Elections européennes de 2019 : des résultats difficiles pour la gauche radicale

Alors qu’elle avait obtenu de bons résultats dans plusieurs pays en 2014, la gauche radicale européenne fédérée dans le groupe GUE/NGL aborde cette nouvelle session au Parlement européens en ordre dispersé et avec des rangs particulièrement clairsemés. Passage en revue pays par pays.

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Allemagne : la déroute de Die Linke

Perclus de divisions internes, le « grand » parti de la gauche radicale allemande procédant de la fusion de dissidents de la social-démocratie avec l’ancien parti d’Etat du régime de la RDA n’a pas su présenter un visage attrayant pour ces élections européennes. Avec 5,5 % des suffrages exprimés, Die Linke obtient le pire résultat de sa courte histoire (fondation en 2007). Il ne décroche que 5 sièges, 6 lorsque le Brexit sera entré en vigueur.

La délégation allemande sera peut-être complétée par le Tierschutzpartei, parti de défense des animaux, qui a conservé son siège gagné en 2014 avec 1,4 % des suffrages exprimés (+0,2). Reste à savoir si ce parti souhaite maintenir sa présence dans le groupe GUE/NGL.

A noter que l’ancien ministre grec Yannis Varoufakis se présentait en Allemagne à la tête de son parti transnational Diem 25. Avec seulement 0,3 % des suffrages exprimés, il n’est pas élu.

France : la déroute surprise de la France insoumise

6,3 % et 6 sièges : le résultat très faible de LFI a été amplement commenté en France. Ce résultat permet toutefois de porter la délégation de la gauche radicale au Parlement européen de 4 à 6 sièges. Il faut remonter à 1999 pour trouver une délégation aussi nombreuse.

Avec seulement 2,5 % des suffrages exprimés, le Parti communiste français échoue très largement à atteindre le seuil d’éligibilité fixé à 5 %. Pour la première fois depuis que les élections européennes ont été instituées, le PCF n’aura aucun représentant au Parlement européen.

Royaume-Uni : business as usual

Le Royaume-Uni ne comptera en tout et pour tout qu’un seul élu dans le groupe GUE/NGL, comme cela a toujours été le cas jusqu’alors. Il s’agit d’un membre du Sinn Féin élu en Irlande du nord. Cet élu cessera de siéger lorsque le Brexit sera effectif.

Italie : pas de miracle

Alors que la liste « L’autre Europe avec Tsipras » avait réussi à franchir le seuil d’éligibilité et à envoyer 3 des siens siéger au Parlement européen en 2014, il n’y aura cette fois aucun élu italien. La principale liste dont les candidat.e.s auraient été susceptibles de siéger dans le groupe GUE/NGL n’obtient en effet que 1,7 % des suffrages exprimés. Cette liste, intitulée sobrement « la gauche », regroupait pourtant, en compagnie de quelques groupuscules, les deux principales composantes de la gauche radicale ou du moins ce qu’il en reste : le parti Gauche italienne, composé de dissident du Parti démocrate, et le Parti de la refondation communiste. Las, cette liste fait à peine mieux que les staliniens du Partito Comunista (0,9 %).

Espagne : un résultat décevant pour l’alliance Podemos/IU

2014 avait été une excellente moisson pour la gauche radicale espagnole. La Gauche Unie (Izquierda Unida, IU) avait obtenu 10,0 % des suffrages exprimés et 6 sièges tandis que Podemos, pour sa première participation à des élection, créait la surprise en décrochant 8,0 % et 5 sièges. Soit 11 élu.e.s au total pour la délégation espagnole dans le groupe GUE/NGL (1 membre du parti Initiative pour la Catalogne – Les Verts, élu sur la liste IU, est allé siéger dans le groupe Verts/ALE mais l’élu du parti indépendantiste basque EH Bildu, élu sur une liste distincte, a rallié la GUE).

Cette fois-ci Podemos et IU présentaient une liste commune, Unidos Podemos, comme lors des élections législatives qui se sont tenus deux mois plus tôt. Le résultat, 10,0 % et 6 élu.e.s, est très mauvais. Il est très largement inférieur au résultat obtenu en 2014 avec deux listes séparées. Et il est même assez éloigné des 14,3 % des élections législatives qui se sont tenus un mois plus tôt.

A cette étape, seuls 5 élu.e.s espagnols doivent rejoindre le groupe GUE/NGL, sous réserve que l’élu de l’ICV maintienne son adhésion au groupe Verts/ALE, et que l'eurodéputé Eh Bildu, élu sur une liste commune avec l’ERC catalane, renouvelle son adhésion au groupe GUE/NGL.

