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Billet de blog 23 avr. 2017

Le mystère Mélenchon: à l'ombre du nationalisme

Ces derniers jours il a été beaucoup question de l'Alliance Bolivarienne (ALBA), puisque le programme de la France Insoumise prévoit d'y faire participer les territoires français (coloniaux) d’Amérique, Guyane et Antilles. Mélenchon a présenté l'ALBA comme une alliance uniquement "économique". Mais il a passé sous silence les prises de position de ladite ALBA à propos de la situation en Syrie

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Or cette alliance et ses chefs, dont le défunt Chavez, ont toujours soutenu le régime assassin d'Assad . Ainsi quand en février 2012, quelques mois après le début du soulévement de la population l'aviation d'Assad bombarde la ville d'Homs et tue 260 personnes, notamment avec des barils de TNT,  l'ALBA est réunie au Vénézuela et publie une  déclaration qui intervient un jour après ce massacre.

L'ALBA ne manifeste alors aucune compassion à l'égard des victimes ni ne mentionne ces bombardements. Au contraire elle proclame que les présidents de l’ALBA soutiennent Assad. C'est ce qu' indique la déclaration lue par le président vénézuélien d'alors Hugo Chavez qui accueille le XIe Sommet des pays de l’ALBA.

 Les pays de cette alliance “condamnent les actes de violence armée que  des groupes rebelles armés soutenus par des puissances étrangères ont déclenchée contre le peuple syrien et ils formulent l’espoir que la société syrienne retourne au calme et évolue dans une atmosphère de paix”.

En outre, “ils réitèrent leur appui à la politique de réformes et de dialogue national promue par le gouvernement du président Bashar al Assad qui cherche à trouver une solution politique à la crise actuelle, en respectant la souveraineté du peuple syrien et l’intégrité territoriale de ce pays arabe frère”.

Chavez déclare  “très positif” le veto de la Russie et de la Chine  au Conseil de sécurité de l’ONU, qui a empêché l’adoption d’une résolution sur la situation en Syrie, face à la répression violente que le régime exerce contre sa population depuis onze mois.

Donc face à une authentique révolution populaire qui se développe dans le cadre des "printemps arabes" dont elle est contemporaine, ce sommet qui ose se réclamer du grand libérateur Bolivar, prend le parti de la dictature et du massacre.

 Cinq ans et des centaines de milliers de morts plus tard, la même question se pose: comment expliquer que Jean-Luc Mélenchon (JLM),  principal candidat de la gauche radicale,  soit aussi celui qui développe à gauche les positions internationales les plus régressives, notamment à propos de la Syrie? 

Denis Sieffert, directeur de Politis, soutien déclaré  de Mélenchon, se penche à son tout sur cet apparent mystère et  alerte à propos des positions de ce dernier concernant la Syrie.

Avec prudence et courage, Denis Sieffert releve les contradictions et approximations des propos du candidat de la "Français insoumise" et cela constitue déjà un point important. 

Ainsi il cite quelques unes des déclarations de Mélenchon à propos d'Alep (extrait) : "... si on l’avait (Mélenchon) entendu prononcer les mêmes mots quand l’aviation de Poutine anéantissait Alep-Est sous les bombes. Mais, à l’époque, rien, sinon une sorte d’approbation (« je pense que Poutine va régler le problème »), des confusions (les rebelles et Daech, c’est du pareil au même) et des généralités (« que voulez-vous, c’est la guerre »). Voilà qu’aujourd’hui Mélenchon invoque le droit international ( à propos de l'attaque de l'aviation US contre une base militaire syrienne)  et qu’il en appelle à l’ONU, comme si la Russie n’avait pas, pendant cinq mois, violé l’un et méprisé l’autre. Voilà qu’il fait mine de douter de la responsabilité du régime (Assad) dans l’attaque au gaz contre la localité de Khan Cheikhoun, suggérant même que ce pourrait être l’œuvre d’Al-Nosra (qui – simple détail – n’a pas d’avions) ou du Qatar, que l’on imagine mal se hasarder dans ce genre d’aventure. Les rebelles se gazant eux-mêmes pour faire du « tort » à Assad, le soupçon a évidemment fait le miel des complotistes, toujours avides de nouvelles théories. C’est surtout ignorer la nature de ce régime depuis 1970, et la longue série de massacres auxquels il s’est livré contre sa population, souvent d’ailleurs en usant de l’arme chimique..."

