Les raisons de persévérer

Depuis juin dernier et les réquisitions du procureur de Toulouse, le risque existe qu'un non-lieu ne vienne mettre fin à la recherche des responsabilités dans la mort de Rémi Fraisse, tué à Sivens le 26 octobre 2014 par une grenade offensive tirée par un gendarme. C'est un devoir moral et politique que de faire obstacle à cet intolérable déni de justice !

          Lorsque la violence policière ôte la vie à un manifestant, se trouve révélé le mépris absolu de l'intégrité des citoyens dont l'Etat de droit est censé garantir la liberté et la sécurité. Un absolu mépris de la dignité des personnes est alors exhibé. De tels crimes ont récemment provoqué l'insurrection des peuples, en Tunisie, en Egypte, en Syrie, au sein de régimes non démocratiques.

          La France se signale parmi les Etats de l'Europe de l'ouest par la récurrence des vies détruites à l'occasion de manifestations publiques, autre face de son exceptionnalité...Dans quel autre pays du continent peut-on dérouler cette sinistre liste des victimes récentes : Michalon, Malek Oussékine, Rémi Fraisse, sans compter les nombreux mutilés ? Aucun ! Les violences policières gravissimes appartiennent en propre à l'histoire de l'Etat français et même de la République depuis, au moins le 1er mai de Fourmies, la terrible répression des mineurs du Pas de Calais ordonnée par Jules Moch, l'abominable nuit de 1961 et ses centaines de corps jetés à la Seine, la tuerie du métro Charonnes... Trop souvent, le pouvoir judiciaire couvre ces exactions abominables venant rappeler, à qui en douterait, l'existence de haïssables connivences de classe et la complaisance de nombreux magistrats à l'égard des abus policiers. On ne peut sans honte, laisser se reproduire une fois de  plus ce  scénario abject !

        Toute l'histoire française des luttes populaires est ainsi marquée par des combats menés par syndicats, partis, mouvements de défense des droits humains pour dénoncer et empêcher ces escamotages judiciaires. Toujours, la mémoire et le droit des victimes ont été défendus avec force, expression de la solidarité qui unit les acteurs d'un même combat par delà la mort.
Pourrait-il en aller autrement aujourd'hui ? ! 

        C'est avec déception, peine, crainte, qu'on doit constater l'absence de réactions des partis et des mouvements de défense des libertés depuis que sont connues les réquisitions du procureur de Toulouse, comme s'il s'agissait d'une affaire ancienne, dénuée d'enjeux, très secondaire face aux nombreuses priorités imposées par l'agenda politique et social du moment, d'un symbolique devoir de mémoire.

         Ce serait une bien funeste erreur politique et moral que d'en juger ainsi. Que la mort de Rémi Fraisse soit vite oubliée, et qu'elle soit considérée comme regrettable accident survenu à l'occasion d'une opération de maintient de l'ordre, c'est ce que veulent le gouvernement, la hiérarchie policière et certains magistrats. Laisser s'accomplir cette opération de dissimulation serait consentir à la violence policière, s'en faire passivement les complices, par lâcheté, par manque de foi dans l'exigence, fondamentale en démocratie, de juste justice.

         Ceux qui préfèrent aujourd'hui regarder ailleurs, ne se couvrent pas seulement de honte, ils nous préparent des lendemains de très violentes répressions des mouvements populaires. Il n'est que de mettre en vis-à-vis les peines encourues pour une chemise déchirée et l'absence de poursuites demandée pour les responsables de la mort de Rémi Fraisse pour prendre la mesure du cynisme des autorités politiques et judiciaires.

         Il y a lieu, sans plus tarder de constituer un comité "Justice pour Rémi Fraisse ! " rassemblant toutes les forces citoyennes pour initier et coordonner les actions susceptibles d'empêcher ce nouveau déni de justice et faire que les responsables de la mort de Rémi Fraisse soient, enfin, jugés !

 

 

        

 

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