L’Europe doit engager la «guerre» contre le réchauffement climatique

A quelques mois d’échéances électorales importantes, alors que le projet européen est en panne, l’urgence nécessite d’engager notre continent dans une « guerre » contre les dérèglements climatiques.

On n’aura jamais autant parlé, ces dernières semaines, du réchauffement climatique. De Montréal à Lisbonne, de Los Angeles à Stockholm, d’Athènes à Paris, toutes les grandes métropoles mondiales s’alarment du « temps » qui se dérègle. Jusqu’à évoquer la crainte d’un effondrement massif et hors de contrôle du système climatique terrestre.

La collapsologie (de collapsus « qui est tombé en un seul bloc »), cette discipline qui étudie l’effondrement de notre civilisation industrielle, sort progressivement de son isolement, tandis que la chimère de l’Accord de Paris commence à s’effacer. Au regard des tendances observées actuellement, concernant l’émission des gaz à effet de serre (GES) ou la prédation sur les ressources, plus personne ne croit sérieusement possible de limiter la progression des températures à moins de deux degrés. Alors que faire face à ces perspectives ?

A quelques mois d’échéances électorales importantes, alors que le projet européen est en panne, l’urgence nécessite d’engager notre continent dans une « guerre » contre les dérèglements climatiques. En effet, comme dans une économie de guerre nécessitant des pratiques et une mobilisation exceptionnelles (contrôle de la politique monétaire, recherche de l’autarcie au niveau des produits de base, réduction de la consommation énergétique…), toutes nos forces, humaines, financières, organisationnelles, technologiques et  scientifiques, doivent être tournées vers un seul objectif : préparer les européens (l’humanité toute entière) à des conditions d’habitabilité terrestre dégradées. A cet égard, la diminution des ressources en eau potable, la stérilisation des sols, les villes asphyxiées ou l’apparition de nouvelles épidémies, sont déjà pour de nombreux contemporains, la seule réalité.

Il s’agit donc bien de nous préparer collectivement à un changement d’échelle qui impactera notre mode de vie. Car comme l’indique le climatologue Jean Jouzel : « Si on dit en Europe que notre mode de vie n’est pas négociable, on y arrivera pas, c’est clair ». Pour le dire autrement, comme il n’y a pas eu de mondialisation heureuse, il n’y aura pas de transition écologique sans restrictions et limitation de nos besoins. Nous devons défendre, à l’échelle de l’Europe, une économie basée sur le rationnement de nos ressources (comme par exemple la mise en place de quotas individuels de carbone et d’énergie), sur l’utilisation de technologies simples (les low tech ou basses technologies, facilement réparables et localement disponibles), la planification des investissements et la sortie du mythe de la croissance qui occulte et nie la gravité de la situation.

Or rien dans les priorités actuelles de l’Union Européenne ne va dans ce sens. Pire, le choix des mécanismes de marché et de la concurrence, de l’Euro fort ou de l’orthodoxie budgétaire, ne font que renforcer les déséquilibres, quand il faudrait ralentir les flux de biens et de services, réduire la place de la consommation, préserver les sols plutôt que les marchés financiers, diminuer les échanges touristiques qui représentent 8% des émissions de GES dans le monde…C’est pourquoi les élections européennes doivent être  l’occasion, pour les écologistes, de marteler cette évidence : nous sommes engagés dans une course de vitesse et il n’y aura pas d’adaptation régulée (non chaotique) à la crise climatique sans un profond réajustement de notre mode de vie, de nos priorités et de nos comportements. De quoi redonner du sens et une légitimité nouvelle au projet européen.

Alain Coulombel (Secrétaire National Adjoint d’EELV)

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