Claude Guéant,, racisme d'Etat

 

En réponse à Claude Guéant,

un travail que j'avais fait avec mes élèves en 2007

des lois anti-arabes aux lois anti-juives,

LE RACISME D’ETAT,

de Jules Ferry au maréchal Pétain

 

 

 

des écoliers découvrent

 

EXPOSITION

 

Ecole de la Fraternité à Nantes

 

du 24 juin au 1er juillet 2006

 

 

 

D’un panneau à l’autre, vous allez refaire, en raccourci, le chemin parcouru cette année par des élèves de la Fraternité.

 

Cette exposition n’est que la partie visible d’un travail effectué depuis plusieurs mois sous forme d’explication de textes et de débat.

 

Dans des manuels scolaires, des écoliers d’une classe de CM1 ont découvert l’histoire enseignée à leurs aïeux depuis 1885.

 

Ils comparent l’histoire de l’invasion et de l’occupation de l’Algérie, de l’Indochine et de l’Afrique avec ce qu’en disent aujourd’hui les historiens. Ils réalisent l’ampleur de ce qui a été caché aux écoliers d’autrefois.

 

De l’autre côté, une histoire revue et corrigée, des civilisations millénaires détruites, des villages et des récoltes incendiés, des crimes de masse, des populations déportées, des régions entières décimées par la famine sciemment organisée, des palais et des villes rasées, des bibliothèques incendiées.

 

Cependant, comme un démenti aux idées reçues, laissant croire à l’adhésion de tout un pays à l’esprit de la colonisation, les enfants découvriront que la réalité est tout autre. La République était en effet divisée par l’existence d’un fort courant anticolonialiste et humaniste.

 

En classe, on mettra en scène la fameuse séance du 28 juillet 1885 à l’Assemblée Nationale, où face à un Jules Ferry théorisant les concepts de races supérieures, de races inférieures, et d’espace vital, on voit un Clémenceau montant à l’assaut de la tribune pour dénoncer solennellement les crimes de masse commis par l’armée française au nom de la civilisation.

 

Un texte d’Anatole France décrivant les crimes de la colonisation sera aussi étudié. On fera de même pour le lieutenant-colonel de Montagnac, dont les lettres, par contre, revendiquent par le détail les cruautés théorisées et exercées sur les Arabes.

 

Les écoliers vont découvrir un Jules Ferry protecteur des trafiquants de drogue, un Jules Ferry qui force militairement la Chine et l’Indochine à importer de l’opium, au plus grand profit des marchands français. A une époque où, en Europe, l’usage de la drogue était déjà mis à l’index

 

Lorsque Hitler promulgue, en 1933, les premières lois anti-juives, les écoliers de CM1 réaliseront que des lois raciales, les lois anti-arabes en l’occurrence, sont déjà en vigueur, depuis 52 ans, en France. Mais dans les manuels d’histoire examinés, on n’en trouvera aucune référence explicite. A son tour, en 1940, la France du maréchal Pétain édictait ses propres lois anti-juives.

 

Après les Arabes, était venu le tour des Juifs…

 

Les élèves ont interrogé des personnes âgées sur les souvenirs de l’histoire enseignée autrefois. Un questionnement : comment et pourquoi les programmes ont-ils pu passer sous silence la gravité de tels faits ?

 

CONCLUSION

 

       Pourquoi ce racisme d’Etat qui a sévi pendant 70 ans sous la troisième République et qui s’est maintenu jusque dans la deuxième moitié du XX siècle? Pourquoi ce racisme d’Etat n’est-il jamais évoqué en ces termes ?

 

Pourquoi avoir passé sous silence les racines républicaines du racisme? Comment cela a-t-il été possible ?

 

L’enseignement de l’histoire, d’une certaine histoire était là pour formater les esprits et donner bonne conscience.

