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Billet de blog 14 décembre 2012

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Michel Slitinsky: hommage à un combattant

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C’est le symbole de l’affaire Papon et de la lutte contre les « génocidaires de bureau » qui vient de décéder.

Le 19 octobre 1942  son père, Abraham Slitinsky, est raflé par les services de police de la préfecture de Gironde puis déporté et gazé à Auschwitz. Esther, sa mère, restera cachée pendant trois ans dans une cave. Michel Slitinsky, qui a alors 17 ans, aura juste le temps de s'enfuir par les toits lors de l'arrestation nocturne de sa famille.

Il entre en clandestinité et intègre un réseau de résistance qui le mène dans les maquis d'Auvergne (M.U.R). Dès son retour à Bordeaux à la Libération, il  porte plainte contre les policiers qui étaient venus l'arrêter. L'affaire est classée sous des prétextes fallacieux. Slitinsky poursuit ses recherches. Il reconstitue l'histoire de la Résistance en Gironde, collectant témoignages et documents consignés dans des livres parus en 1969 et 1972. Sa recherche en fait un historien autodidacte.

Très déterminé, il fouille les archives, reconstitue les carrières et les organigrammes. Quarante ans plus tard il a réuni suffisamment de preuves pour démasquer des hauts fonctionnaires de Vichy responsables des déportations et des spoliations.En 1981, l’universitaire  Michel Bergès, qui effectue des recherches dans les archives de la préfecture de Gironde, retrouve le procès-verbal de police qui relate l'arrestation la famille Slitinsky. D'autres documents portent le nom de Maurice Papon alors ministre du Budget et qui était, entre 1942 et 1944, secrétaire général de la préfecture de Gironde. La communication par Slitinsky de certaines de ces documents au Canard enchaîné qui les publie est à l'origine de l'« affaire Papon »

Le 8 décembre 1981, 3 membres de la famille Matisson, amis d’enfance de Slitinsky, portent plainte contre Papon pour "crimes contre l'humanité » Papon est inculpé en 1983. En France, depuis 1964 les crimes contre l'humanité sont imprescriptibles. Mais ce n'est qu'après dix-sept années de batailles juridiques en octobre 1997 que débute le procès. Papon avait été renvoyé, le 18 septembre 1996, devant la cour d'assises de la Gironde. Parmi les plaignants, on compte 34 membres de la famille de Juifs déportés et 14 associations qui se sont constitué parties civiles. Papon est accusé d'avoir fait déporter, entre juillet 1942 et mai 1944, près de 1600 juifs de Bordeaux vers Drancy. Le renvoi devant les assises de la Gironde ne concerne que soixante-douze victimes déportées entre 1942 et 1944 et parentes des plaignants. C'est le procès le plus long en France depuis la Seconde Guerre mondiale.

Lors de ce procès de Papon, Slitinsky est porte-parole des parties civiles et assiste à toutes les audiences pendant six mois. Sa déposition a lieu les 21 et 22 janvier 1998 ( voir sur le site des parties civiles et familles le compte-rendu intégral du procès http://www.matisson-consultants.com/affaire-papon/proces_bordeaux/audiences/papon_21_janvier_1998.htm)

 Slitinsky apostrophe Papon qui « porte sur ses épaules la responsabilité de 1.600 arrestations, dont 250 enfants…Pour les enfants, il aurait pu faire un effort, dissimuler les listes dans son tiroir. Il ne l'a pas fait. Il est allé à l'extrémité de ses possibilités".

