A Grenoble, la gauche rouge-verte démontre que 2014 n'était pas un accident

Après sa victoire inattendue aux municipales de 2014, le maire (EELV) de Grenoble, Eric Piolle, abordait le scrutin de 2020 dans une position de favori. A la tête de « Grenoble en commun », alliance allant de LFI à des dissidents du PS en passant par le PCF et le Parti animaliste, il a dominé ses concurrents, handicapés par leur passé ou leurs liens avec le gouvernement.

Si le premier tour a littéralement crucifié la concurrence à "Grenoble en commun", il est marquant de voir à quel point les résultats ont peu évolué au second tour. La liste conduite par Eric Piolle gagne 6,4 points, passant de 46,7 % des suffrages exprimés à 53,1 %. L'ancien maire Alain Carignon (LR) conserve sa second place en grappillant 3,6 points, passant de 19,8 % à 23,4 %. La candidate et députée LREM Émilie Chalas cède 1,2 points, de 13,7 % à 12,5 %, et enfin le candidat soutenu par le PS, Olivier Noblecourt, recule de 2,4 points, passant de 13,3 % à 10,9 % des suffrages exprimés. L'ordre d'arrivée des candidats reste le même, et les rapports de force n'ont pas évolué.

Une abstention massive sur fond d’épidémie de Coronavirus

Au premier tour, la participation atteint 42,2 % des électeurs inscrits à Grenoble. C’est un peu moins qu’au niveau national (44,6 %) et bien entendu moins qu’en 2014 (52,4 %). Remarquons toutefois que ce niveau de participation est sensiblement plus important que dans beaucoup d’autres grandes villes de France à la sociologie proche.

La participation excède les 50 % dans 14 bureaux de vote, tous situés dans les secteurs 1 et 2 et pour la plupart favorables à Eric Piolle et/ou à Alain Carignon, voire à Emilie Chalas. Ils correspondent à des quartiers abritant des populations aux niveaux de vie souvent confortables.

Le niveau de la participation est comme toujours extrêmement faible dans les quartiers les plus défavorisés, comme Mistral (bureau de vote Anatole France 1), qui décroche un triste record d’abstention, qui culmine ici à 82,4 % des inscrits. La participation est inférieure à 30 % dans 8 bureaux de vote, tous de quartiers populaires (Villeneuve, Village olympique, Teisseire, Taillefer).

En dépit du caractère exceptionnel du contexte, la structure de l’abstention à Grenoble reste très traditionnelle. En dehors de quelques exceptions, plus on va vers le sud, plus l’abstention est élevée.

Au second tour, l'abstention progresse à nouveau pour atteindre le niveau stratosphérique de 64,2 %. La crise sanitaire, trois mois de décalage entre les deux tours de scrutin du fait du confinement, une campagne au cours de laquelle les contacts avec les électeurs étaient réduits au strict nécessaire, et certainement aussi un résultat perçu comme couru d'avance compte tenu des rapports de force du premier tour... Autant de raison, pour les électeurs, de bouder les isoloirs.

Plus aucun bureau de vote n'atteint les 50 % de participation. Le plus participationniste est, comme au premier tour, le bureau Jean Jaurès, en centre-ville, avec 48,9 % de participation. Comme au premier tour, la participation est plus forte dans les quartiers du nord de la ville, assez divers sociologiquement parlant, que dans les quartiers du sud, moins favorisés, et en particulier les quartiers populaires. Dans 6 bureaux de vote, la participation est inférieure à 20 % des inscrits. Tous sont situés dans les quartiers très populaires de Mistral, de la Villeneuve, du Village Olympique et de Teisseire. Dans 14 autres bureaux de vote, la participation est inférieure à 30 % des inscrits. Concernant ceux-là, la géographie est un peu plus variée (Beauvert, Clémenceau et Eaux claires côtoient la Villeneuve, Abbaye ou Vigny-Musset), signalant une vague démobilisation de l'électorat moins marquée socialement que d'ordinaire.

Il est à ce titre très marquant de voir à quel point la participation s'effondre entre les deux tours dans des bastions de la municipalité sortante : -11,5 points à Saint-Laurent, -11,0 points dans le bureau Ampère 1, -9,3 points dans le bureau Buffon 2, -9,2 points dans le bureau Ampère 2, -9,0 point dans le bureau Simone Lagrange 1 (Presqu'île)... Visiblement, beaucoup d'électeurs d'Eric Piolle estimaient avoir fait le job au premier tour, et n'ont pas jugé utile de confirmer leur choix. La participation a au contraire un peu mieux résisté dans certaines forteresses électorales de la droite ce qui, nous le verrons, n'aura pas été sans conséquences sur les résultats de la liste Carignon.

Eric Piolle et Grenoble en commun dominent toute concurrence

Carte du vote Piolle au 1er tour des élections municipales à Grenoble, par bureau de vote Carte du vote Piolle au 1er tour des élections municipales à Grenoble, par bureau de vote

Avec 46,7 % des suffrages exprimés, la liste « Grenoble en commun » conduite par Eric Piolle frôle la victoire au premier tour, avec 4000 voix de plus qu’en 2014 malgré la hausse de l’abstention. Cela représente une progression de +17,3 points par rapport au premier tour de 2014, et même de +7,3 points par rapport au second tour. L’effet « prime au sortant » est indéniable, puisque des listes au périmètre d’alliance proche sinon similaire dans d’autres grandes villes restent loin de ce niveau : 35,4 % à Tours, 27,6 % à Toulouse, par exemple.

