Les réfugiés en Turquie ; une situation sans précédent

En presse, il est monnaie courante qu’un texte, surtout s’il est long, soit « raccourci » avant publication. C’est le cas de mon dernier reportage À Istanbul, trois familles syriennes en appellent à l'Europe. Mediapart permet d’avoir un blog. J’en profite donc pour publier les informations amputées que je juge importantes pour mieux comprendre la situation de la Turquie confrontée à une arrivée de réfugiés sans précédent.

En presse, il est monnaie courante qu’un texte, surtout s’il est long, soit « raccourci » avant publication. C’est le cas de mon dernier reportage À Istanbul, trois familles syriennes en appellent à l'Europe. Mediapart permet d’avoir un blog. J’en profite donc pour publier les informations amputées que je juge importantes pour mieux comprendre la situation de la Turquie confrontée à une arrivée de réfugiés sans précédent.

Dans l’article, je rappelle qu’à la chute du bloc soviétique, ce pays ouvre ses frontières à de nombreux réfugiés en provenance des Balkans et des ex-républiques de l’URSS. De par sa position carrefour, le pays fait aussi office de premier refuge d’un Moyen-Orient instable. Depuis la chute du Shah d’Iran, un flux constant de ressortissants iraniens s’y réfugie.

En 1988, 50 000 peshmergas kurdes fuyant l’armée irakienne passent la frontière. En avril 1991, ce sont 500 000 kurdes poussés par les opérations militaires irakiennes. Sans oublier les travailleurs étrangers fuyant la guerre du Golfe, vivant en Irak ou au Koweït. Selon les deniers chiffres rendus publics par le Haut commissariat aux réfugiés (HCR), en 2014 la Turquie est en tête des pays industrialisés en terme de personnes accueillies par rapport à la richesse nationale.

Pour faire face à l’urgence, à la fin des années 1980, les autorités instaurent le statut « d’invité ». Avec la perspective d’une entrée dans l’UE, la législation évolue. L'asile autrefois considéré par Ankara comme une question de sécurité intérieure est désormais aussi appréhendé comme une question de droits de l'individu. 

Les réfugiés syriens bénéficient d’une « protection temporaire » qui implique un non-refoulement et une non criminalisation de l’entrée irrégulière. Des droits sont aussi associés : accès  au système de santé  à l’éducation, droit au travail. Toutefois, l’application des textes est impossible en raison de l’explosion du nombre de personnes concernées.

Si le statut de « protection temporaire  » accorde certains droits, il obstrue la voie vers le statut de réfugié reconnu internationalement. Pas question de se tourner vers le HCR qui siège à Ankara. Contrairement à d’autres nationalités (Irakiens, Iraniens, Afghans, etc.), seuls les Syriens les plus vulnérables peuvent être pris en charge (5 000 en 2014). Tous les autres sont exclus du mandat de l’officine des Nations Unies en vertu d’un accord avec les autorités turques. Ils ne peuvent donc pas bénéficier d’une réinstallation dans un pays tiers.

Concrètement, cela ne change pas grand-chose. Au 30 juin 2015, 1 770 000 Syriens, 100 000 Irakiens, 44 000 Afghans, 20 000 Iraniens sont recensés par le HCR et, pour la plupart, il faut patienter plusieurs années avant d’obtenir un rendez-vous. Symboliquement, c’est la confirmation qu’il n’y a aucune voie légale pour assurer des jours meilleurs à ses enfants même à moyen terme.

 

L'atelier de Mahmoud avant et après réquisition L'atelier de Mahmoud avant et après réquisition

 

Pour mieux comprendre tous ces enjeux, j’ai lu la thèse remarquable de Sarah Lamort publiée en 2014 - Frontières de l’asile - dont une partie est consacrée à la Turquie.

Ce pays est également l’avant-poste de flux migratoires illégaux vers l’EU. L’agence Frontex qualifie la frontière entre la Turquie et la Grèce de « point-chaud incontesté ». « Dès l’année 2010, une partie des flux empruntant la voie maritime se détourne vers la frontière terrestre où les entrées irrégulières constituent jusqu’à 60% de la totalité des entrées irrégulières au sein de l’UE détectée. Les passages se concentrent sur les 12,5 km où la frontière entre les deux États ne correspond pas au lit de la rivière Evros, particulièrement dangereuse à traverser », explique la chercheuse.

Travaillant toujours en Turquie, Sarah Lamort reste bien placée pour constater que : «  la Turquie montre à la fois sa capacité à être un pays de premier asile pour des flux de crise en provenance de Syrie et d'Irak d'une ampleur inégalée, tout en construisant en parallèle un système d'asile perfectionné visant à déterminer et à répondre aux besoins de protection des flux réguliers de demandeurs d'asile en provenance d'Iran, d'Asie centrale ou encore d'Afrique. Au regard de l'effort d'accueil fourni, il paraît bien légitime que ce pays attende un soutien de son partenaire européen. L'augmentation significative du nombre de places de réinstallation au sein des États membres pour les réfugiés accueillis par la Turquie permettrait à la fois de soulager Ankara, tout en fournissant une solution durable de protection aux réfugiés. » 

Je termine en remerciant Mahmoud S pour sa confiance. Voici sa page Facebook si vous souhaitez le soutenir.

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