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La tendance "anti-touriste" se durcit dans la capitale catalane

À Barcelone, les actes "anti-touristes" se multiplient depuis le début de l’été, et sont pris plus au sérieux que la banderole "Go home fucking tourists" de Rémi Gaillard, tractée par avion face aux plages de Carnon et Palavas-les-Flots le 16 juillet dernier. Dans la capitale catalane, des militants anticapitalistes du groupuscule Endavant ont décidé d’employer la manière forte pour lutter contre le tourisme de masse, jugé invasif.

Dans des vidéos publiées sur les réseaux sociaux, ces derniers attaquent des boutiques de location de vélos, peignent des messages hostiles sur des établissements touristiques tels que "Défendons les quartiers contre cette plaie !" ou effraient les touristes aux abords des hôtels en poussant des cris menaçants. Fin juillet, quatre personnes encagoulées avaient crevé les pneus d’un bus de visiteurs et inscrit sur son pare-brise le message "le tourisme tue les quartiers".

Revendiqué par Arran, le mouvement de jeunesse du parti d’extrême-gauche indépendantiste CUP, cet acte avait fait éclater la polémique en Espagne et relancé le débat autour d’une "tourismophobie" qui sévirait à Barcelone, mais aussi à Valence et aux Baléares. En Catalogne, les afflux touristiques, accentués par les plateformes de type Airbnb, ont battu des records l’an dernier, avec 12,6 millions de visiteurs étrangers.

 

L'anthropologue Saskia Cousin étudie les enjeux sociaux du tourisme. Elle évoque les tensions entre habitants et vacanciers qu'elle présente comme un phénomène historique mais amplifié par de nouvelles pratiques. 

Les tensions entre touristes et résidents ont-elles toujours existé ?

 

Dès le XIXe siècle, les touristes ont été critiqués ou considérés comme des envahisseurs. Début XXe, nombre de curés des bords de mer s'offusquaient de l'arrivée de touristes aux mœurs dissolues.

Dans le Languedoc, il existe une longue tradition des activités populaires de plage qui vont être interdites lors de la mise en place du plan racine dans les années 1960. C'est là la première grande mobilisation, non pas contre les touristes, mais contre l'aménagement touristique.

C'est donc une histoire de mœurs avant tout ?

Toute arrivée de nouveaux visiteurs est perçue par les résidents comme une intrusion. C'est le cas des aristocrates qui voient arriver les bourgeois au XIXe, et des bourgeois qui s'offusquent de l'accès des classes populaires aux congés payés. C'est très classique : des résidents installés, voient d'un mauvais œil l'arrivée de personnes qui n'ont pas les mêmes pratiques, ne sont pas de la même classe d'âge, des mêmes catégories sociales, et empiètent sur des espaces que les résidents secondaires ont fini par considérer comme leur. Une plage n'est pas un espace détaché de la société. S'y rejouent les conflits de voisinages présents partout ailleurs.

Quel rôle joue les nouvelles pratiques comme le modèle “Airbnb” ?

Le tourisme est toujours présenté comme bénéfique pour le développement local. S'il est favorable aux commerces, les habitants réalisent vite qu'en cas de flux massifs, les commerces traditionnels disparaissent au profit des boutiques à destination des touristes.

Mais l'explosion des locations Airbnb a des effets plus graves, car elle retire du marché traditionnel les appartements auparavant occupés par les habitants ou les saisonniers. C'est étonnant que, compte tenu des expériences des villes confrontées à ce phénomène, aucune mesure politique sérieuse ne soit prise. Il ne s'agit pas d'interdire une pratique qui révèle l'inadéquation du système hôtelier et comble un besoin réel, mais le rôle des politiques publiques n'est-il pas aussi de protéger les habitants ?

D'une certaine manière, le tourisme est en passe de s'autodétruire. Dans certaines stations, les saisonniers ne peuvent plus se loger car toutes les chambres sont louées à des touristes.

 

L'anthropologue Saskia Cousin est maître de conférences à l'Université Paris-Descartes. En 2016, elle a coécrit Sociologie du tourisme où elle analyse les effets de la massification du tourisme sur la société.

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