Dans 25 bureaux de vote, la barre des 50 % des suffrages exprimés est atteinte ou dépassée. La géographie électorale de « Grenoble en commun » subit globalement assez peu de changements par rapport à 2014. Elle consolide son principal bastion électoral, le secteur 1, qui comprend la partie nord-ouest de la ville, du nord du boulevard Joseph Vallier à la Presqu’île scientifique. Un seul des bureaux de vote situés sur ce secteur accorde moins de 45 % à la liste conduite par Eric Piolle. Le meilleur score est décroché dans le bureau Ampère 2, en plein cœur du quartier Chorier-Berriat, avec 61,8 %.

On retrouve également des bastions dans le secteur 2, correspondant aux zones de force traditionnelles des écologistes à Grenoble : Porte de France, Saint Laurent, l’Île verte, Championnet, la Caserne de Bonne et une partie de l’hypercentre des quais de l’Isère au quartier de l'Ancien Évêché.

Tableau 1 - Evolution du vote Piolle dans les dix meilleurs bureaux de vote de 2014 (certains bureaux de vote ont changé de nom entre les deux élections) Tableau 1 - Evolution du vote Piolle dans les dix meilleurs bureaux de vote de 2014 (certains bureaux de vote ont changé de nom entre les deux élections)

Les autres zones de force, dans lesquelles la liste obtient des résultats supérieurs à la moyenne communale, se situent, outre les zones évoquées précédemment, dans les quartiers Capuche/Stalingrad (bureaux de vote Capuche, Lucie Aubrac 1 et 2, Bajatière 1), dans une partie du quartier de l’Abbaye et dans une partie du quartier de la Villeneuve (Arlequin 2, Baladins 1 et 2). A la Villeneuve, concernée par un vaste projet de renouvellement urbain qui a suscité beaucoup de débats, les résultats sont contrastés. Les 49 % obtenus dans le bureau de vote Baladins 2 peuvent apparaître décevants par rapport aux 48,6 % obtenu dans ce même bureau de vote en 2014 : c’était en effet le meilleur résultat, avec un résultat au niveau communal sans commune mesure. On remarque néanmoins que côté Arlequin, la concurrence socialiste est jugulée, ce qui n’était pas le cas en 2014. Au final, sur six bureaux de vote de la Villeneuve, « Grenoble en commun » obtient des résultats un peu supérieurs à la moyenne dans trois, nettement inférieurs à cette même moyenne dans trois autres, suivant une tendance déjà observée en 2014.

Les bonnes performances de la liste liste conduite par Eric Piolle ne sont pas exclusives aux quartiers situés au nord des grands boulevards, avec des résultats de 51 % dans le bureau Alphonse Daudet 2, de 50 % dans le bureau Bajatière 2 (correspondant au bureau Capuche 4 en 2014) et de 51,5 % dans le bureau Taillefer 1. Dans ces deux derniers bureaux, la progression par rapport à 2014 est pour le moins spectaculaire, puisque la liste « Grenoble une ville pour tous » conduite par Eric Piolle y avait obtenu des résultats inférieurs à la moyenne communale.

On remarque de nettes poussées dans des bureaux de vote situés dans des quartiers qui étaient peu favorables à « Grenoble une ville pour tous » en 2014. Citons notamment les bureaux Vigny Musset 2 (48,4 % contre 23,1 %), Elisée Chatin 3 (47,3 % contre 22,5 %) ou encore Taillefer 2 (47,7 % contre 24,1 %).

La sociologie électorale d’Eric Piolle et ses colistiers tend donc à gagner en hétérogénéité : les bastions traditionnels sont débordés par une dynamique qui irrigue généreusement les secteurs 4 et 5. Le secteur 3 est celui qui demeure le plus rétif, avec des résultats la plupart du temps nettement en-dessous de la moyenne, bien qu’ils demeurent beaucoup plus importants que ceux obtenus en 2014.

On dénombre cinq bureaux de vote dans lesquels « Grenoble en commun » n’occupe pas la pole position. La liste se classe troisième dans les deux bureaux du quartier Village Olympique et est dominée par la liste « Grenoble nouvel air » dans le quartier Mistral (Anatole France 1). Ce sont les seuls bureaux de vote avec des résultats inférieurs à 30 % des suffrages exprimés. Eric Piolle est également devancé, bien que de deux voix, par Alain Carignon dans le quartier du Rondeau (Anatole France 2), bastion historique de la droite, ainsi que dans une partie du quartier Teisseire autour du lycée André Argouges (Taillefer 3). Seuls 23 bureaux de vote accordent moins de 40 % de leurs suffrages à « Grenoble en Commun ». Parmi eux, on retrouve plusieurs zones de forces habituelles de la droite ou de l’extrême-droite comme Beauvert, André Abry, une partie de Vigny-Musset ou une partie des Eaux claires. Ainsi que les deux bureaux de la section de vote Teisseire, seule vraie zone de mission en quartier populaire avec Mistral et le Village olympique.

Au second tour, la géographie électorale de la liste conduite par Eric Piolle évolue peu, pour ne pas dire pas du tout. Les vraies zones de faiblesse se font rares : les résultats sont inférieurs à 40 % des suffrages exprimés dans seulement 7 bureaux de vote sur 86. La majorité absolue est atteinte ou dépassée dans les deux tiers des bureaux. Du côté des zones de force, le quartier Chorier-Berriat s'affirme plus que jamais comme une forteresse imprenable de "Grenoble en commun" : les six meilleurs bureaux de vote de la liste sont tous situés dans ce quartier (Ampère, Diderot, Berriat, Buffon). On dépasse même les 70 % des suffrages exprimés dans les bureaux de la section de vote Ampère, un caractère massif qui n'avait jamais été observé ici auparavant.

