Encore en colère...
Autour de moi, que n’entends-je au sujet des gilets jaunes !
Si le rejet n’est ni unanime, ni total, du moins y a-t-il beaucoup de réserves :
--> Ces gens ne sont pas conscients de la nécessité de rouler moins pour sauver la planète. L’augmentation des taxes sur les produits pétroliers est salutaire pour que nos enfants – et petits enfants – héritent d’une terre en état de fonctionner quelques temps encore...
--> Ces gens sont infiltrés par l’extrême droite qui tente de récupérer leur mouvement pour le politiser et en tirer avantage aux prochaines élections...
--> Ces gens sont infréquentables : parmi eux, se glissent des casseurs (pratique habituelle à tous les rassemblements informels, dit-on) mais aussi de véritables salauds, comme, par exemple, ces individus dans la Somme, qui, habillés de gilets jaunes, n’ont rien trouvé de mieux que de profiter d’une inspection d’un camion citerne pour dénoncer à la gendarmerie les malheureux migrants qui y avaient trouvé un refuge précaire...
Même si chacun des arguments précédents peut être entendu, comment ne pas être en totale empathie avec l’immense majorité de ces femmes et hommes qui affrontent le froid, les intempéries, les difficultés matérielles liées à l’organisation des blocages et aux manifestations, les difficultés de trésorerie qui ne manqueront pas d’affecter des fins de mois déjà difficiles, et, cerise sur le gâteau, les gaz lacrymogènes et autres petites douceurs envoyées par un gouvernement désarçonné ?
Comment ne pas admirer leur abnégation à manifester pour qu’ils obtiennent enfin des conditions de vies dignes, fruit d’un travail souvent difficile, mal payé et souvent peu reconnu dans une société qui est de plus en plus scandaleusement inégalitaire ?
Comment oublier que les casseurs, et leurs pitoyables pulsions de violence, ne sont que les alliés objectifs de tous les pouvoirs en place, bien aidés par les chaînes d’infos en continu qui se délectent d’images choc ?
Comment enfin ne pas se rendre compte que ce mouvement est notre toute première chance de faire bouger les lignes ?
Depuis si longtemps – et pas seulement sous l’ère Macron – j’ai lu, dans ce média particulièrement, sous la plume de lecteurs ulcérés et désabusés, des appels à bouger, à chasser les technocrates qui nous gouvernent (tellement imbus de la supériorité que leur confère leurs études qu’ils n’imaginent pas une seconde qu’ils peuvent se tromper), à mettre en prison les escrocs en cols blancs et autres adeptes de l’évasion fiscale, à mieux rémunérer le travail et moins le capital, à s’ouvrir aux autres – délaissés, sans emploi, sans domicile, sans pays...
Bref, j’en ai lu des appels à faire la révolution ! Maintenant qu’elle pointe doucement le bout de son nez, il me semble qu’il est impossible de la regarder passer avec indifférence. À défaut d’une participation active, au moins, créditons tous ces courageux de notre gratitude et de notre soutien. C’est vraiment le minimum !