Pays-Bas : un résultat désastreux pour le SP

C’est l’une des surprises de ces élections européennes : avec seulement 3,4 % des suffrages exprimés, le Parti socialiste (Socialistische Partij, SP) n’obtient aucun siège. Il faut remonter à 1994 pour retrouver plus piteux résultat dans l’histoire de ce parti qui avait percé jusqu’à près de 17 % dans la foulée du rejet par référendum du projet de traité constitutionnel européen. Ce résultat est d’autant plus déconcertant que le SP avait obtenu 9,1 % des voix lors des élections législatives de 2017.

De son côté, le Parti pour les animaux (Partij voor de Dieren, PvdD) est en léger recul (-0,2) mais obtient tout de même 4,0 %, ce qui lui permet de maintenir son siège au Parlement européen. Reste à savoir maintenant s’il choisira de rester membre du groupe GUE/NGL.

Belgique : la confirmation de la percée du PTB

Les belges n’avaient pas que leur délégation au Parlement européen à renouveler le 26 mai dernier : le même jour, ils devaient élire leur Chambre des représentants ainsi que leurs parlements régionaux.

Lors de ces scrutins, le Parti du travail de Belgique a effectué une percée. C’est à vrai dire la seule bonne surprise de ce scrutin pour la gauche radicale européenne. Concernant le Parlement européen, le PTB obtient un joli score de 14,6 % dans le collège francophone, ce lui permet de décrocher un siège. Il échoue toutefois dans le collège néerlandophone, son audience étant nettement plus modeste en Flandre qu’en Wallonie et à Bruxelles.

C’est la première fois qu’un élu belge rejoint les rangs du groupe GUE/NGL depuis que les élections européennes au suffrages direct ont été instituées.

Tchéquie : la déroute attendue du KSCM

Avec 6,9 % des suffrages exprimés, le Parti communiste de Bohème-Moravie (KSCM) obtient le pire résultat de son histoire. Un résultat qui fait suite à la déroute déjà subie lors des législatives de 2017 (7,8 %), qui avait déjà fortement atteint un parti habitué à franchir facilement la barre des 10 %. Le KSCM ne conserve qu’un siège de député européen alors qu’il en détenait encore trois dans la législature sortante. Aussi piteux soit-il, ce résultat est meilleur que celui du Parti social-démocrate CSSD, bouté du Parlement européen avec moins 4 % des suffrages exprimés.

Grèce : la défaite de Syriza

Avec 23,8 % des suffrages exprimés, la Coalition de la gauche radicale (Syriza), parti du Premier ministre Alexis Tsipras, est en recul de 2,8 points par rapport aux élections européennes précédentes et est surtout largement battue par la Nouvelle démocratie (ND, droite), qui obtient 33,1 % (+10,4). Ses électeurs ne lui pardonnent décidément pas d’avoir renié sa promesse de mettre fin à l’austérité imposée par les institutions européennes lors de son élection en 2015. Syriza reste toutefois stable en nombre d’élu.e.s en maintenant ses 6 sièges. Suite à ces résultats, Alexis Tsipras a convoqué des élections législatives anticipées qui s’annoncent compliquées pour lui.

A noter que le parti de Yannis Varoufakis, le Front de désobéissance réaliste européen (MeRA25), déclinaison grecque de son parti européen Diem25, manque de très peu de décrocher un siège avec 2,99 % des suffrages exprimés, alors que le seuil d’éligibilité est fixé à 3 %. Varoufakis, qui s’est présenté en Allemagne, où il a été battu, aurait finalement été bien inspiré de se présenter à domicile.

Les scissions de l’aile gauche de Syriza sont balayées : 1,6 % pour la « Course pour la liberté » de l’ancienne présidente du Parlement Zoé Konstantopoúlou et 0,6 % pour Unité populaire. Les staliniens du Parti communiste grec (KKE) conservent leurs deux élus avec 5,5 % des suffrages exprimés, élus qui devraient rester non-inscrits, le parti ayant quitté le groupe GUE/NGL en 2014 pour marquer son hostilité à Syriza.

Portugal : la continuité dans la stabilité

La gauche radicale portugaise comptait 4 élu.e.s lors de la mandature sortante, elle en comptera à nouveau 4, mais avec une répartition différente. Alors que le Parti communiste (PCP) avait largement dominé le Bloc de gauche (BE) en 2014, le rapport de force c’est cette fois-ci inversé : le BE a obtenu 9,8 % et le PCP 6,9 %. Soit deux sièges chacun (+1 pour le BE, -1 pour le PCP). Des résultats de bon augure pour ces deux partis qui entendent bien continuer à forcer le Parti socialiste à dépendre de leur soutien pour former son gouvernement suite aux élections législatives du 6 octobre.