 

Dès le plus jeune âge, l’instituteur vantait la supériorité de la civilisation européenne, une supériorité qui renvoyait à l’infériorité de ceux qu’on appelait les indigènes. «L’éducation et l’habitude avaient forgé dans leur âme une sorte d’irresponsabilité par impuissance de conscience.» Cette réflexion d’un descendant de négrier horrifié par le comportement de ses ancêtres, peut s’appliquer à tous ces jeunes, convaincus d’agir pour la grandeur de leur pays, convaincus que cette nécessaire horreur rimait avec grandeur. Par impuissance de conscience, de braves soldats français se sont livrés à des massacres de masse en Algérie et ailleurs, comme leurs aieux qui punissaient l’esclave fugitif en le faisant brûler vif .

 

Les droits de l’homme blanc prenant le pas sur la morale grâce à cette impuissance de conscience forgée par l’Ecole.Le maître, lui-même, très souvent d’origine modeste, ne pouvait être soupçonné d’inculquer aux petits enfants du peuple, une morale contraire à des idéaux de liberté et de justice…Ce fils du peuple qui ouvrait les esprits à une science que l’Eglise réprouvait, ne pouvait qu’être à la pointe de l’esprit critique.Son enseignement de l’histoire devait forcément avoir la même rigueur que celui concernant les sciences physiques ou les sciences de la vie. Cette civilisation que la France répandait sur la planète, tout cela ne pouvait être que l’Histoire avec une grand H.

 

Les hussards noirs de la République laique ne pouvaient qu’enseigner la vérité. Comme cela ne faisait aucun doute, on ne doutait pas.

 

L’instituteur, lui-même avait été mis parfaitement en condition par l’école normale où régnait une discipline quasi militaire. Ainsi formé, il ne pouvait que servir le catéchisme républicain et se plier au devoir de réserve. Cette leçon bien apprise et fidèlement retransmise marquait sa reconnaissance envers un système auquel il s’identifiait, et qui avait fait de lui un notable respecté.

 

« Il est à craindre que d'autres écoles ne se constituent, ouvertes aux fils d'ouvriers et de paysans, où l'on enseignera des principes totalement opposés, inspirés peut-être d'un idéal socialiste ou communiste emprunté à des temps plus récents, par exemple à cette époque violente et sinistre [la Commune]… comprise entre le 18 mars et le 24 mai 1871… Il y a deux choses dans lesquelles l’Etat enseignant et surveillant ne peut pas être indifférent, c’est la morale et la politique, car en morale et en politique l’Etat est chez lui.»

 

L’Etat est tellement bien chez lui, que, dans les écoles normales, l’enseignement de l’histoire et de la philosophie délivré aux futurs instituteurs, servira de courroie de transmission à une morale proclamée universelle, mais qui ne tend qu’à préserver les intérêts de la bourgeoisie au pouvoir. Jules Ferry jettera ainsi les bases du catéchisme républicain laïc. Tout écart, tout rééquilibrage critique de cette conception de la morale et de l’histoire seront considérés comme une atteinte à la neutralité de la fonction publique, comme un manquement à l’obligation de réserve…Réaliste, Jules Ferry demande aux enseignants de ne pas être neutres…au nom de la neutralité de l’Ecole ! De même que les prêtres ont cautionné l’esclavage sous l’Ancien Régime, les instituteurs ont été la cheville ouvrière de l’esprit du colonialisme.

 

Rares sont ceux qui élevèrent la voix, à l’exemple d’un Célestin Freinet.

 

Le racisme, ce racisme de bon aloi, ce racisme à papa, ce racisme bon teint qui se drapait du manteau protecteur de la civilisation avait tellement été banalisé sur les bancs de l’école, qu’on l’assimilait à la défense des droits de l‘homme. A propos du colonialisme, les plus hautes autorités de l’Etat ont-elles dit publiquement « Plus jamais ça ! » comme cela a été fait pour une période tragique de l’histoire européenne ?

 

Cela n’a jamais été dit, et aujourd’hui encore, certains revendiquent pour le colonialisme un bilan globalement positif. Le colonialisme est souvent présenté comme un système qui a parfois pêché par excès. Non, le colonialisme est un crime en tant que tel, un crime contre l’humanité.

 

                                                                                                             Alain VIDAL professeur des écoles

 

vidal.mothes@wanadoo.fr

 

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