L'inédit "Que sais-je? de Pascal Perrineau sur "Le populisme"

Le populisme sous toutes ses facettes historiques et actuelles dans un court ouvrage très informatif

Pascal Perrineau professeur des universités et politologue reconnu publie un livre de 122 pages qui fait le point exhaustif de la question du populisme. Ce mot employé à tort et à travers dans le débat politique. Ce mot à charge forte qui enflamme même les esprits citoyens.

Pascal Perrineau part des notions antagonistes d'élite et de peuple, de peuple pur et d'élite corrompue pour définir le le populisme. Puis il affine avec les 2 sortes de populisme: le populisme national avec les appels au peuple racialisé et le populisme socialiste avec les appels au peuple populaire. Il remonte à un des premiers populismes de l'histoire avec le "Parti du peuple" nord-américain à la fin du 19ème siècle et l'engagement des citoyens ordinaires dans la vie politique. Par la suite la démocratie libérale étant le problème, la démocratie radicale du populisme se révèle être la solution. La démocratie radicale réintroduit le conflit dans une vie politique rongée par le consensus. Les exclus de la société recherchent un bouleversement du statu quo.

Les populismes sud-américains des années 80-90 sont vecteurs de politiques économiques avec des dépenses publiques massives financées par la dette étrangère, avec une hyperinflation. Ce sont alors les crises traversées par l'Argentine, le Brésil, le Chili, la Colombie, le Mexique, le Nicaragua, le Pérou. Le naufrage économique du Venezuela est alors un bel exemple de la faillite des politiques économiques populistes de Chavez et Maduro; le pays le plus développé d'Amérique latine est en 20 ans devenu un pays rongé par la pauvreté, l'hyperinflation, l'émigration des forces vives. Le populisme dans ce pays a été associé à une figure charismatique concentrant tout le pouvoir entre ses mains et en rapport constant avec les masses populaires. 

Le populisme c'est aussi le télépopulisme: qu'on se rappelle en Italie Silvio Berlusconi  propriétaire de télévisions et vainqueur des élections législatives en 1994. Par la suite Marine Le Pen en France, Matteo Salvini en Italie, Geert Wilders aux Pays-Bas, Donald Trump aux USA, Jair Bolsonaro au Brésil sont des leaders de ce télépopulisme et de l'e-démocratie sur internet, le web-populisme. Il faut tenir compte de l'excès d'événementiel, l'excès d'images, liés aux médias.

Dans les années 1950-1960-1970-1980 le communisme, le socialisme, la croyance dans la nécessité de ruptures radicales pour un avenir meilleur étaient au coeur du monde politique mais la déception arriva.

La globalisation de l'économie, de la communication, des transports, a amené le déclin de ces idéologies européennes et a réactivé le nationalisme et les identités locales. La libération des moeurs, la réduction du temps de travail, l'essor des loisirs a provoqué le délitement des idéologies mais aussi le retour du fondamentalisme, la mise en place de liens d'addiction (drogues, anxiolitiques, antidépresseurs), de liens d'appartenance à des communautés virtuelles avec les réseaux internet, les théories du complot, les religions.

Divers populismes se sont épanouis: Trump aux USA, Orban en Hongrie, le RN en France, le FPÖ en Autriche, le Parti du peuple suisse, l'Alternative Für Deutschland, le mouvement Cinque Stelle et la Ligue en Italie, Podemos en Espagne, Syriza en Grèce, les Démocrates suédois. En Espagne, Grèce, France, la gauche a vu arriver les populismes progressistes; la droite a, quant à elle, vu arriver les populismes d'exclusion. L'anxiété et le désenchantement sont instrumentalisés.

Et c'est le peuple qui est mis en avant dans les débats: le peuple-nation, le prolétariat, les gens d'en- bas, les français de souche, le peuple de gauche, avec aussi a-contrario des acceptations péjoratives, foule, populace, classes dangereuses. Tout en sachant que les cols blancs ont succédé aux cols bleus, les bureaux aux usines, les logiques individuelles aux solidarités collectives.

C'est toujours le peuple contre "l'établissement" de Jean-Marie Le Pen, "l'oligarchie" de Jean-Luc Melenchon. On trouve dans les premières formes de populisme le thème du complot contre le peuple par les capitalistes, les élites, les gens des villes, les juifs, les étrangers, "le mur de l'argent", "les 200 familles", les impérialistes, "les gros".

Avec le nouveau populisme c'est le peuple contre l'Europe, contre la mondialisation, contre les élites cosmopolites, universalistes, favorables à l'immigration.

En France les désillusions de la gauche au pouvoir de 1981 à 1995 ont joué leur rôle après les promesses d'une rupture avec le capitalisme, les promesses de l'autogestion et de la société socialiste.

En Europe le populisme prospère avec la fin du communisme, du socialisme, de la démocratie chrétienne, du libéralisme, du conservatisme. Mais on ne peut l'assimiler au fascisme de l'entre 2 guerres mondiales car les nationaux-populistes ne sont pas des partis uniques révolutionnaires qui récusent le système démocratique. Les partis fascistes sont nés avec la grande dépression de 1929 et avec les grandes frustrations nées de la première guerre mondiale. Actuellement les vieilles extrêmes-droites sont exsangues, engluées dans la nostalgie du franquisme, du mussolinisme, du salazarisme, éloignées des problèmes d'aujourd'hui......

Le livre du professeur Perrineau  dans la mythique collection"Que sais-je" est un petit livre par la pagination mais un grand livre par l'étendue des connaissances , des études historiques dont il fait montre, à lire absolument pour comprendre les enjeux politiques actuels et ne pas sombrer dans l'approximatif, le fallacieux, le polémique dérisoire. Une lecture citoyenne.

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