Vous avez dit "souveraineté populaire" ?

 

 Depuis le réalignement dramatique de la Grèce, applaudi par certains et pleuré par d’autres, de gauche et de droite, nombre de médias et de démocrates bien intentionnés viennent à jargonner ces temps-ci, se saisissant du principe de « souveraineté populaire », pour accuser l’Europe, qui n’est autre que l’Europe du marché, de la concurrence et de la finance, d’un manquement à la démocratie. Démocratie du monde dit libre, qui porterait haut à l’ordinaire ce principe de « souveraineté populaire » que garantirait le vote…

« Souveraineté », ce mot plaît au point que certains en ce moment y vont, aux côtés de la « souveraineté populaire », à parler de la « souveraineté bourgeoise » et même de la « souveraineté internationaliste » (voir le dernier blog d’Yvan Najiels). Pourquoi ne pas ajouter, pendant qu’on y est, la « souveraineté prolétarienne » chère à la doxa du marxisme standard dit scientifique…

Voilà que, de-ci de-là, de gauche et de droite, on jargonne « souveraineté populaire », afin de relancer le semblant le plus éhonté, aujourd’hui bien écorné, celui qui consiste en la croyance et en l’accrochage - petit-bourgeois qui s’ignore - au régime dit démocratique qui serait notre bien à tous, garanti par le vote et la représentation parlementaire…

Voilà qu’on jargonne, alors que la réalité, du côté populaire, c’est la désorientation,  l’atomisation, la dépolitisation, le repli sur soi, la séparation de toute capacité actuelle, compte tenu de l’obsolescence politique des partis et des syndicats, à intervenir un tant soit peu contre la machinerie étatique et ses machinations qui destinent par millions des gens à la pauvreté et à l’abandon.

Une puissance populaire, et non cette mensongère « souveraineté populaire » soumise par le vote à la domination bourgeoise (et non platement « souveraineté bourgeoise »), est à construire, reconstruire, en toute indépendance, toute autonomie.

A distance marquée de tous ces appels et rappels à la « souveraineté populaire » qui n’ont d’autres visées et résultats que de  maintenir les gens dans la dépendance de l’Etat (dit démocratique) et des différentes organisations (dites démocratiques) qui en légitiment et en confortent le pouvoir de nuisance.

Il est grand temps que la politique se traduise du côté des gens par la création de nouveaux lieux de rencontre, d’action et de pensée, qui n’aient pas les mots du jargon étatique et démocratique pour orientation…

A suivre        

 

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