Moi Hermès, toi Jane (Birkin)... et par ici la bonne soupe (de crocodiles). 4/4

Feu ‘d’artifice(s)’. Point final (de toute beauté ?) d’une descente, toujours sans rappel, en 4 temps records et raccords au coeur nucléaire du procès dit ‘Contrefaçon-Hermès’. Procès savoureux au détour duquel le fantôme de Spaggiari a même côtoyé son ombre…

La contrefaçon, poil à gratter ou brosse à reluire des géants du luxe ? That is la big question… Mais avant de l’aborder pied au plancher, un dicton pas piqué des hannetons : qui sème le vent, récolte la tempête. C’est bien connu. Mais encore ? Disons qu’après le fiasco de ces ‘Bons perso’, la maison de luxe Hermès était loin d’être au bout de ses peines. Cette fois la faute à un business plan. L’effet boomerang, le revers de la médaille, l’arroseur arrosé… Un classique du genre. 

Le mystère de la grande pyramide © Edgar P.Jacobs Le mystère de la grande pyramide © Edgar P.Jacobs

    En effet, derrière ces sacs Birkin, il y a toute une logistique commerciale. Ou plutôt, une stratégie commerciale. Une stratégie conçue à la base pour rapporter gros en surfant sur la vague du Branding, mal endémique du XXIe siècle. Cette stratégie consiste à créer de toutes pièces la demande pour une fausse rareté. En pratique, cela signifie que les sacs Birkin sont produits en série limitée. Vendus au compte-gouttes, ils savent se faire désirer… Rien d’original. Néanmoins, histoire de justifier cette carence, les dirigeants d’Hermès avancent, en autre, que ces sacs sont entièrement assemblés à la main de A à Z par un seul ouvrier. C’est faux ! Désormais un tiers de ces sacs transite par la sous-traitance. Et exception faite des arrêts pour les pointes de fil, le reste du montage est effectué à la… machine. L’époque où la cliente se rendait en boutique rencontrer l’artisan, avec qui elle allait choisir la peau, est révolue.

    À l'arrivée, pour acquérir ce fameux sac, les files d’attente sont aussi longues que celles qui se formaient dans les années 60, aux abords du Palais des Sports (Paris XVe), pour voir boxer le Cubain en exil Angel Robinson Garcia. Pour être vrai en tout, ce concept de série limitée n’est qu’un prétexte. Un leurre. Le délai de livraison (avec en prime l’air désolé de la vendeuse ou du vendeur) d’un tel sac peut avoisiner jusqu’à six années. En revanche, si la cliente montre des signes ostentatoires de fidélité… Alors là, les délais sont réduits de moitié ! Quant aux signes ostentatoires de fidélité, ceux-ci se traduisent par des achats réguliers d’articles Hermès. En résumé, pour espérer obtenir, disons au bout de trois ans, son Birkin ‘crocodilisé’, la clientèle aura dû déjà engloutir quelques milliers d’Euros dans la gamme Hermès. Pour ne rien arranger, il très très difficile de commander plusieurs Birkin à la fois au risque de passer pour un client louche et d’être couché illico sur la liste (forcément) noire.

    Un tel procédé ne va pas sans conséquences. Á commencer pour l’aimable clientèle. Par excellence, celle des nouveaux riches. Et chez eux, la patience n’est pas une vertu. Sans rentrer dans des subtilités hautement linguistiques, voici ce qu’assènent sous le coup de l’exaspération ces dames à leurs mecs confrontés à une stratégie commerciale manifestement impitoyable : "Où qu’il est mon p….. de Birkin ! Chez Hermès, ils se foutent de la gueule du monde ou quoi ?" Des cris de désespoir qui résonnent ainsi dans tous les quartiers riches du globe, que cela soit à Mayfair (Londres), Yorkville (Toronto) ou Ginza (Tokyo). Et puis, Zorro est arrivé!

    Vous l’avez compris, sous la masque de Zorro se dissimule le visage de l’inapaisable Romain Chollet-Ricard. Alors pépère tranquille dans son coin à écouler chaque année, via la ‘McMafia’ chère à Misha Glenny, ses 250 sacs ‘Bons perso’, il en a profité pour s’équiper en machines sérieuses. Il faut savoir que chez Hermès, le service après-vente laisse également à désirer. Le géant du luxe à la française freine des quatre fers : pour faire réparer son sac en boutique, la liste d'attente n'est même pas pensable. Main sur le cœur, Romain se charge donc de les réparer leurs précieux sacs. Et ça dans des délais raisonnables. Jusque là tout va bien ! Sauf que le futur entrepreneur en faux plus vrai que nature est happé dans une espèce d’engrenage. Sans le savoir, il a posé le pied sur un tapis roulant qui ne s’arrêtera jamais. Pris à son propre jeu ! Et devant la demande intarissable des nouveaux riches du monde entier - une demande à laquelle Hermès refuse de répondre, ses distributeurs font le forcing : ils lui réclament plus.  Toujours plus ! Les 250 sacs Birkin à l’année ne suffisent pas. Reçu cinq sur cinq car dans ce cas il n’existe pas 36 solutions… 

