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Billet de blog 27 juin 2016

Législatives en Espagne : virage à droite

Le Parti populaire du Premier ministre Mariano Rajoy arrive largement en tête des élections législatives qui se sont tenues en Espagne dimanche 26 juin, avec un résultat en net progrès qui a surpris. Le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) stagne en seconde position, tandis que l’alliance de la gauche radicale, Unidos Podemos, échoue à virer en tête de la gauche

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Des élections législatives se sont tenues en Espagne dimanche 26 juin 2016, six mois après les élections de décembre 2015, à la suite desquelles aucune majorité parlementaire n'avait put se dégager pour soutenir un gouvernement. La participation est en baisse de trois points, à 66,5 %, correspondant à un niveau de mobilisation des électeurs relativement faible mais fréquent en Espagne, qui ne fait traditionnellement pas partie des pays « participationnistes ». Les résultats varient assez peu par rapport à 2015, avec une légère progression des conservateurs du Parti populaire et un affaiblissement marqué de la gauche radicale, qui rassemble moins de voix rassemblée au sein d'une coalition (2016) qu'au travers de listes séparées (2015).

Le PP secouru par ses électeurs

C’est sans doute la principale surprise de ces élections : le Parti populaire (PP) enregistre une progression de plus de 4 points par rapport aux législatives du 20 décembre 2015. Il gagne 704.000 voix et 14 sièges de députés. 137 élus populares siègeront dans la nouvelle législature du Congrès des députés, très loin devant ses principaux concurrents de gauche. Le léger recul du parti de centre-droit Ciudadanos (« Citoyens », C’s), qui perd 373.000 voix et 8 sièges en six mois, ne suffit pas à expliquer cette embellie inattendue du PP, pourtant empêtré dans des affaires de corruption et doté d’un leader massivement impopulaire. 33 % n’est d’ailleurs pas un bon résultat pour le PP, qui obtenait encore 44,6 % des suffrages en 2011, année de l’accession au pouvoir de Mariano Rajoy.

La progression du PP est en grande partie due à l’apport de nouveaux électeurs, sans doute une partie de ceux perdus entre 2011 et 2015. La progression du PP, en voix aussi bien qu’en pourcentage des suffrages exprimés, est générale dans toutes les communautés autonome (régions) d’Espagne. Certaines progressions sont significatives : de 28,5 % à 34,1 % aux Canaries, de 36,9 % à 41,6 % en Cantabrie, de 39,1 % à 44,3 % en Castille-et-Léon, de 33,4 % à 38,3 % à Madrid, de 37,1 % à 41,5 % en Galice, de 29,1 % à 35,1 % dans les Baléares, de 40,4 % à 46,7 % en Murcie. Le PP se paye même le luxe de grappiller un siège en Catalogne, où il est pourtant honni et marginal. Ce mouvement global illustre la mobilisation en faveur du PP d’électeurs conservateurs déçus, qui avaient voulu témoigner de leur mécontentement en 2015 et sont retournés aux urnes par peur de voir une gauche dominée par son aile radicale prendre les rênes du gouvernement.

Le PSOE sauve son leadership à gauche mais n’a jamais été aussi faible

Bien qu’il gagne 0,6 point grâce au recul de la participation, le PSOE perd 101.000 électeurs et 5 sièges. Cette évolution cache des disparités régionales : les socialistes renforcent légèrement leurs positions dans quelques circonscriptions, avec des gains nets en voix en Aragon, dans les Canaries, en Cantabrie, en Navarre, dans la communauté de Valence, dans les Îles Baléares, au Pays Basque, dans les Asturies et surtout dans la communauté de Madrid, où il gagne 32.000 voix et un siège. Ces communautés autonomes correspondent souvent à des zones de force de Podemos, ce qui pourrait permettre de défendre l’hypothèse selon laquelle un certain nombre d’électeurs de Podemos ou de la Gauche Unie (IU) de 2015 ont préféré voter socialiste en 2016 plutôt que se reporter sur la coalition Unidos Podemos.

La géographie électorale du PSOE reste toutefois très traditionnelle et dissimule mal un affaiblissement général qui semble durable : les listes socialistes n’arrivent en tête que dans trois circonscriptions, toutes situées dans son bastion historique d’Andalousie, au sud du pays, et ne dépassent la barre des 30 % des suffrages exprimés que dans sept circonscriptions sur 52. Pour la première fois dans l’histoire récente de l’Espagne, le PSOE n’arrive en tête dans aucune communauté autonome.

Bien que ces résultats soient objectivement mauvais, ils témoignent d’une capacité de résistance du PSOE à la pression de la poussée de la gauche radicale bien plus forte que ce qu’a pu être celle du PASOK en Grèce. Bien qu’ils soient affaiblis, les socialistes espagnols ne sont pas encore confinés aux marges.

