La fin du monde

Avec l'actualité des gilets jaunes, de la taxe carbone, de la transition écologique voici que renait le concept de "fin du monde" avec toutes les peurs irrationnelles qu'il suscite. Présentés comme les conséquences des activités humaines, le dérèglement climatique et ses manifestations sont-ils des événements récents ? S'il convient d'agir pour sauver l'humanité l'utopie n'est plus de mise.

"Il faut sauver la planète !" Ce fut le leitmotiv des trente dernières années. Ce slogan s'efface peu à peu au profit de l'appel plus réaliste "il faut sauver l'humanité", moins connoté de prétention humaine. La planète continuera de tourner tant que le système solaire existera, encore environ cinq milliards d'années selon les scientifiques. Une étoile mourra progressivement ainsi que toute vie qui se consumera sur terre, si toutefois elle est toujours présente. Tout le système sombrera dans un chaos apocalyptique dont la représentation dépasse nos capacités imaginatives.

Ainsi, l'homme a peuplé la terre, a exploité et tenté de maîtriser la nature dans des environnements originels souvent hostiles, pour ne pas disparaître. Il pourrait désormais être effacé suite aux conséquences de ses excès et de son nombre croissant. Tout n'aurait été alors qu'un problème de temps, la lutte n'aurait eu qu'une finalité essentielle : reculer l'échéance de la disparition de l'espèce humaine qui est inéluctable, comme celle de toutes les espèces, qui naissent, évoluent, se diversifient et meurent.

La modestie et la mesure s'imposent face à ces principes de réalité qui dérangent. Pourtant l'irrationnel, consubstantiel à l'humain, accompagne toutes les réflexions, les anticipations, les prévisions qui perturbent notre société actuelle. 

Dans une similitude de propos étonnants voici qu'apparaît la notion de "fin du monde", d'une part chez un syndicaliste (Berger Le figaro 23/11/18) et d'autre part chez un ancien ministre icône de l'écologie (Hulot dans L'émission politique du 22/11//18). Et l'homme en sera le responsable.

La fin du monde hante l'imaginaire des croyances depuis des temps immémoriaux. C'est à mon sens un concept littéraire judéo-chrétien souvent annoncé dans la Bible par les prophètes de l'Ancien Testament ainsi que par les apôtres du Nouveau Testament : "en ce jour les cieux passeront avec fracas, les éléments embrasés se dissoudront, et la terre, avec les œuvres qu'elle renferme, sera consumée.» (Seconde Epitre de Pierre 3.10) «La détresse sera plus terrible que toutes celles qu’on a connues depuis le commencement du monde jusqu’à maintenant … Aussitôt après la détresse de ces jours-là, le soleil s’obscurcira, la lune ne donnera plus sa clarté, les étoiles tomberont du ciel et les puissances des cieux seront ébranlées.»(Evangile de Matthieu 24-21)

Nous avons là des scènes dignes des meilleurs films-catastrophes promptes à réveiller toutes les frayeurs irrationnelles. De surcroît les raisons de ces cataclysmes n'ont bien entendu aucun caractère scientifique puisqu'ils ne sont destinés qu'à effrayer pour inciter à écarter le mal sur terre et faire bonne figure à l'heure du "Jugement dernier"… La grande peur de l'an mil en fut une illustration. Nous sommes réellement dans le domaine des croyances, bien entendu respectables à condition qu'elles ne nous replongent pas dans une sorte d'obscurantisme qui manipulerait les peurs.

Faut-il qu'il y ait une sorte de retour du mépris envers les capacités humaines de réflexion pour réveiller de tels concepts afin de convaincre du bien fondé des transitions écologiques ? Les fins du monde programmées feraient-elles encore recettes auprès d'une population ainsi infantilisée par des peurs ? Ce n'est guère raisonnable et certainement contre productif. La culpabilisation, celle qui consiste à répéter que l'homme fait le mal sur terre, suscite des réactions négatives, à l'opposé du but recherché. 

Qu'en est-il donc de l'activité de l'homme dans notre environnement ? Vaste sujet que je vais me contenter de survoler par de brefs apports diversifiés. Des scientifiques définissent désormais notre ère par le terme Anthropocène, celle de l'homme, pour caractériser l'époque où les activités humaines ont un impact significatif sur l'écosystème. On en détermine mal le début mais on en fait le constat. D'autres observateurs parlent de Capitalocène, terme plus subjectif évoquant un système économique humain néfaste par son développement infini basé sur la cupidité.