Le quartier Chorier-Berriat n'est pas seulement l'épicentre de la géographie électorale du "vote Piolle". Il incarne aussi le cœur sociologique de cet électorat de la gauche alternative, de la gauche "rouge et verte" qui avait notamment octroyé d'excellents résultats à la candidature de Jean-Luc Mélenchon au premier tour de l'élection présidentielle de 2017 (autour de 40 % dans les bureaux Ampère 1 et 2 ainsi que dans le bureau Buffon 2). Dans ce quartier à forte densité de population, recoupant une partie de l'ancien Grenoble ouvrier avec ses faubourgs et ses usines depuis longtemps désertés par leurs ouvriers victimes de la mondialisation et aujourd'hui reconverties en bureaux, en bars ou en lieux de culture, se concentre une population jeune, socialement mixte mais où dominent les classes moyennes à fort capital culturel. La place Saint-Bruno, l'un des principaux cœurs de vie et d'activité de Grenoble, incarne bien ce mélange de classes sociales et d'origines propre au quartier Chorier-Berriat, avec ses commerces et ses restaurants faisant la part-belle aux spécialités culinaires maghrébines, dont les enseignes côtoient des cafés notoirement fréquentés par de nombreux militants de gauche, voire d'extrême-gauche ou appartenant à la mouvance anarchiste.

Le quartier Chorier-Berriat, ses commerces bios au croisement de la rue Nicolas Chorier et de la rue Abbé Grégoire, qui débouche plus loin sur un cours Berriat parsemé de petits commerces dont beaucoup représentatifs de la diversité des communautés qui habitent le secteur, son squat libertaire rue d'Alembert, sa prolifération de vélos dans les moindres petites rues et ce alors même que les aménagements cyclables y sont encore peu qualitatifs... Toute caricature mise à part, il suffit de s'y rendre pour pouvoir matérialiser ce qui forme le gros des troupes de l'électorat de cette gauche écolo qui a déferlé sur plusieurs grandes villes à la sociologie proche de celle de Grenoble dimanche 28 juin. On se situe ici au-delà des "bobos" tellement vilipendés par la droite et une partie de la vieille gauche : cette majorité est culturelle bien avant d'être sociale.

D'autres forteresses électorales du vote Piolle sont moins diverses socialement, et dans celles-ci, le second tour donne le sentiment qu'un plafond semble avoir été atteint. Si la progression de "Grenoble en commun" dans les bureaux de vote du quartier Chorier-Berriat susmentionné reste très importante en relatif (+13,4 points à Ampère 2), elle est plus modeste dans un quartier comme l'Île verte. Dans ce quartier plus homogène socialement et culturellement parlant, essentiellement résidentiel et aisé, où l'on préférait largement Macron à Mélenchon en 2017, "Grenoble en commun" dépasse tout juste le seuil des 60 %, progressant dans les deux bureaux de vote d'un peu plus de 4 points. Bien-sûr ces chiffres restent impressionnants, mais force est de constater que l'enthousiasme est ici légèrement moins prononcé que dans le quartier Chorier-Berriat, habité ou fréquenté par une population singulièrement différente. Observons toutefois que le vote Piolle s'est bien consolidé dans toute une partie du secteur 2, grosso modo au nord et à l'est de l'hypercentre. On retrouve sans surprise, à 60 % ou plus, la Porte de France, Saint-Laurent, Berlioz 1, Vieux Temple 1, les bureaux de vote Berthe de Boissieux 4 et 5 recoupant le quartier Championnet et l'éco-quartier Caserne De Bonne... Autant de bastion traditionnels du vote écolo à Grenoble.

Mais l'engouement pour les idées défendues par "Grenoble en commun" ne saurait être circonscrit à une population disposant d'un fort capital culturel ou économique. Les quartiers populaires, même leur vote n'est pas homogène, comptent aussi au rang des zones de force du vote Piolle. C'est d'ailleurs dans un bureau de vote très populaire du quartier de la Villeneuve, Arlequin 1, que la liste conduite par le maire sortant marque sa plus forte progression entre les deux tours : +15,7 points, passant de 32,3 % à 48,0 % des suffrages exprimés. On y relève même un gain net de 10 voix, alors que la participation a reculé de 5 points. Toujours à la Villeneuve, "Grenoble en commun" progresse de 9,6 points dans le bureau de vote Baladins 1, avec un résultat de 59,3 %, contre 49,8 % au premier tour. La poussée est similaire dans le troisième bureau, qui fait passer la liste conduite par Eric Piolle de 40,5 % 50,2 %. Le score reste également élevé dans le deuxième bureau (54,4 %) même si la progression est plus modeste (+5,3 points). Certes, les résultats ne sont pas aussi impressionnants que dans les secteurs 1 et 2, plus favorisés. Mais ils démontrent que les habitants des quartiers populaires ne sont pas rétifs aux idées incarnées localement par Eric Piolle, loin s'en faut.

