La victoire de Hollande ?

La victoire de Macron est-elle celle des thèses de François Hollande préconisées dès 1984 ?

Ni à droite ni à gauche, c’est le Macronisme, que de nombreux commentateurs et analystes situent dans la modernité et le renouveau. Pourtant ce courant est ancien puisqu’il fut décliné par Blair et Schröder sous l’appellation « troisième voie » ou « nouveau centre ». En 1998 Blair affirmait devant l’Assemblée Nationale française que « la gestion de l’économie n’est ni de gauche ni de droite, elle est bonne ou mauvaise. »

Ce concept apparut en France sous le nom de « courant démocrate » (par analogie avec les Démocrates américains) encore bien plus tôt, en 1984 dans un texte signé par François Hollande, Jean-Pierre Mignard, Jean-Yves le Drian, Ségolène Royal …  intitulé Pour être modernes soyons démocrates. Ils appelaient déjà « à affirmer, au-delà du clivage gauche-droite, les principes sur lesquels notre société doit impérativement reposer. »

Nous y sommes avec Macron alors que le texte avait été jugé à l’époque excessif et les signataires pas assez crédibles.

Je viens de résumer en quelques lignes les propos que Jean-Luc Mélenchon tenaient avec une grande lucidité en 2007 dans son ouvrage En quête de gauche. Pour plus de détails j’invite le lecteur à s’y référer*. Je tiens à reproduire cet extrait des textes de l’époque : « Disons le tout net, au risque de provoquer, la conception dogmatique de la classe ouvrière, l’idée que le lieu du travail pourrait être aussi un espace de liberté, la notion d’appartenance des individus à des groupes sociaux solidaires, l’affirmation d’un programme politique atemporel, tout cela doit être abandonné. »

Tout est dit. Et c’est parti avec le Président élu parce que Hollande a tué la gauche socialiste  et atteint ses objectifs ; « Cohérents et résolus, à proportion même de leur adhésion à un schéma intellectuel » précisait l'auteur dans son livre au sujet de Hollande et de ses amis. On comprend mieux le combat de Mélenchon, dès la présidentielle de 2012, contre ce courant « post-gauche » et « Démocrate » de la majorité du PS depuis 1984.

En partie grâce à lui la victoire de Hollande et de ses thèses avec Macron n’est pas totale, c’est un peu une victoire à la Pyrrhus puisque le sortant a dû renoncer à l’élection. De surcroît Jean-Luc Mélenchon  a réussi avec la France insoumise à créer une force qui luttera contre les projets d’inspiration néolibérale. Ce mouvement, dont le concept fut décliné et appliqué bien avant celui de Macron et que les médias ignorèrent dès le début, continue à se développer. (100 000 membres de plus depuis le 23 avril)

Ainsi Hollande n’a pas réussi à faire disparaître du paysage politique une gauche radicale grâce à la lucidité et à la stratégie de Jean-Luc Mélenchon. Le « nouveau centre » va se mettre en place sans avoir obtenu une large adhésion. Il est sous les feux de l’histoire, les luttes pour un « avenir en commun » commencent.

 

*En quête de gauche. Après la défaite… Jean-Luc Mélenchon (Entretien avec Michel Soudais) Ed.Balland, 2007

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