Quoi qu'il en soit les activités humaines depuis au moins un siècle ont un impact plus fort sur le climat selon les scientifiques du GIEC (Groupe d'experts Intergouvernemental sur l'Evolution du Climat). On parle de réchauffement climatique ou de dérèglement climatique. (Des périodes de grand froid pouvant advenir).

En bref l'impact d'un réchauffement climatique à 1,5 ou 2° selon le dernier rapport (mars 2018) conduirait à :

- des vagues de chaleur plus chaudes,

- des pluies torrentielles dans les hautes latitudes de l'hémisphère nord, l'Asie de l'est et l'Amérique du nord,

- des pertes de biodiversité déjà en cours (vertébrés, insectes, plantes),

- des baisses de rendement de cultures céréalières (Afrique, Asie du sud-est, Amérique latine),

- des pertes de récifs coralliens,

- la déstabilisation des calottes polaires et la hausse du niveau de la mer (10 millions de personnes concernées d'ici 2100).

Toutes ces conclusions du rapport du GIEC sont très alarmantes mais n'y a-t-il pas dramatisation excessive plus ou moins consciente à parler de "la fin du monde" ? On ne peut certes plus être climato-sceptique. Le climat change et à cet égard que nous dit l'Histoire ? Dans une émission de Frédéric Taddéi, Ce soir ou jamais, sur FR3 le jeudi 13/12/2007, Emmanuel Le Roy Ladurie professeur au Collège de France, et Henri de Lumley, directeur de l'institut de paléontologie humaine, débattaient sur le climat. A titre d'exemples, sans hiérarchiser et sans commentaires voici des extraits des propos tenus par l'un ou par l'autre :

-il faisait plus chaud il y a 5000 ans.

-De 300 avant JC à 250 après JC il y a eu un recul des glaciers plus intense qu'aujourd'hui.

-En 1911 il y eut 40 000 morts de la canicule en France, en 1718-19 : 450 000 (sur 21 millions de Français).

-Durant le petit âge glaciaire (1309-1859) : 1 million de morts lors d'une famine en 1693 et 600 000 morts lors de l'hiver 1709 ; en 1788 des pluies, un effet sauna avec 30% de blé en moins conduiront à des émeutes de subsistance.

-L'homme a créé des déséquilibres par exemple en installant des populations au bord des mers. La Hollande devrait disparaître dans 250 ans, ses habitants s'adapteront, ailleurs.

-Selon les lois de la gravitation, du fait de l'ellipse de la rotation de la terre, il existe des variations du climat avec des cycles de 100 000 ans : 4/5 du temps plus froid soit 80 000 ans. Actuellement c'est plus chaud depuis 12 000 ans environ, dans 8 000 ans le climat sera froid ou glaciaire. Il y a 30 000 ans le niveau de la mer était à moins 120 m (grottes préhistoriques). La planète est en période chaude pendant encore 10 000 ans au maximum, après le niveau des mers descendra. En attendant le niveau monte et les capitales au bord de l'océan auront des problèmes vers 2050.

-Ces cycles sont certains mais à l'intérieur on ne connait pas bien les règles. Le GIEC a remplacé les dieux, alors peut-être 4 ou 5° de plus ? peut-être un petit âge glaciaire ?                                                                                                                                                       

  L'humanité a donc toujours souffert et souffrira encore des excès climatiques. Les spécialistes en conviennent et sa lutte pour la survie perdure, sous des contraintes nouvelles. Raison de plus pour tenter de rester rationnels et de rechercher des solutions sans anathèmes, culpabilisations ou exacerbations de peurs…

Réduire les mesures à plus ou moins de taxe carbone avec plus ou moins d' aides financières d'accompagnement (subventions pour des taxes !) sous la pression de "gilets jaunes" apparait très insuffisant. La transition écologique se déclinera dans une stratégie nationale dont on ne parle pas suffisamment : résilience, économie circulaire, réduction des inégalités sociales et territoriales en repensant la mobilité, mobilisation de la recherche, de l'innovation et de tous les acteurs, ne plus produire plus d'oxyde de carbone qu'on en élimine à l'horizon 2050 etc.

Chacun peut s'impliquer et s'informer par ailleurs. Un grand projet politique est indispensable avec une réelle planification écologique (ce ne sont pas des gros mots !) au niveau national avec le souci d'accords internationaux…L'homme politique préféré des Français, jugé providentiel après les présidentielles, a fait un constat d'échec en démissionnant. Il se contente à présent de "décréter l'utopie" ! C'est un peu court car l'heure est au réalisme et si on ne doit plus être climato-sceptique, avec de tels propos on devient facilement climato-fataliste. On attendrait ainsi la "fin du monde" : entre croyance et utopie on est loin des réalités climatiques, de l'écologie, de l'action… 

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