"Grenoble en commun" n'est battue que dans quatre bureaux de vote, dans lesquels elle était déjà distanciée au premier tour : les deux bureaux de la section de vote Anatole France, et les deux bureaux de vote du Village Olympique. Dans un cas, cela s'est fait au profit de la liste d'Olivier Noblecourt (Anatole France 1, quartier Mistral), dans les trois autres cas au profit de la liste Carignon. Le bureau de vote Village Olympique 1 est vraiment une terre de mission pour Eric Piolle : la liste qu'il conduisait y perd 12 électeurs, est en recul de 2,5 points et se classe troisième, avec un résultat que nous oserons qualifier de désastreux (21,5 % des exprimés). Un chiffre qui n'a pas forcément de grande signification politique compte tenu du niveau catastrophique de la participation (16,4 %), qui recule en plus de près de six points entre les deux tours. D'ailleurs dans le deuxième bureau de cette section de vote, "Grenoble en commun" gagne 5 électeurs et progresse de 4,7 points (28,9 %). Remarquons toutefois que dans ce quartier populaire voisin de la Villeneuve, le désamour est palpable : en 2014 la liste "Grenoble une ville pour tous" conduite par Eric Piolle obtenait au second tour 32 % des suffrages exprimés dans le premier bureau, et 38,4 % dans le deuxième, pour un résultat global de 40 %. La situation du Village olympique est toutefois une exception : dans tous les autres bureaux de vote, on observe une progression entre 2014 et 2020.

Plus encore que le premier, le second tour met en exergue le caractère pluriel, socialement et sociologiquement parlant, de la coalition électorale qui a porté Eric Piolle et ses colistiers vers une nouvelle victoire à Grenoble.

Nous n'omettrons pas de préciser que 597 électeurs ont été perdus entre les deux tours. C'est à la fois notable et peu, compte tenu de la progression dramatique de l'abstention. Les pertes les plus nombreuses sont à déplorer dans des bureaux de vote accordant des résultats élevés, voire très élevés à "Grenoble en commun" au premier comme au second tour : -34 à Boissieux 1, -29 à Île Verte 1 ou encore -27 à Ampère 2. Ici la démobilisation tient probablement à un sentiment d'inutilité de se déplacer une seconde fois, les résultats du premier tour et la configuration du second tour (quadrangulaire) laissant peu de doutes quant au résultat final... Il en résultat des évolutions paradoxales : à Ampère 2, on a en absolu un recul (-27 voix) mais en relatif une forte progression (+9,5 points). C'est à Championnet que la mobilisation en faveur d'Eric Piolle a été la plus forte en absolu : +32 et +25 voix respectivement dans les bureaux de vote Berthe de Boissieux 5 et 4.

Le retour manqué d’Alain Carignon

Carte du vote Carignon au 1er tour des élections municipales à Grenoble, par bureau de vote Carte du vote Carignon au 1er tour des élections municipales à Grenoble, par bureau de vote

Avec 19,8 % des suffrages exprimés, Alain Carignon a bien des raisons d’être déçu de son résultat. C’est moins que la liste UMP conduite par Mathieu Chamussy en 2014 (20,9 %), qui devait pourtant faire face à une concurrence à droite et surtout à l’extrême-droite qui était beaucoup plus intense (citons notamment la liste MoDem de Philippe De Longevialle, la liste Divers droite de Denis Bonzy, et bien entendu une liste FN "officielle" conduite par Mireille D'Ornano). Un résultat d’autant plus mauvais qu’Alain Carignon avait également obtenu le ralliement de Lahcen Benmaza, qui conduisait une autre liste en 2014 (1,8 %). D'un point de vue basiquement arithmétique, la liste Carignon était donc sensée pouvoir compter sur un socle minimum de 22,7 % des suffrages exprimés.

La stratégie consistant à faire appel à la "société civile" en passant outre les partis (ce qui n'a pas empêché LR d'apporter son soutien, même tardif) et à tout miser sur la personnalité et la notoriété d'Alain Carignon est donc un échec. Cette stratégie n'a en effet pas permis de dépasser l'étiage traditionnel de la droite à Grenoble, et n'a pas freiné l'affaiblissement structurel de cette même droite dans le chef-lieu de l'Isère depuis maintenant près de vingt ans.

Signe de ce rétrécissement de la base électorale de la droite, c'est bien souvent l’électorat du RN qui a répondu présent aux appels de Carignon. Il obtient son meilleur résultat dans le bureau de vote Taillefer 3 avec 37,3 % des suffrages exprimés, un bureau dans lequel la liste FN était arrivée en tête au premier tour en 2014. Même constat avec les deux bureaux de vote du Village Olympique, dans lesquels il obtient plus de 30 % : ces deux bureaux avaient placé le RN en tête lors des élections européennes de 2019. D’autres zones de force se situent dans les bastions historiques de la droite, comme le quartier Rondeau-Libération (Anatole France 2), ou une partie de l’hypercentre autour de la Place Victor Hugo, entre le Cours Lafontaine et le Quai Créqui (Jardin de ville 1, Berlioz 1), un secteur dans lequel il est toutefois nettement distancié par Eric Piolle, qui y avait pourtant été battu au premier comme au second tour en 2014.

Les zones de force du vote Carignon sont peu nombreuses : il ne franchit la barre des 30 % des suffrages exprimés que dans cinq bureaux de vote, et n’arrive en tête de tous les candidats que dans quatre d’entre eux. Les résultats se situent au-dessus de la moyenne à la fois dans des bastions traditionnels de la droite (Hoche, Menon, André Abry, Houille blanche, une partie des Eaux claires) mais aussi, là encore, de l’extrême-droite : il est par exemple très significatif de le voir surperformer dans le bureau de vote Beauvert 2, où le FN était en tête en 2014, alors que dans le même temps la liste d’extrême-droite conduite par Mireille D’Ornano plafonne à 6,3 %.