    ‘L’improvisation n’est qu’une issue de secours en cas d’incendie’, dixit San Antonio (Le silence des homards). Alors, celui qui n’a plus besoin de conseillère d’orientation, accepte de relever le défi, surtout qu’Hermès lui a quand même un peu beaucoup mis le pied à l’étrier. Illuminé au néon, l’audace de ses ambitions, brain-trust à lui tout seul, il enclenche le turbo et franchit là un point de non-retour. En tentant évidemment de vivre cette nouvelle aventure comme une rencontre placée cette fois sous le signe non pas des prolongations mais de la frustration tout azimut. Celle de nouveaux riches frustrés et celle de prolos également frustrés. Un axe sur lequel les deux camps vont y trouver leur compte, et faire des affaires. À propos de contrefaçon, le copieux dossier d’instruction parle là d’un mini-empire du luxe. En réalité, cela tient davantage de la coopérative. Certes une coopérative débridée mais qui confine au grand art. Là-dessus, tout le monde s’accorde sur la qualité immaculée des vrais faux sacs. Dans sa branche, Romain Chollet-Ricard est un faussaire de génie comme on n’en croise qu’un par génération. Et à la production, il œuvre de concert sans filets, grand style, avec une équipe montée à la va vite et constituée d’artisans hors pair. Tout le monde sur le pont. Bosseurs invétérés, ils ont le respect du travail bien fait, mais aussi le respect de… la marque Hermès. Un paradoxe ! Un point d’honneur, aussi. 

    « On se devait même d’être encore plus irréprochables, habité par le souci de postérité ou de la vérité dans les faits Romain Chollet-Ricard écrit dans ses ‘mémoires’ (hé oui, non content de savoir lire, ‘ils’ savent écrire avec un réel talent) bientôt en librairie, car nous savions très bien qu’étant vendus sans factures, la plupart de nos sacs étaient ramenés en boutique Hermès par leurs propriétaires pour s'assurer de leur authenticité. Même que certains d’entre-eux, offerts par l’un de nos clients à des escort-girls, se retrouvaient échangés en boutique Hermès contre un avoir. Et donc, par la suite, revendu par Hermès ! Je suis sûr que Faubourg St Honoré, ils ne sont même pas au courant… Et quitte à me répéter, chaque fois les spécialistes des boutiques Hermès confirment que nos sacs étaient bien des originaux ! » Non content de remplir sans tiquer les commandes, de répondre à une demande exponentielle, le ‘Cerveau’ et ses acolytes le faisaient à qualité égale, avec le même amour et à partir de matériaux identiques. Et surtout à une allure supersonique ! Passez la monnaie, et ça tournait… ’Trahie’ par sa stratégie commerciale, la maison Hermès peut-elle leur reprocher en bloc d’avoir su ainsi soigner si bien sa propre clientèle ? Le client est-il toujours roi ou non ? Merci, qui… mon chien ? Non content de casser les rythmes de production ancestraux, cette coopérative composée de bric et de broc a fait souffler un vent d’épopée sur le milieu de la contrefaçon. De la contrefaçon de ce tonnage et de cette qualité était encore inconnue sur l’échelle de Richter des contre façonniers.

     Autre anecdote, plutôt croustillante : Romain Chollet-Ricard décide de s’expatrier et d’implanter sa drôle de PME à Hong Kong où des vents favorables l’ont poussé. Vous en connaissez beaucoup d’entreprises françaises qui délocalisent du jour au lendemain tout en conservant l’ensemble de sa main-d'œuvre ? Ça, il n’en parle pas dans son livre mais lui et son équipe avait constitué une caisse noire, un peu comme chez les Verts du temps de Roger Rocher. Á la seule différence que cette cagnotte ne servait pas à acheter les meilleurs joueurs de foot français mais à dépanner les ‘soul sisters et brothers’ dans la détresse. Si l’existence de cette caisse noire n’est pas mentionnée, en revanche, notre romancier en herbe s’étend longuement sur l’énigmatique présence à Hong Kong du prénommé (et nommé) Jean Christophe Albert. Si la présence de cet avocat, un peu spécial, qui émarge au sein du célèbre cabinet Cowan, DeBaets, Abrahams, & Sheppard LLP (ou CDAS), est également mentionnée dans la saga du Parisien de Nicolas Jacquart, gageons que Claire Thepaut n’en a jamais eu vent. Et cela va peut-être s’avérer préjudiciable pour la suite des événements. Selon Romain Chollet-Ricard, ce personnage a infiltré sa propre famille au point de se retrouver invité à son mariage (les clichés pris sur l’eau sont là pour le prouver). Il aurait agi sous-couvert… d’Hermès. Sauf que le géant du luxe ignorait alors tout du nouveau pays d’élection du faussaire de génie. Qui l’a rencardé, les hommes du G.I.R. ? Détail troublant. Comme un malaise… Si c’est bien le cas, cela sent le gros vice de procédure pour une collusion, voire une conjuration qui refuse de dire pour l’instant son nom. Il est vrai que du côté de la maison du Faubourg Saint-Honoré, on aime pratiquer l’humour à tour de bras : « Le monde n’est pas rempli de crocodiles, sauf à la Bourse. » avait un jour osé, à une conférence organisée par l’agence Reuters, Patrick Thomas, ex-PDG d’Hermès (entre 2003 et 2014).

