À petits pas certes, mais dans une même direction : serait-ce la dictature?

Une succession d’événements très récents ne devrait pas manquer d’inquiéter ceux qui parmi nous sont attachés à la liberté et à la démocratie. Mais au-delà de ces événements, c’est la relative indifférence avec laquelle ils sont reçus qui devrait inquiéter plus encore.

Il y a d’abord eu l’événement des lycéens de Mantes-la-Jolie. Bien-sûr certaines chaînes de télé s’en sont rapidement émues, mais avec tellement de retenue et si peu d'écho dans la population que la chose est déjà complètement oubliée. Comme si les incartades de quelques gamins appelaient une telle riposte. Tout cela est répugnant, écœurant, lamentable et n’a pas manqué de réveiller chez beaucoup le souvenir des heures les plus sombres de notre histoire. Plus écœurant encore les propos d’une ancienne candidate à la présidence qui ne rate jamais une occasion de nous montrer sa stupidité et son entier dévouement au système répressif de la classe dirigeante.

Ensuite il y a eu ces presque deux mille arrestations en marge de la manifestation du samedi 9 décembre. À qui peut-on faire croire que ces dernières ne sont pas pour la plupart, arbitraires et inadmissibles ? Mais c’est une technique répressive bien connue que d’accuser ceux qui luttent pour la vérité et la liberté, ou qui ne pensent pas comme Monsieur tout le monde, de représenter un danger pour la société. Macron, qui aura dû travailler beaucoup son expression contrite pour s’adresser au peuple —, à un point tel qu’il n’a même pas été capable de parler en direct et je laisse chacun juge de sa sincérité — , a commencé son discours, en rappelant sur un ton, dont le côté martial n’aura échappé à personne, la légitimité de son autorité. Autorité qui lui donnerait le droit d’arrêter qui il veut, quand il veut, et en s’affranchissant totalement de l’autorité judiciaire — si tant est qu’une telle autorité existe-encore aujourd’hui.

Il y a aussi ce déploiement démesuré de moyens — des blindés, des effectifs considérables, la paralysie total des Champs Élysées et j’en passe — pour contenir une poignée de casseurs sans réussir pour autant à les empêcher de commettre leurs méfaits, tandis que des assauts à la bombe lacrymogène ou à la lance à eau contre des manifestants pacifiques ne soulève même pas l’ombre d’une émotion dans la population. Car au-delà du sensationnel qui crée le buzz, le fond des choses ne semble pas concerner nos médias de grande écoute.

Il y a, pour finir, la mise en place envisagée par notre chère Europe, au nom de la lutte contre le terrorisme d’une censure sécuritaire automatisée, privatisée et arbitraire qui ne passera plus par un juge — https://www.laquadrature.net/2018/12/10/le-parlement-europeen-sopposera-t-il-a-la-censure-securitaire/.

Si une telle mesure est votée, les comptes Facebook des révoltés seront fermés tout aussi arbitrairement que sont faites aujourd’hui les arrestations. Et cela sera encore moins visible puisque les personnes concernées seront du même coup privées du moyen de se défendre.

Ne nous y trompons pas, malgré sa feinte contrition, Macron reste Macron. Macron reste Macron parce qu’il ne dévie en rien de sa ligne : toujours plus aux riches, toujours moins à tous les autres. Et les quelques miettes qu’il distribue aux plus pauvres, où les trouve-t-il ? Dans la poche des un peu moins pauvres ; ça va de soi.

Tout cela est injuste et révoltant et le peuple ne saurait s’y tromper.

C’est pour cela, qu’au delà de la compassion affichée, le pouvoir, totalement inféodé aux intérêts de l’oligarchie financière, cherche par tous les moyens à museler les lanceurs d’alerte et les révoltés.

Le laisserons-nous faire ?

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