Un fait singulier toutefois : la liste conduite par Alain Carignon obtient des résultats significatifs dans certains bureaux de vote de quartiers populaires. Dans des bureaux de vote comme Teisseire 2 ou Abbaye 2, cela tient sans doute encore au siphonnage du vote RN, très élevé lors des européennes de 2019. Mais dans d’autres, situés dans le quartier de la Villeneuve traditionnellement rétif à la droite, la poussée est réelle même si elle reste modeste et fortement localisée : on relève 26,2 % à Arlequin 1 et 22,1 % à Baladins 2. En dehors de Mistral (Anatole France 1, 21,4 %) le phénomène garde toutefois une portée limitée (seulement 9,3 % à Baladins 1), et pourrait correspondre à des réseaux de soutiens très localisés, dont le poids dans les urnes augmente lorsque la participation est faible.

Les zones de force du vote Carignon relèvent donc d’un curieux mélange entre zones de force traditionnelles de la droite, zones de force traditionnelles de l’extrême-droite, et quelques zones dans lesquelles son équation personnelle ou ses réseaux ont pu peser dans les résultats (tableau 2).

Tableau 2 - Résultats des listes RN et LR aux européennes 2019 dans les bureaux de vote ayant le plus voté Carignon en 2020 Tableau 2 - Résultats des listes RN et LR aux européennes 2019 dans les bureaux de vote ayant le plus voté Carignon en 2020

Les zones de faiblesse du vote Carignon correspondent souvent aux zones de force du vote Piolle, avec des résultats particulièrement médiocres dans les quartiers Chorier-Berriat et de l’Île Verte. On ne retrouve toutefois que deux cas en-dessous de 10 % et 13 cas en dessous de 15 %, signe d’une certaine homogénéité sur l’ensemble de la ville : le vote Carignon est pour l’essentiel un vote résiduel. Une chose est certaine en tous cas : ce retour est complètement raté, et ce en dépit de la foule de commentaires qu’il a suscité.

Au second tour, la liste Carignon progresse de 3,6 points, profitant en partie des reports de voix de la liste d'extrême-droite de Mireille D'Ornano (2 %), pour atteindre 23,4 % des suffrages exprimés. Fait notable, cette liste est la seule à progresser en nombre de voix entre les deux tours, avec 19 électeurs de plus... Un fait anecdotique mais qui démontre la bonne mobilisation de l'électorat de droite et d'extrême-droite qui constitue le gros de la coalition électorale du vote Carignon. Une bonne mobilisation qui ne peut dissimuler le rétrécissement, d'élection en élection, du socle électoral de la droite à Grenoble : au premier comme au second tour, la liste Carignon a obtenu à chaque fois le plus mauvais résultat d'une liste de droite aux élections municipales à Grenoble depuis l'instauration de la Vème République. Même le résultat de la liste UMP de Mathieu Chamussy en 2014, déjà jugé calamiteux, était légèrement supérieur (24,0 %).

Les zones de force du vote Carignon sont à peu de choses près les mêmes qu'au premier tour. Il arrive en tête dans trois bureaux de vote : le bureau Anatole France 2 correspondant au quartier du Rondeau, bastion ancestral de la droite grenobloise. Et les deux bureaux de vote du Village Olympique, où la dynamique est réelle, avec un gain de 11,4 points dans le premier bureau qui octroie à Carignon son meilleur résultat : 43,1 %. On ne compte que deux bureaux de vote dans lesquels le seuil des 40 % est franchi, et 17 dans lesquels on trouve des résultats supérieurs à 30 % des suffrages exprimés. On retrouve, comme au premier tour, des zones de force habituelles de la droite dans les quartiers aisés du centre-ville (Berlioz 1, Jardin de ville 1, Hoche 1 et 3). Mais c'est dans certains quartiers populaires que la dynamique semble avoir été la plus forte : +11,4 points à Village Olympique 1, +10,5 points à Teisseire 2 (38,1 %), +8,7 points à Abbaye 2 (31,2 %), +8,6 points à Vigny-Musset 1 (29,3 %)... La flambée de l'abstention dans ces quartiers doit inciter à la prudence quant à l'interprétation de ces résultats, mais de toute évidence, Alain Carignon réussit fort bien à mobiliser un électorat d'ordinaire séduit par le vote RN aux élections intermédiaires.

Mais cette explication ne saurait toutefois se suffire à elle-même. Prenons l'exemple du bureau de vote Baladins 2, dans le quartier de la Villeneuve. Ce bureau de vote était jusqu'ici l'un des plus à gauche de la ville. En 2014, au second tour, la liste Piolle obtenait 58,8 % des suffrages exprimés, la liste Safar (PS) 32,3 %, la liste Chamussy (UMP) 4,7 % et la liste D'Ornano (FN) 4,1 %. Soit un grand total droite de seulement 8,8 %. Au second tour en 2020, la liste Carignon décroche dans ce bureau de vote 28,6 % des exprimés, progressant de 11 voix et de 6,6 points entre les deux tours. Dans le même temps, la liste Piolle recule (voir ci-avant) et le PS s'effondre (12 %). Cette droitisation brutale d'un bureau de vote d'un quartier très populaire, habitué jusqu'ici à voter massivement à gauche, doit interroger. Qu'est ce qui a séduit ces électeurs ? La personnalité d'Alain Carignon ? Les idées qu'il défend ? Ou plus sommairement, l'impact de ses réseaux de soutien ?

