POUR UNE SOCIÉTÉ ÉCOLOGISTE

Face à l'effondrement en cours de la civilisation thermo-industrielle, il est urgent de jeter les bases d'un nouvel espace politique capable de rapprocher l'imaginaire de gauche et l'imaginaire écologiste afin de construire ensemble un projet de société écologiste. Sans quoi l'alternative politique à venir se limitera à Macron ou Le Pen.

POUR UNE SOCIÉTÉ ÉCOLOGISTE

            « L’absence de futur a déjà commencé » (Gunther Anders)

A quelques semaines d’un congrès important pour EELV essayons d’y voir plus clair sur les enjeux pour notre mouvement et pour l’écologie politique en général.

Le constat d’abord

S’il y avait encore des doutes sur la gravité de la situation de notre planète, l’été 2019 aura apporté son lot de preuves supplémentaires : canicules, méga feux en Sibérie, Amazonie, Portugal, Grèce ou sur le continent africain, fonte accélérée de la calotte glaciaire, pénurie d’eau douce.

L’effondrement de la civilisation thermo-industrielle est en cours, tout se dérègle en même temps et de façon globale : changement climatique, perte de biodiversité, perturbations globales du cycle de l’azote et du phosphore ; usage des sols ; acidification des océans ; déplétion de la couche d’ozone, usage de l’eau douce, pollution chimique…

« Ce qui gronde devant nous, indique Christophe Bonneuil, n’est pas une crise climatique à gérer avec des « solutions » ou une mondialisation économique à réguler, mais la possibilité d’un effondrement du monde dans lequel nous vivons, celui de la civilisation industrielle mondialisée issue de cinq siècles de capitalisme. » Après plusieurs siècles d’accumulation du capital et de développement industriel effréné, notre économie-monde bute aujourd’hui sur des limites géo-physiques. S’ajoutent à ces dimensions matérielles, des dimensions symboliques et imaginaires, qui touchent à notre sensibilité, à notre rapport aux autres et au monde. Une peur sourde traverse nos sociétés. Les énoncés scientifiques, littéraires, journalistiques, à dimension catastrophiste s’accumulent et la collapsologie a désormais une oreille attentive dans l’opinion.

Ce que traduisent les multiples formes de mobilisation des jeunes (marche pour le climat, désobéissance civile, action de rébellion) et les appels du milieu scientifique et intellectuel. Cette prise de conscience nous oblige en tant que formation politique à jeter les bases d’un débouché politique.

Notre rapport au capitalisme

Or face à l’effondrement en cours, il n’y a pas de place pour une écologie à la sauce réformiste dont le seul objectif se résumerait à réguler le capitalisme. Nous ne croyons pas à l’écologie d’accompagnement ou à l’écologie des petits pas. La transformation globale de notre modèle, passe nécessairement par une remise en question de l’accumulation du capital, des rentes, des droits de propriété, de l’exploitation sans limite du salariat et des ressources de la planète. Nous soutenons que la logique prédatrice et court-termiste du capitalisme financier conduit à rendre la Terre inhabitable et que seule la prise en compte du long terme, de la justice sociale, de la sobriété peuvent nous éviter le pire. De ce fait, l’écologie politique que nous défendons puise ses racines dans les combats émancipateurs de la gauche, tout en y ajoutant notamment le respect du vivant non humain, la sauvegarde de la biodiversité, le dépassement de l’opposition nature-culture, une réflexion de fond sur le sens de la production et de la consommation.

Une stratégie sans ambiguïté : faire converger l’imaginaire écologiste et l’imaginaire de gauche

Les résultats des européennes de mai 2019 dessinent un nouveau paysage politique. En rassemblant plus de 3 000 000 de voix, EELV a créé la surprise mais dans un espace politique à gauche qui poursuit sa lente décomposition. Face à l’urgence climatique et sociale, face à la montée des extrêmes droites, face au repli nationaliste, cette situation ne peut pas nous satisfaire dans la mesure où dans le camp des écologistes et de la gauche critique aucun processus de recomposition n’est engagé.

Voulons-nous que l’alternative politique en France se limite à Macron ou Le Pen ? La poursuite de politiques néolibérales climato-impuissantes d’un coté, la mise en place d’une ligne de repli identitaire, de l’autre ?

La critique sans concessions que nous devons faire de la gauche industrialiste et « productiviste », de son incapacité, tout au long des deux derniers siècles, à tenir compte de l’impératif écologique, ne doit pas nous entraîner vers une approche écolo-centrée ou trop sommaire, qui nierait la nécessité de faire converger l’imaginaire écologiste et l’imaginaire de gauche. Afin de dessiner, un nouveau projet de société écologiste associant justice sociale, féminisme, solidarité internationale, autonomie, lutte pour les communs, décentralisation et justice environnementale.

 

 

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