Lettre ouverte au syndicat d'enseignants SNUIPP FSU

Chers enseignant.e.s,

Je tiens tout d'abord à vous exprimer mon soutien dans vos demandes et ma sympathie en ces circonstances particulièrement anxiogènes et inconfortables.

Cependant, il y a un point sur lequel je ne suis pas d'accord avec vous. Votre syndicat est officiellement favorable au port du masque par les enfants dès 6 ans -même si la lecture de la presse régionale montre que sur le terrain, les avis de vos enseignants sont partagées (1er lien, 2ème lien, 3ème lien, voir en bas de ce lien).
Pour ma part, je ne suis pas sure que ce soit une bonne mesure.
En résumé, comme le dit cet épidémiologiste belge :" L'inconfort et l'impact psychologique au niveau de la relation sont certains, alors que le bénéfice ne l'est que très peu". Pour que la mesure soit efficace, il faudrait, toujours selon ce chercheur, une discipline à l'asiatique ,"mais ce n'est pas ça que l'on a envie que nos écoles deviennent"*.

Concernant les effets des masques, les inquiétudes des parents sont légitimes. On ne peut pas les balayer d'un revers de la main en les qualifiant de "groupuscule" ou s'offusquant qu'ils.elles tentent de se faire entendre.

150 professionnels de la santé, s'opposant dans une lettre ouverte au port du masque par les enfants écrivent : "l’importance d’une bonne oxygénation, en particulier pour un cerveau en plein développement, apparaît comme une nécessité impérieuse."

Également des orthophonistes (2ème lien), des psychologues (2ème lien), enseignants (2ème lien, 3ème lien), 70 médecins belges, des pédiatres (2ème lien) se positionnent publiquement contre cette mesure.

Je suis sur les groupes FB des parents qui s'opposent aux masques pour les enfants, j'ai vu passer des messages dont les sources étaient peu fiables, mais pas plus que généralement sur les réseaux sociaux. Il y a aussi quelques enseignants qui apportent leur soutien et de nombreux parents mettent en avant que leur opposition n'est pas tournée vers vous.

J'ai bien vu la vidéo de l'expert que vous invitez, qui affirme que tout se passe très bien dans les pays asiatiques où des enfants mettent les masques. Mais a t-on une étude qui mesure VRAIMENT tous les effets, y compris psychiques, dans des pays où parfois la pression scolaire et la soumission à l'autorité sont quand même autre chose que chez nous?
Quant au médecin qui assure que les enfants ne seront pas traumatisés parce que "le traumatisme, c'est le virus", c'est un peu réducteur. D'après les 150 professionnels de santé qui signent la lettre ouverte: "Le masque ne saurait être considéré comme un jeu ou un simple accessoire de déguisement pour les enfants tant la pression qui est imposée aux enfants peut leur paraître forte et culpabilisante".

Et parce que ce ne sont pas que des questions scientifiques, j'aimerais vous citer la lettre particulièrement bien écrite des parents de l'école publique de Saillans : "Cette mesure contribue à alimenter un climat déjà suffisamment anxiogène, et nos enfants méritent mieux que de grandir dans la peur. Quelle est l'ambiance que l'on souhaite cultiver au sein de cette école, au cours de ces années où se jouent tant de choses essentielles ?[..] Quand cette peur du virus commence à rimer avec la peur de l'autre, cela nous effraie dans ce qui s'imprime dans le corps et la conscience de nos enfants, de ce qui s'installe jour après jour, dans ce qui devient des habitudes. Qu'est-ce que cela raconte de la rencontre avec cet autre, de la possibilité de rentrer en interaction avec lui, de se toucher ? Ce visage est aussi ce qui nous rend humain, et il est la médiation de nombreuses choses essentielles par le langage non-verbal, l'expression du lien, des émotions, de tout ce qui fait aussi qu'un être est singulier et qu'il n'est pas qu'un élément parmi d'autres d'une masse informe."

La FCPE ne s'oppose pas à la mesure, mais pour la co-présidente Carla Dugualt "La vraie question est de savoir comment organiser les choses pour que la distanciation sociale soit respectée dans la classe ce qui permettrait d'avoir des temps de respirations : c'est pour cela que nous souhaitons un plan de recrutement massif d'enseignants et de personnels pour pouvoir dédoubler les classes". En Allemagne , les enfants ne portent les masques que pendant les intercours. Espérons que nous pourrons évoluer très vite vers cette organisation. Et commençons dès maintenant, parents et enseignants, en ces temps de crise sanitaire, à réclamer des moyens supplémentaires pour les écoles ainsi qu'un aménagement du port du masque par les enfants. 

 

La mère d'un enfant de 8 ans qui souhaite défendre les valeurs de l'école publique

 

 

*De plus, comme l'épidémiologiste l'explique, les dernières données montrent que les taux d'attaques secondaires, quand le virus est apporté dans les foyers par les enfants, sont faibles.

 

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