Cette dernière hypothèse n'est pas dénuée de crédibilité : dans le bureau de vote voisin Baladins 1, Carignon obtient l'un de ses plus mauvais résultats (9,3 %) et dans le troisième bureau, les résultats sont proches de la moyenne (23,7 %, mais ce chiffre est également inhabituellement élevé). Dans les trois autres bureaux de vote du quartier de la Villeneuve, ceux de la section de vote Arlequin, les résultats sont nettement moins flatteurs. On observe une perte de 14 électeurs et un recul de 1,8 points dans le bureau Arlequin 1 (24,3 %) et les résultats dans les bureaux 2 et 3 restent nettement inférieurs à la moyenne, malgré de légères progressions entre les deux tours (17,6 % et 19,5 %). Dans ces trois bureaux de vote de l'Arlequin, Carignon est largement distancié par Piolle, mais se retrouve également devancé par Noblecourt.

Carignon semble donc avoir trouvé un ou des moyens de séduire certains électeurs de certains quartiers populaires. Les raisons exactes n'en seront sans doutes jamais connues. Et les résultats des prochains scrutins seront sans nulle doute particulièrement éclairants à ce sujet.

La dynamique Carignon n'a toutefois rien d'irrésistible. Dans le bureau de vote Taillefer 3, bastion du FN/RN, qui lui avait offert son meilleur résultat au premier tour, Carignon perd 18 voix, son score recule de 3,2 points, son plus fort recul entre les deux tours, et malgré un résultat qui reste élevé (34,0 %), il se retrouve cette fois-ci devancé par Eric Piolle (39,0 %). Et plus globalement, de nettes zones de faiblesses demeurent. Les résultats sont inférieurs à 20 % dans 22 bureaux de vote, soit un quart du total. Outre les bureaux de vote de l'Arlequin précédemment mentionnés, Carignon plafonne à des niveaux particulièrement faibles dans le quartier Chorier-Berriat et dans les bureaux de vote du secteur 2 les plus favorables à "Grenoble en commun".

"Leader de l'opposition" autoproclamé, Carignon obtient 7 sièges au conseil municipal et 4 au conseil métropolitain. Avant même que les assemblées ne se mettent en place, il contraint à la démission plusieurs de ses élus de la "société civile" pour faire monter à ses côté des militants encartés LR ou UDI, signe de sa volonté de continuer à jouer un rôle au sein de la droite partisane. Son isolement reste toutefois manifeste au conseil métropolitain, où il formera un groupe avec ses trois colistiers, sans rallier aucun élu issu d'une autre commune.

L’effondrement du vote macroniste à Grenoble

Carte du vote Chalas (LREM) au 1er tour des élections municipales à Grenoble, par bureau de vote Carte du vote Chalas (LREM) au 1er tour des élections municipales à Grenoble, par bureau de vote

Il ne reste plus grand-chose du triomphe des élections législatives de 2017 pour la députée-candidate de la majorité présidentielle, ni même de la bonne performance de la liste LREM aux élections européennes de 2019, qui s’était classée devant la liste EELV conduite par Yannick Jadot. La liste conduite par Emilie Chalas n’est en tête dans aucun bureau de vote, et n’atteint les 20 % des suffrages exprimés que dans un seul, Vieux Temple 3, plus de 26 points derrière Eric Piolle. Il n’y a pas de zones de force à proprement parler. La liste LREM obtient ses résultats les moins médiocres dans les bureaux de vote du secteur 2 autour de l’hypercentre, qui avaient massivement voté LREM lors des élections européennes de 2019 : dans la plupart des cas, Emilie Chalas s’avère en incapacité de récupérer la majeure partie de ces électeurs, subissant de plein fouet la concurrence de Carignon. Signe que l’électorat macroniste se réduit désormais à son aile droite, les seules autres zones dans lesquelles Chalas surperforme sont des bastions historiques de la droite et de l’extrême-droite, comme le Rondeau (Anatole France 2), André Abry ou Beauvert 2.

On trouve en revanche des zones de faiblesses très marquées, où le vote LREM des élections européennes de 2019 semble s’être littéralement évaporé. Emilie Chalas est complètement marginalisée dans la plupart des quartiers les plus populaires, trouvant tout juste 3 électeurs dans le bureau de vote Anatole France 1 (2,1 %) et 4 dans le bureau Arlequin 1 (2,1 %). Le secteur 6 semble devenu une terre de mission pour le macronisme, avec des résultats inférieurs à 10 % des suffrages exprimés dans la quasi-intégralité des bureaux de vote de la Villeneuve, du Village Olympique et de Vigny-Musset. Mais les chiffres ne sont guère plus élevés dans le cœur du quartier Chorier-Berriat (Ampère, Buffon) où, étrangement, Carignon a mieux résisté au rouleau compresseur du vote Piolle.