 Mais Sieffert n'apporte pas d'explication de fond  à la contradiction béante et dramatique entre une position progressiste sur les questions sociales "nationales" et l'appui de fait à des forces dictatoriales et assassines telles que Assad et Poutine.. Il évoque la "naïveté" de JLM et évite soigneusement ce qui constitue à l'évidence une des clés d'explication: la volonté de JLM de mettre en avant une position nationaliste  "française",  baptisée "gaullo-mitterandienne" susceptible de toucher voire d'attirer des secteurs de la droite française.

On retrouve cette volonté "cocorico" lors des grandes manifestations, marches et meetings de la "France Insoumise".

A cette occasion  les organisateurs, c'est à dire l'équipe rapprochée de JLM, ont veillé à diffuser massivement et gratuitement des milliers des drapeaux bleu-blanc-rouge, afin qu'on voie et comprenne bien que la nationalisme français ( rebaptisé patriotisme) est au cœur de leur campagne. La direction des la "France Insoumise" ne faisait manifestement pas confiance au "patriotisme spontané" des manifestants et avait d'ailleurs interdit la présence de drapeaux non tricolores dans le cortège du 18 mars à Paris, puisque les organisations soutenant la candidature devaient défiler en queue de celui-ci. Il s'agit donc d'une orientation et d'un but politique de Mélenchon. C'est cela qui est inquiétant surtout dans l'histoire de la gauche française où les dérives nationalistes ont été et sont légion

D'ailleurs Mélenchon assume et revendique aussi  cet espace colonial "universel" en évoquant une France qu'il nomme ainsi ( par ses colonies) "Nous (la France) sommes présents sur les cinq continents". Faut-il rappeler que l'ONU, dont JLM dit défendre le rôle déterminant, condamne très régulièrement le maintien des colonies françaises.

De même Mélenchon refuse de reconnaître franchement qu'il a gravement dérivé à propos des travailleurs détachés par leurs patrons en déclarant le  5 juillet dernier, au Parlement européen: "Je crois que l'Europe qui a été construite, c'est une Europe de la violence sociale, comme nous le voyons dans chaque pays chaque fois qu'arrive un travailleur détaché, qui vole son pain aux travailleurs qui se trouvent sur place ..."

Pressé de préciser son propos il s'invente des guillemets parfaitement imaginaires et travestit sa déclaration : " «Ecoutez monsieur Bourdin, je recommence. Regardez bien, regardez-moi. Les travailleurs détachés qui... regardez les doigts... “volent le pain des Français”... Qu'est-ce que ça signifie? Entre guillemets. Je n'aurais jamais dû parler comme ça parce que le guillemet est une nuance, même orale, qui échappe aux gauchistes moyens (sic) et aux journalistes ordinaires».

Certains dirigeants socialistes ne s'y sont pas trompés: ainsi Ségolène Royal déclare son admiration pour la bonne campagne de JLM.  La fan du drapeau tricolore, de l"ordre juste " y compris militaire approuve ainsi ce cours nationaliste. Sans doute converge-t-elle aussi sur les questions internationales puisqu'en en décembre 2006, en voyage en Chine, elle avait loué  "la rapidité de la justice chinoise",  en effet une des plus expéditives du monde et qui détient le record d’exécutions capitales. Récemment, lors des obsèques de Fidel Castro, elle a nié l'existence de prisonniers politiques à Cuba en se basant sur l'affluence touristique dans l'île  

De son côté JLM a explicitement fait appel à Arnaud Montebourg en le présentant comme l'exemple de socialistes auxquels il pourrait faire appel dans un gouvernement. C'est étrange à priori,  car c'est Montebourg qui a  assuré la victoire de Hollande lors de la primaire socialiste de 2011 contre Martine Aubry, en appelant à voter pour Hollande lors du 2e tour de ce scrutin. Il avait obtenu 17% au premier tour sur une ligne totalement opposée à celle du futur président. Mais Montebourg se pique de nationalisme et de "Made in France", il est donc mis en vedette.

La plupart des électeurs et électrices qui se préparent à voter pour Mélenchon ne connaissent pas ou ne prennent pas en compte ces aspects graves de son orientation. Ils cherchent la voie d'un vote déterminé à gauche et rejettent à juste titre le bilan de Hollande.

Mais parmi les courants issus de la gauche radicale qui se sont ralliés à  JLM, tout ceci est archi-connu. C'est néanmoins jeté à la poubelle par ces soutiens organisés de JLM qui sont issus de courants anti-chauvins, voire internationalistes. Au nom de la "dynamique", tout passe et il ne faut surtout pas formuler de critiques, mais "les égratignures mènent toujours à la gangrène".

Reste à espérer un sursaut et une prise de conscience de ceux et celles qui sont embarqués dans la galère nationaliste.

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