Suède : un résultat décevant pour le Parti de gauche

Avec 6,8 %, le Parti de gauche (Vänsterpartiet, Vp) fait à peine mieux qu’en 2014 et surtout moins bien que lors des élections législatives de 2018 (8,0 %) alors que les élections européennes lui sont traditionnellement plus favorables. Il conserve son siège au Parlement européen. Il espérait en conquérir un deuxième…

Danemark : ça passe de justesse pour l’Alliance rouge-verte

Jusqu’à ce scrutin de 2019, la Liste de l’unité (Enhedslisten), aussi appelée Alliance rouge-verte, se présentait aux élections européennes dans le cadre du Mouvement populaire contre l’Union européenne (FMUE). Elle a cette fois-ci décidé de se présenter sous ses propres couleurs, ce qui n’a pas dissuadé les composantes restantes de son ancienne alliance de maintenir une présence autonome. Résultat des courses : 5,5 % pour les rouges-verts, et 3,7 % pour le FMUE. Soit un siège pour les uns et aucun pour les autres. Si la Liste de l’unité a réussi son pari de se faire élire seule, son résultat n’en est pas moins très décevant et préfigurait son recul lors des élections législatives qui ont eu lieu dans la foulée (6,9 %, -0,9).

Finlande : déception pour l’Alliance de gauche

Après un honorable 8,2 % lors des élections législatives du mois d’avril, l’Alliance de gauche (Vas) espérait légitimement un bon résultat lors de ces élections européennes. Las, elle n’obtient que 6,9 %, en recul de 2,4 points par rapport aux européennes précédentes. C’est assez pour conserver un siège de député européen, mais guère plus. Assez également pour entrer au gouvernement le 3 juin, sous la direction du Parti social-démocrate et en coalition avec la Ligue verte, le Parti du centre et le Parti populaire suédois.

Irlande : la déroute du Sinn Féin fait le bonheur des indépendants

Avec 11,7 % des suffrages exprimés, le Sinn Féin subit une surprenante déroute de 7,8 points par rapport aux européennes de 2014. C’est une déconvenue majeure pour ce parti en forte dynamique depuis la fin des années 2000, progressant d’élection en élection. Il ne conserve qu’un seul siège, contre trois lors de la mandature sortante.

Mais la gauche radicale irlandaise ne sort pas pour autant exsangue de ces élections européennes. L’indépendant Luke Ming Flanagan, membre du groupe GUE/NGL depuis 2014, est réélu sans difficulté. Il est rejoint par Clare Daly et Mick Wallace, membres du collectif « Indépendants pour le changement » (Indepdendents for change, I4C). La GUE/NGL comptera finalement 4 membres irlandais, comme en 2014, auxquels il faut ajouter l’élu Sinn Féin d’Irlande du nord.

Chypre : l’AKEL se maintient

Avec 27,5 %, le Parti progressiste des travailleurs (AKEL) de l’île de Chypre maintient ses deux sièges et progresse d’un demi-point. Ce résultat est plutôt une bonne surprise pour l’un des principaux partis de gouvernement du pays, donné en difficultés dans les urnes depuis 2013 et sa défaite à l’élection présidentielle.

Pologne, Roumanie, Hongrie, Autriche, Bulgarie, Slovaquie, Croatie, Lituanie, Lettonie, Slovénie, Estonie, Luxembourg, Malte : rien de nouveau sous le soleil

La gauche radicale reste absente dans 13 pays européens, où elle était déjà absente sous la mandature précédente. Citons tout-de-même 6,3 % pour le parti Levica (« Gauche ») en Slovénie, résultat insuffisant pour obtenir un siège et surtout très décevant par rapport aux 9,3 % obtenus par ce parti aux élections législatives de 2018. Au Luxembourg, Déi Lénk (« La gauche ») rassemble 4,8 % des suffrages exprimés, en recul de 0,9 point par rapport aux élections européennes de 2014. Dans les autres pays susmentionnés, la gauche radicale demeure marginale.

Le groupe GUE/NGL pourrait éventuellement obtenir le ralliement de l’élu du parti croate Bouclier humain, fondé par des militants mobilisés contre les expulsions locatives. Allié au Mouvement 5 étoiles italien, qui n’est pas en mesure de constituer un groupe, il faudra bien qu’il trouve refuge quelque part s’il souhaite éviter de siéger comme non-inscrit.

Bilan

A cette étape et nonobstant les traditionnelles surprises de dernière minute, le groupe GUE/NGL devrait compter 40 élus. Il en comptait 52 lors de l’ouverture de la mandature précédente. Plusieurs de ses composantes historiques sont éliminées (communistes italiens et français) ou affaiblies (Die Linke, communiste tchèques) et les divisions en interne sont fortes (pas certain que la France insoumise accepte de siéger avec Syriza). L’image de ses membres les plus emblématiques, comme Podemos, est sérieusement abimée. Alors qu’elle avait été portée par la crise économique et le rejet de l’austérité en 2014, la gauche radicale européenne paraît en grande difficulté en 2019. La décennie qui s’ouvrira l’année prochaine sera à n’en pas douter déterminante pour son avenir.

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