 

Manque de peaux

    Á la veille de l’Euro-2016, Éric Cantona, en chair et en os, affirmait qu’on devait poser la question sur l’absence de Karim Benzema et Hatem Ben Arfa dans l’équipe de France composée par Didier Deschamps. Dans ces conditions, à l’heure où les puissants réduisent bien volontiers les journalistes au rang d’espions, l’avocat diplômé a t-il le droit de s’improviser agent de renseignements et jouer à l’arrivée dans les deux camps - comme ce fut le cas pour l’avocate Nicola Maree Gobbo (alias Lawyer X) dans l’État du Victoria (Australie) ? En guise d’épilogue, le diplômé de la Cité Bleue a choisi de ne pas s’attarder sur la question mais plutôt de s’autoriser une réflexion sur l’interaction, pour le moins obscure, elle aussi, entre l’industrie de la contrefaçon et celle du luxe. Pour cela, il s’appuie sur une surprenante découverte faite en déambulant dans une ruelle de Guangzhou (Chine). Ce jour-là, il tombe en arrêt devant des peaux en tous points similaires au ‘Taurillon, rouge bougainvilliers’ d’Hermès. Dix minutes plus loin, après avoir su gagner la confiance de la vendeuse, il est introduit dans un vaste entrepôt rempli à ras bord de palettes de peaux qui à première vue ressemblent à du cuir Hermès, tous les cuirs classiques, dans toutes les couleurs. « Que feraient là ces peaux 100% Hermès, dont la soi-disant rareté justifie, en autre, les délais faramineux de livraison, gamberge t-il ? Je retourne une peau pour en voir l'envers et j'y vois une étiquette que je reconnais ; ces étiquettes sont collées sur les peaux quand elles arrivent à la réserve cuir d'Hermès. Pis, celles-ci arrivent en droite ligne de France, et ce sont bien des peaux entières et non pas des chutes ! Chercher l’erreur… Question évidente : pourquoi Hermès déstocke en apparence de grandes quantités de peaux aussi sensibles, surtout en Chine et plus particulièrement à Guangzhou plaque tournante de la contrefaçon mondiale ? »

    Autant tenter d’y répondre à la place d’Hermès. Dans un passé pas si lointain, Vuitton et Gucci étaient contrefaits à outrance, de manière fort grossière. Un phénomène qui justifiait cependant à lui seul leur immense popularité sur la planète. Ce n’était pas encore le cas pour Hermès. Il est vrai qu’il est plus facile d’imiter de la maroquinerie que de la sellerie. Toutefois, la maison du Faubourg Saint-Honoré souffrait-elle en silence de cet ‘anonymat’ et a-t-elle songé y remédier ? Dans cette histoire, la perception est que Romain Chollet-Ricard et ses artisans d’exception ont eu grand tort de vouloir respecter cette marque en produisant des faux aussi vrais que les originaux. Á chacun ses délicatesses…

 © D.R. © D.R.

    Il paraît que depuis le passage de Christiane Taubira au poste de garde des sceaux (de 2012 à 2016), la justice française ne peut plus compter sur plusieurs vitesses. Les différents acteurs de ce casse, qui en bouche un coin (100 millions d’euros à la clés !), pourront-ils l’apprécier à sa juste valeur ce 24 février ? Seule certitude, quand on appartient à la haute et qu’on sort de taule, on retrouve vite du boulot. Mais quand on vient du peuple, même si on est une épée dans sa branche… Dirigée désormais plus sagement par Axel Dumas, membre de la sixième génération de la famille fondatrice, l’entreprise prestigieuse ne souhaitait pas ‘une médiatisation tapageuse du procès, car les fraudeurs ne représentent qu’une microscopique réalité d’un groupe en plein essor’. De ce point de vue là, c’est raté !


Et selon la formule consacrée, chantée par Sixto Rodriguez : « But thanks for your time/ Then you can thank me for mine.

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