'existentialisme contemporain remplace en quelque sorte la vérité par la liberté.

Dans cette vision des choses, il faut partir d'un tout autre point que celui de la spéculation conceptuelle. Il faut partir de la subjectivité comme telle, seule capable d'expérimenter la rencontre du réel.

Ce mouvement consiste à substituer la rencontre au savoir. Tous les tenants de cette tradition spéculative soulignent que cette rencontre est nécessairement risquée : un des signes de la rencontre, c'est le risque, et notamment celui de l'angoisse - l'angoisse se définissant comme l'épreuve de la rencontre du réel, soit s'il vient à manquer, soit s'il vient au contraire à surabonder.

L'usage que la psychanalyse, dans la modalité qu'elle prend chez Lacan, fait du mot "réel" s'enracine explicitement dans cette tradition. On observe bien, dans la clinique, que dès qu'il s'agit du réel, dès que tombent les défenses organisées par l'imaginaire, dès que tombent même les impositions fictives dont nous parlions tout à l'heure, alors l'angoisse est à l'ordre du jour.

"Seule l'angoisse ne trompe pas", dit Lacan. Elle est le prix à payer pour la rencontre du réel. Mais l'angoisse est toujours susceptible de se transformer en courage, parce que c'est son contraire dialectique.

L'angoisse est aussi un risque pour les dominants. Soit dit en passant, la prévalence du discours économique peut aussi se présenter comme une sorte de protection étatique contre l'angoisse. Une partie de la délégation savante du contrôle savant des réalités, dans le cadre du discours économique, consiste à produire beaucoup de dépression mais aussi peu d'angoisse que possible.

L'objection que l'on peut faire à la thèse générale selon laquelle la rencontre du réel relève de la subjectivité, c'est que l'immédiateté du monde sensible n'a aucune garantie, il est entièrement pétri et constitué des relations qui renvoient à la dictature de la figure du réel dont je suis pari.

Par conséquent se confier à l'immédiat sensible, à la rencontre etc. va tout simplement consolider ce que "réel" veut dire dans les opinions dominantes, c'est-à-dire un monde soumis à l'impératif du réel comme intimidation.

On ne va pas voir, comme dans la première hypothèse, un renvoi à un savoir aliéné dans l'objectivité intimidante, mais une opinion que la simple expérience ne pourra pas différencier dans un monde qui est structuré par la dictature d'un concept du réel comme intimidation.

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