Unidos Podemos, l’échec du « sorpasso »

En faisant listes communes avec IU, Podemos espérait réaliser l’addition des voix des deux partis et virer en tête de la gauche, dans l’espoir de contraindre le PSOE à soutenir un gouvernement dirigé par Pablo Iglesias, le leader de Podemos. Comme professeur de sciences politique, Iglesias savait pertinemment que les voix ne s’additionnent pas mécaniquement, et que son pari était risqué. En 2015, les listes soutenues par Podemos[1] rassemblaient 5,2 millions d’électeurs et 20,7 % des suffrages exprimés, et les listes autonomes d’IU 926.000 électeurs et 3,7 % des suffrages exprimés. Soit nettement plus que les 22,0 % du PSOE.

Las, les électeurs semblent ne pas s’être retrouvés dans cette alliance : les listes soutenues par Unidos Podemos (« Ensemble nous pouvons »), « confluences » galicienne, catalane et valencienne comprises, ne rassemblent qu'un peu moins de 5,1 millions de voix et 21,1 % des suffrages exprimés. Plus d’un million d’électeurs de 2015 manquent donc à l’appel.

Le tableau ci-dessous montre l’évolution des résultats de Podemos et d’IU en 2015 par rapport à ceux d’Unidos Podemos en 2016. On voit que le recul est généralisé, à l’exception de la Catalogne, où l’alliance existait déjà a été reconduite à l’identique, et du Pays Basque et la Navarre. Dans ces deux dernières communautés autonomes, l’addition des voix de Podemos et d’IU s’est faite, conformément aux objectifs des leaders des deux partis. Il s’agit de deux zones de forces de Podemos, où ce parti était déjà très fort en 2015.

Résultats des élections législatives espagnoles de 2016 par communauté autonome

Il est toutefois compliqué de déduire des hypothèses fiables de ces évolutions. Dans l’autre communauté autonome où l’alliance Podemos/IU existait déjà en 2015, la Galice, on observe un recul de près de trois points et la perte d’un siège. Et dans une autre zone de force de Podemos en 2015, les îles Canaries, le résultat d’Unidos Podemos est même inférieur au résultat de la seule liste Podemos, sans IU, en 2015. Globalement, la géographie électorale d’Unidos Podemos reste celle de Podemos, avec des zones de faiblesse très marquées dans le sud et le centre du pays, et des zones de forces affirmées dans les périphéries (Pays Basque, Asturies, îles) et les grands centres urbains (Madrid, Barcelone, Valence). L’apport d’IU a été très limité, pour ne pas dire nul : en Andalousie, en Aragon, à Madrid et dans les Asturies, où IU obtenait ses meilleurs résultats en 2015, les résultats d’Unidos Podemos sont à peine supérieurs à ceux des anciennes listes Podemos. Les cartes électorales des deux partis ne se sont donc pas superposées.

Où sont donc passé les électeurs de la gauche radicale de 2015 ? Comme on l’a vu, l’hypothèse d’un report sur le PSOE n'est pas suffisante, ce parti perdant 101.000 voix entre 2015 et 2016. Il serait plus vraisemblable de parler de phénomènes de transferts d’abstention : en dépit d'une baisse de la participation, on a vu une forte progression du PP. L’hypothèse la plus sérieuse est donc la suivante : une part importante des électeurs d’IU et de Podemos en 2015 est devenue abstentionniste en 2016, tandis que de nombreux abstentionnistes de 2015 sont venus voter PP en 2016. Reste à savoir si ce déficit de mobilisation des électeurs doit être imputé à Podemos ou à IU.

En dépit de ce recul, somme toute assez limité, la gauche radicale espagnole reste l'une des plus puissantes d'Europe, alors que l'Espagne, contrairement à la Grèce et au Portugal, n'a jamais été marquée jusqu'ici par une forte présence de la gauche radicale lors des élections, le Parti communiste puis IU atteignant tout au plus 10 % des suffrages exprimés à deux reprises avant l'apparition de Podemos.

Que va-t-il se passer maintenant ?

Contrairement à 2015, le Congrès des députés dispose d’une majorité de droite, avec 169 sièges pour une éventuelle alliance PP/C’s, à 7 sièges de la majorité absolue. Un appui des nationalistes conservateurs catalans de la CDC (8 sièges) et de leurs alter-égo basques du PNV (5 sièges) et canariens du PNC (1 siège) permettrait de sécuriser une majorité au Congrès. Toutefois, cette équation n’a rien de mathématique : C’s a construit sa popularité sur le rejet de la corruption, qui a éclaboussé récemment de nombreux cadres du PP. Et le conflit autour de l’indépendance de la Catalogne pourrait compliquer une entente entre la CDC, qui soutient l’indépendance, et le PP et surtout C’s, qui y sont farouchement opposés. Reste l’hypothèse d’une grande coalition PP/PSOE, sans précédent dans l’histoire politique de l’Espagne, qui semble difficile à accepter pour un PSOE qui a cherché à mobiliser autour de l’impopularité de Mariano Rajoy. Une seule certitude à cette étape, l’Espagne va devoir attendre encore longtemps avant d’avoir un nouveau gouvernement.

Composition du Congrès des députés par groupes politiques

[1] Y compris les listes de « Confluence » montées en Galice (En Marea, avec la participation d’IU), en Catalogne (« En comu Podem », avec la participation d’IU) et dans la communauté de Valence (avec le parti autonomiste Compromis mais sans IU).

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