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Billet de blog 23 avr. 2020

Monde d'après, utilité sociale des métiers et salaires

La crise sanitaire actuelle nous invite à revoir les fondements de la hiérarchie des salaires en France. Une occasion de lancer un débat publique pour entrer dans le monde d'après.

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Parmi les nombreux objets de prise de conscience suscités par la crise sanitaire et économique dans laquelle nous sommes plongé·e·s, il y a la question de l’utilité sociale de certains métiers. Tous les soirs des millions de personnes applaudissent désormais le travail des soignant·e·s. D’autres expriment leur gratitude pour les éboueurs, pour les caissières, … Ces marques de sympathie et ces hommages sont bien évidement mérités tant le dévouement de ces salarié·e·s est impressionnant. Tous les jours ils et elles prennent des risques important au service de l’intérêt général et, du fait de l’incurie de ce gouvernement, sans les protections individuelles nécessaires. Mais puisqu’il est de bon ton de parler du « monde d’après », la prise de conscience de l’utilité du travail réalisé par ces catégories de métiers devrait nous amener à une reconnaissance sociale de leurs activités. Or le salaire médian en 2017 était de 1935 euros pour la FPH (1818 pour les aide soignant·e·s), 1737 pour un éboueur en 2019, 1495 en 2019 pour une caissière… le salaire médian pour la France était de 1789 pour sa part et de 2238 pour le salaire moyen. De leur côté la rémunération des patrons du CAC 40 a atteint en 2018, en moyenne, 5,77 millions d’euros, soit 277 fois le smic ou 152 fois le salaire brut moyen des Français. Il s’agit bien sûr d’un cas extrême puisque les patrons des entreprises de 50 à 499 salarié·e·s ont un salaire médian de 4 500… La crise que nous vivons dévoile l’ampleur des inégalités dans notre société à bien des égards. Il est plus que temps d’inverser la tendance. Il ne s’agit là que d’une vieille revendication quoique légitime du monde d’avant !

Si nous revenons à nos aide soignantes, infirmières, éboueurs, métiers de la grande distribution, … bref toutes celles et tous ceux sans qui nous ne pourrions vivre au quotidien, on peut bien sûr aussi revendiquer une augmentation de leurs salaires, ce que font leurs organisations syndicales. Mais si on veut vraiment entrer dans le monde d’après, alors c’est la hiérarchie des salaires qu’il faut questionner.

Il s’agit de trouver des critères objectifs à partir desquels la société décide collectivement que l’utilité sociale de tel ou tel métier nécessite une rémunération d’un tel niveau. La question de la reconnaissance de la qualification des salarié·e·s à travers la question des salaires a été l’objet de nombreux débats et de nombreuses luttes sociales. Une des réponses fut celle des conventions collectives dont les premières sont créées à l’initiative de l’État (décret Millerand de 1899) qui imposait aux entreprises souhaitant répondre aux appels d’offres de travaux publics le respect de règles en matière de salaires, de durée du travail et de conditions d’emploi. Ce fut ensuite le Front Populaire avec la loi de 1936 qui a déterminé un cadre généralisant les conventions collectives.

Mais c’est surtout au lendemain de la Seconde Guerre mondiale que pour construire le monde d’après de l’époque, les lois Parodi en 1946 créèrent un dispositif de classement de l’ensemble des emplois, de leurs qualification et de leurs rémunérations. La logique reposait sur la volonté d’établir une équivalence entre qualification et rémunération de manière à protéger les salarié·e·s. Il s’agissait de leur reconnaître une valeur d’usage mesurée/reconnue à partir de la qualification d’un individu.

Une échelle hiérarchique fut ainsi créée faisant apparaître un triptyque : qualification, salaires mais aussi prestige issu d’une reconnaissance des tâches à accomplir. Le classement technique de la grille qualification/salaires était aussi un classement social qui apparaît d’ailleurs dans les classifications socio professionnelles entre autres (PCS).

Lors de son allocution du lundi 13 avril, Emmanuel Macron, reprenant à son compte l’article 1 de la déclaration des Droits de l’Homme a affirmé que « les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l'utilité commune ». Prenons-le au mot ! Puisque l’heure du jour d’après est venue, il nous semble qu’il est temps de revoir ce classement à l’aune de l’utilité sociale. Pourquoi ne pas garder l’idée d’une reconnaissance des qualifications en lien avec un niveau de rémunération mais désormais aussi en lien avec l’utilité sociale du travail réalisé ? Et qui d’autres que la société elle-même pourrait être amenée à définir cette reconnaissance de manière totalement démocratique. Ce serait là une bien jolie manière de mettre en œuvre la rupture avec le monde d’avant et ses logiques inégalitaires de rémunérations du capital…

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