Tableau 3 - Votes Chalas et Carignon dans les 10 bureaux de vote ayant le plus voté LREM lors des élections européennes de 2019 Tableau 3 - Votes Chalas et Carignon dans les 10 bureaux de vote ayant le plus voté LREM lors des élections européennes de 2019

Le second tour ne fera que confirmer les résultats du premier. L'espace électoral du macronisme se réduit même encore un peu : la liste conduite par Émilie Chalas perd 1,3 point par rapport au premier tour. La géographie du vote LREM évolue peu. Le meilleur résultat, 17,8 %, est obtenu dans le bureau de vote Sidi Brahim 3. Difficile d'y trouver une explication : les électeurs de la liste Chalas sont 65, soit exactement le même nombre qu'au premier tour, et les trois autres candidats sont à des niveaux proches de leurs moyennes. Ailleurs, les résultats les plus élevés sont obtenus dans des bureaux de vote dans lesquelles la députée de la 3è circonscription de l'Isère se situait déjà à des niveaux supérieurs à la moyenne. Dans certains bastions de la droite, la logique de vote utile semble avoir joué à plein : Chalas essuie son plus fort recul dans le bureau de vote Berlioz 1 (-48 voix et -6,1 points), là où Carignon est en forte progression (+35 voix et +7,8 points). Ailleurs, cela tient sans doute plus simplement à une démobilisation des électeurs.

Les zones de faiblesse restent très marquées : 22 bureaux de vote accordent moins de 10 % des suffrages exprimés à la liste LREM, soit un quart du total. La plupart des quartiers populaires restent particulièrement rétifs à l'égard de la majorité présidentielle, puisque parmi ces bureaux de vote très défavorables, on retrouve la Villeneuve, Mistral, le Village olympique, Teisseire et Vigny-Musset. On retrouve aussi certain bureaux de vote des secteurs 1 et 2, généralement très favorables à "Grenoble en commun".

La liste LREM obtient finalement trois sièges au conseil municipal et deux au conseil métropolitain. Dans ce dernier, le rôle d’Émilie Chalas et de son colistier Olivier Six s'annonce dérisoire tant les résultats ont été calamiteux pour LREM dans toutes les communes de la métropole, les macronistes ne conservant qu'une mairie, celle de Seyssins (7.700 habitants).

Olivier Noblecourt, le baroud d’honneur du socialisme municipal à la grenobloise

Carte du vote Noblecourt (PS) au 1er tour des élections municipales à Grenoble, par bureau de vote Carte du vote Noblecourt (PS) au 1er tour des élections municipales à Grenoble, par bureau de vote

Il avait l’ambition de virer en tête de la gauche. Las, Olivier Noblecourt, ex délégué interministériel à la pauvreté du gouvernement d’Edouard Philippe, doit se contenter d’une piteuse quatrième place, derrière Emilie Chalas dont il a tenté d’empêcher la candidature, au prétexte d’être un meilleur candidat pour la macronie. Avec 13,3 % des suffrages exprimés, il est bien loin de l’étiage qui était encore celui du PS, qui soutenait sa liste, lors des élections municipales de 2014.

La géographie électorale du vote Noblecourt est assez marquée. Deux bureaux de vote le placent en tête de tous les candidats : Village olympique 1, à égalité avec Alain Carignon, et Anatole France 1, correspondant au quartier Mistral. Un résultat de 47,6 % sans doute acquis grâce à la présence sur la liste de Hassen Bouzeghoub, directeur du Plateau, important équipement socioculturel du secteur. Dans ces deux bureaux de vote ainsi que dans le 2ème bureau de vote du Village olympique, Olivier Noblecourt devance Eric Piolle. Mais il s’agit là d’exceptions qui confirment la règle.

Les zones de force du vote Noblecourt sont concentrées dans le quart sud-est de la ville, avec des résultats nettement supérieurs à la moyenne dans les quartiers Villeneuve, Village olympique, Vigny-Musset, Malherbe et Teisseire, incluant des scores excédant les 20 % des suffrages exprimés dans 11 bureaux de vote.

Le vote Noblecourt est donc plus élevés dans les quartiers les plus populaires, où les anciens réseaux du PS de l’ère Destot sont encore bien implantés. Il est toutefois marquant de constater à quel point cela ne suffit pas, dans la grande majorité des cas, à limiter le vote Piolle dans des proportions significatives. On est notamment très loin des niveaux atteints par la liste PS conduite par Jérôme Safar en 2014, avec parfois de nets décrochages (tableau 3). En outre, du fait d’une abstention élevée dans les quartiers populaires, ces résultats corrects ne permettent pas de compenser l’absence d’implantation dans d’autres quartiers beaucoup moins abstentionnistes. Les résultats y sont souvent proches de la moyenne, avec des disparités peu marquées, correspondant sans doute à un vote socialiste résiduel.

Tableau 4 - Evolution des votes PS et Piolle dans les 10 bureaux de vote ayant le plus voté PS (Safar) en 2014 (n’inclut pas deux bureaux de vote de la section de vote Malherbe, redécoupés entre temps) Tableau 4 - Evolution des votes PS et Piolle dans les 10 bureaux de vote ayant le plus voté PS (Safar) en 2014 (n’inclut pas deux bureaux de vote de la section de vote Malherbe, redécoupés entre temps)

La liste « Grenoble nouvel air » échoue également à franchir la barre des 10 % dans 13 bureaux de vote, parmi lesquels on retrouve plusieurs des principaux bastions d’Eric Piolle, en particulier dans les quartiers Chorier-Berrait, Abbaye, Porte de France et Saint-Laurent. Auprès de cet électorat plus mixte socialement, la concurrence à gauche n’a clairement pas eu lieu.

Au second tour, Olivier Noblecourt et ses colistiers essuient une nouvelle déconvenue en reculant de 2,4 points, mais parviennent tout-de-même à se maintenir au-dessus de la barre des 10 %, évitant une humiliation.