Papon ne regrette rien et cible son accusateur principal; lors de l’audience du 7 Novembre 1997 il le met en cause : " Puisque vous faites état d'une note de juillet 42, j’ai de bonnes raisons de n'avoir pas oublié, puisqu'elle a servi à la fabrication d'un faux par Monsieur Slitinsky. Monsieur Slitinsky est un faussaire ! J'en apporterai la preuve." Cette preuve ne vint jamais. Cette attitude rappelle celle de Barbie tentant de compromettre le résistant Raymond Aubrac (voir Résistance : Aubrac et son tortionnaire. )

Lors de ce procès, de nombreuses personnalités viennent témoigner en faveur de Papon. C’est le cas notamment de l’académicien et ministre de droite Maurice Druon qui déclare  qu’avant le printemps 1945, on ne connaissait pas « la solution finale » et ajoute  :

« Si on avait su, il n'y aurait pas eu de préfets et de sous-préfets pour signer les ordres de déportation, il y aurait eu moins de Juifs passifs, attendant qu'on vienne les arrêter, cousant leur étoile jaune sur leur vêtement, ils ne seraient pas restés là à attendre comme des groggys offerts aux sacrificateurs ». Il assure que ce procès profitera seulement à l'Allemagne : « Si l'on se met à condamner un Français symbolique, il leur sera facile de dire : on est tous pareils, les Français sont aussi moches que nous, il y aura une dissolution de la responsabilité, de la culpabilité, c'est pour cela que je suis venu devant vous ». Il ajoute :

« Il y a un paradoxe de voir les fils des victimes devenir les alliés objectifs des fils des bourreaux ». C’est auprès de lui que Sarkozy viendra chercher une onction gaulliste en 2007 (voir Sarkozy encense Maurice Druon, ami et soutien de Papon )

Maurice Papon est condamné le 2 avril 1998 à une peine de dix ans de réclusion criminelle, d'interdiction des droits civiques, civils et de famille pour complicité de crimes contre l'humanité par la cour d'assises. Seules ont été retenues, pour quatre convois sur huit, des complicités d'arrestation et de séquestration.

Après cette condamnation et sa fuite en Suisse, ses soutiens continuent à veiller sur lui ; au premier rang se trouvent Druon déjà cité, l’ancien Premier ministre Messmer qui avait aussi témoigné pour lui et Raymond Barre dont il fut ministre, dans le même gouvernement que Simone Veil (voir Simone Veil: tragique méprise . Ils multiplient les appels pour qu’il soit amnistié (voir Messmer: disparition d'un copain et soutien de Papon

Décryptage: R. Barre récidive pour Papon et Gollnisch

R.Barre: requiem pour un antisémite ). Face à l’échec de ces démarches, c’est grâce à une loi de 2002 sur les détenus malades et à une expertise médicale mensongère que Papon sortira rapidement de prison ;  hélas,   Robert Badinter et Mouloud Aounit, à l’époque président du MRAP, approuvèrent cette libération.

 Au total, Papon a toujours  bénéficié d'une clémence exceptionnelle puisqu'il a échappé à la justice de 1981 à 1997 malgré la révélation dès 1981 de son rôle dans la déportation des Juifs de Bordeaux. De plus, il n'a jamais été jugé pour les massacres d'octobre 1961 et de Charonne (voir 17 Octobre 1961 : 50e anniversaire du massacre des Algériens.

17 Octobre: la mémoire d'un massacre à Paris) Il a été libéré de prison dès septembre  2002 sur la base d'une "expertise " de médecins complaisants mandatés par la justice. Ces experts l'ont déclaré "grabataire"  et ont estimé que le « pronostic vital » du prisonnier était posé. Cette expertise a permis à Papon-le-grabataire de sortir seul et à pied de la prison, de rentrer sans encombre chez lui en septembre 2002 puis et d’y vivre tranquillement jusqu’en Février 2007. Le combat de Michel Slitinsky, dont nous saluons la mémoire, se sera heurté à la solidarité des hautes sphères de l’Etat.

voir aussi La rafle du Vel d’Hiv et la mémoire de la Shoah

Arno Klarsfeld trahit les victimes de Papon

Sarkozy jette aux orties la reconnaissance de la participation de la France à la Shoah

Sarkozy boycotte le 8 Mai

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