Etat de Droit/ Etat de Santé

Gerard Colomb et la ministre de la Santé s'imaginent les psychiatres déradicalisant les djihadistes, sur rendez vous.

Gérard Colomb et la ministre de la santé se promettent de trouver un biais psychiatrique pour s’occuper des terroristes.  C’est une interview dans le Huffington post… A l’état d’idée en l’air bien sûr, mais immédiatement cautionnée par une psychiatre qui déclare qu’elle s’y voit très bien, elle, à la manœuvre.

Moi pas du tout ! Je ne me vois pas entrain de persuader quelque fou de Dieu de reconsidérer le problème d’Autrui à la lumière d’une lecture de Lévinas par exemple.

Ces terroristes ne sont pas en souffrance, ils sont, qu’on le veuille ou non, dans leur assiette. Pourquoi faire valoir une facette de leur personnalité comme une pathologie alors qu’il s’agit en tout premier lieu d’une faute choisie.

Pour info, j’ai pu vérifier que chez chaque homme, coupable ou non de quelque méfait, il existe des possibilités pathologiques. Mais comme avait dit Lucien Camus à son fils Albert à propos d'une bagarre : un homme ça s’empêche !

 L’idée de Gérard Colomb, en cheville avec la ministre de la santé, cette pauvre idée revient à faire glisser le problème - de police et de politique - du côté de la psychiatrie conçue comme un lieu de jugement et de rééducation. La piste psychiatrique est privilégiée, nous dit-on aujourd’hui à propos d’une autre camionnette, Marseillaise cette fois.

 Un état de droit ne peut pas devenir un état de santé.

 Il y eut toujours des problèmes de ce type, même si leurs styles et leurs déterminants furent bien différents. Or, je ne crois pas qu’on ait jamais eu, par exemple, l’idée de classer les membres ou les sympathisants de l’OAS du côté des malades mentaux.

Il faudrait cesser de faire s’étendre la psychiatrie et les « sciences humaines » à chaque domaine conflictuel comme pour en étouffer les évidences.

On « psycholopsychiatrise » la pédagogie (les psychopédagogues !), les conditions et le droit du travail ( harcèlement, management et « burn out »), l’éducation des enfants (en s’occupant de la fessée), la justice bien sûr en prétendant peser le discernement, et puis bientôt avec le « docteur » Colomb on va établir le traitement du terrorisme.

 Il existe pour chacun de ces domaines des professionnels, enseignants, juges, syndicalistes, etc, qui doivent d’abord traiter les questions qui se posent à eux en utilisant leurs compétences, leurs concepts, leurs réflexions, et bien sûr leur éthique. Les échanges et les rencontres sont possibles entre et avec tous les chercheurs humanistes, pourquoi pas, mais elles ne doivent pas apporter ou nourrir le fantasme d’un règlement scientifique des questions soulevées par la pratique du meurtre pour jouir.

Concernant les psychiatres, je pense qu’ils ont assez à faire avec les conflits psychiques qui entament la liberté de vivre et l’envie de maintenir son existence en assumant une lucidité parfois insupportable.

 

PS. J'ai usé de comparisons qui ne sont pas raisons. Je suis au courant.

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