La géographie du vote Noblecourt ne connait pas de bouleversement. On relève deux progressions significatives à Taillefer 2 (+6 voix, +4,0 points) et à Porte-de-France (+3 voix, +2,0 points) pour des résultats qui restent modestes à 11,0 et 10,1 % des exprimés. Le meilleur résultat est encore et toujours obtenu dans le quartier Mistral (Anatole France 1) avec un résultat de 41,7 %, en repli de 5,9 points par rapport au premier tour. C'est le seul bureau de vote dans lequel Olivier Noblecourt occupe la pôle position, et le seul dans lequel il dépasse les 30 % des suffrages exprimés. Dans six autres, il dépasse les 20 %, toujours dans des quartiers populaires dans lesquels l'implantation du PS est ancienne (Village Olympique, Arlequin, Malherbe).

On relève aussi des reculs importants dans des bureaux de vote qui avaient pourtant bien soutenu la liste « Grenoble nouvel air » au premier tour. Le plus fort recul (-9,5 points) est enregistré à Teisseire 2. D'autres reflux assez prononcés peuvent être observés dans plusieurs bureaux de vote de la Villeneuve, où la logique de report sur la liste de gauche la mieux placée, en l'occurence celle conduite par Eric Piolle, semble avoir joué à plein. Dans 42 % des bureaux de vote, Noblecourt n'atteint pas les 10 % des exprimés : ils sont pour la plupart situés dans les secteurs 1 et 2, avec des résultats parfois calamiteux, le plus mauvais étant obtenu dans le bureaux de vote Ampère 1 (4,7 %) qui est, comme nous l'avons vu précedemment, le meilleur bureau de vote d'Eric Piolle.

La liste « Grenoble nouvel air » obtient 3 sièges au conseil municipal et 2 au conseil métropolitain. Comme avec la liste Carignon, les élus issus de la "société civile" ont été invités à céder leurs sièges à des militants plus expérimentés, dont une, Cécile Cenatiempo, est encartée PS.

La « Commune est à nous », mais surtout aux autres finalement…

3,2 %. C’est ce que pèsent « les dissidents du piollisme » à Grenoble. Comme un symbole, la liste conduite par Bruno De Lescure, devenu l’un des opposants les plus acharnés à la municipalité sortante après en avoir été un fervent soutien, obtient son meilleur résultat dans le bureau de vote Ampère 2 (8 %), là où… Eric Piolle obtient aussi son meilleur résultat. L’objectif de prendre des voix au maire sortant n’est donc pas atteint.

Les zones de force de « La Commune est à nous » sont pour l’essentiel concentrées dans le quartier Chorier-Berriat (8 % à Ampère 2, 7,9 % à Buffon 2, 7,4 % à Ampère 1, 5,7 % à Diderot), ce qui n’est guère surprenant pour une liste conduite par le président de l’Union de quartier locale. On trouve des résultats supérieurs à la moyenne dans la plupart des bureaux de vote de la Villeneuve : 7,7 % à Arlequin 1 et autour de 5 % à Arlequin 2 et Baladins 1 et 2. Des résultats qui restent décevants pour les membres de cette liste, au regard de l’implication de bon nombre d’entre eux dans des initiatives de rejet du projet de renouvellement urbain voté par la municipalité.

« La Commune est à nous » ne franchit le seuil des 5 % des suffrages exprimés que dans 13 bureaux de vote, pour la quasi-intégralité situés sur les secteurs 1 et 6. Ailleurs, ses résultats sont proches de sa moyenne communale, voire très en-dessous lorsqu’on parle des zones de force de la droite, des bureaux de vote de la Bajatière ou des bastions de « Grenoble en commun » dans le secteur 2.

Le chant du cygne de l’extrême-droite à Grenoble

En 2014, Mireille D’Ornano conduisait la liste du Front national à Grenoble, obtenant 12,6 % des suffrages exprimés au 1er tour, permettant son maintien au second. En 2020, elle se présente sans l’étiquette RN, et même sans celle de son nouveau parti, Les Patriotes de Floran Philippot, ex-FN. Malgré l’absence de liste RN « officielle » pour la concurrencer, elle perd la quasi-intégralité de son électorat et franchit à peine les 2 % des suffrages exprimés. Des envolées à plus de 25 % dans certains quartiers en 2014, il ne reste rien. D’Ornano a été littéralement dépouillée par Carignon. Elle ne franchit le seuil des 5 % que dans cinq bureaux, avec un maximum de 6,5 % (Eaux claires 5). Elle est totalement marginalisée dans la plupart des bureaux de vote des secteurs 1 et 2, avec même zéro voix dans le bureau de vote Buffon 2. Dans 13 bureaux de vote, elle n’atteint pas les 1 %... Ainsi s’achève la présence de l’extrême-droite partidaire sur les bans du conseil municipal de Grenoble.

Lutte ouvrière, comme d’habitude…

Avec 1,19 %, Catherine Brun, tête de liste Lutte Ouvrière, réalise la prouesse d’obtenir à la décimale près le même résultat qu’en 2014. Seul subsiste un vote résiduel, avec une modeste surreprésentation dans les quartiers populaires, jusqu’à 4 % à Taillefer 3, l’un des rares bureaux de vote à avoir propulsé en tête de ses suffrages… Alain Carignon !

Annexe : résultats détaillés du 1er tour des élections municipales de 2020 à Grenoble Annexe : résultats détaillés du 1er tour des élections municipales de 2020 à Grenoble

Annexe : résultats des élections municipales de 2014 à Grenoble Annexe : résultats des élections municipales de 2014 à Grenoble

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