Monsieur KANNER vous n’avez décidemment rien compris !

IL faut savoir tirer les leçons d'un échec

 

Monsieur KANNER vous n’avez décidemment rien compris !

 

 

 

Ce Ministre de la ville (le quatrième depuis 2012) a cru bon de se faire connaître des médias en assurant que plus d’une centaine de quartiers en France pouvaient être assimilés au quartier de Molenbeek en Belgique mis récemment en lumière par les attentats terroristes. De tels propos relèvent d’une double et tragique erreur d’analyse et ne font que renforcer l’apartheid décrit par le Premier Ministre Manuel VALLS dont les habitants ces quartiers sont les premières victimes. C’est tout d’abord marquer de l’infamie les hommes et les femmes qui vivent dans  ce quartier proche de Bruxelles, capitale européenne, et qui regroupent des citoyens et des citoyennes abandonnés par les pouvoirs publics et laissés à la merci des truands et trafiquants en tout genre. C’est également une injure faite aux centaines de milliers de citoyens français résidant dans les banlieues de nos villes. En tenant ces propos, le Ministre les stigmatise encore davantage dans un amalgame pour le moins douteux. Rappelons qu’à Marseille près de la moitié de la ville est reconnue par le gouvernement comme “sensible“ et relève ainsi de la qualification de  ZUS ( zone urbaine sensible )où devrait s’appliquer une politique de la ville largement détournée aujourd’hui de ses objectifs d’origine.

 

 

 

Monsieur le Ministre vous avez raison d’être inquiet et je partage votre inquiétude  comme je l’ai moi-même exprimé il y a quelques semaines dans un rapport intitulé : « le cri d’alarme d’un Marseillais en colère » A Marseille comme à Molenbeek, des quartiers de villes sont, de longue date, marqués par la ségrégation sociale, la pauvreté et l’exclusion. Dans ces quartiers de milliers d’hommes de femmes, d’enfants subissent quotidiennement cette discrimination mais aussi la pression permanente d’individus et de trafiquants en en tous genre qui les exploitent. Les règlements de comptes presque quotidiens à coup de Kalachnikov n’émeuvent bientôt plus que les familles dont les enfants se sont laissés entraîner dans cet engrenage mortel de ceux qui leur font miroiter l’argent facile et les grosses voitures. D’autres encore se laissent aussi séduire par des prêcheurs radicaux et par l’addiction à des sites d’appel à la haine  et à la guerre sainte .

 

 

 

A Marseille comme ailleurs depuis de nombreuses années, dans ces cités d’habitat populaire, des enseignants, des travailleurs sociaux, des sociologues des militants associatifs, des collectifs d’habitants, des  journalistes, tous dénoncent cette dérive urbaine et ses conséquences trop souvent dramatiques.

 

 

 

Luc LEROUX dans un article paru dans le journal le Monde du 29/01/2016 résumait ainsi  son diagnostic par un titre  :“Marseille sourde aux sirènesil faisait état des complicités marseillaises prouvant que, au moins, la ville n’est pas totalement à l’abri de l’Islamisme radical. Un Imam précisait : «  Marseille a jusqu’à présent été épargnée par l’islamisme violent. » Combien d’appel à plus de clairvoyance de la part des pouvoirs publics ? Combien de cris  d‘alarme faudra-t-il encore lancer ? Combien de morts violentes avant que les responsables de cette ville sortent de leur autisme collectif et prennent enfin conscience du danger qui nous menace ? Ce ne sont pas les propos irresponsables de Monsieur Kanner qui leur montreront la voie à suivre.

 

 

 

A Marseille et dans le département, les élus sont davantage préoccupés par le montant des indemnités qu’ils vont “gratter“ lors leur participation à la nouvelle assemblée métropolitaine. Cette dernière “saga“ a donné l’image assez grotesque d’un fonctionnement démocratique dévoyé. Les efforts de l’Etat qui tente depuis deux ans de mettre en place les conseils citoyens prévus par la loi Lamy (ante pénultième ministre de la ville) sont dérisoires. Certes, la police fait son travail et très régulièrement son chef annonce victorieusement les kilos de cannabis et les armes saisis. Il passe cependant rapidement sur l’inculpation d’un commissaire qui détenait pour son compte une cinquantaine de kilos de produits  illicites !  

 

 

 

Pour comble de l’aveuglement et de l’inconséquence on apprend qu’à demande des commerçants du centre ville des élus, et non des moindres, proposent  la création d’une “zone franche urbaine“ qui permettrait d’importantes exonérations fiscales au profits des dits commerçants. Rappelons que cette procédure a été crée, il y a 20 ans afin d’attirer dans les quartiers populaires des entreprises  à même d’y créer des emplois !!  Un vrai détournement de procédure.

 

 

 

 Il est temps que les citoyens marseillais se réveillent et exigent de leurs élus un peu de lucidité et un comportement enfin responsable. Comme nous l’avons noté dans le rapport cité plus haut il n’est plus temps de faire des diagnostics et des enquêtes, Il suffit d’écouter ceux qui connaissent les dures réalités et tout particulièrement les habitants qui ne demandent qu’à ouvrir un dialogue sincère à l’image du mouvement ‘Pas sans Nous‘.  Les mesures à prendre en urgence sont connues et concernent la formation et l’emploi de jeunes, la gestion et l’attribution des logements, le développement des transports publics et la dépénalisation du cannabis.    

 

 

 

A trop tarder le pire set à venir !!

 

 

 

Marseille le 28/03/2016

 

Alain FOUREST  

 

Consultant en gestion urbaine

 

Ancien responsable de politique de la ville

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.