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Billet de blog 20 mai 2011

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Les nouveaux amis d'Hitler, par Souâd Belhadad

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Ayons l'obsession de la mémoire de l'anti-nazisme.

Lars Van Trier, aujourd'hui. John Galliano, hier. Et peut-être (sans doute ?) d'innombrables anonymes, au comptoir d'un bar, dans un salon privé, exprimant des propos analogues : « Hitler a fait des mauvaises choses mais... », « I love Hitler... »

Combien de fois ai-je entendu que « bon, la Shoah, ça va, on en parle trop » ? Mais si, aujourd'hui, en 2011, ce que nous entendons publiquement, dans un café ou à une prestigieuse tribune cannoise est possible, à quoi cela a-t-il donc servi de « trop » en parler ?

Pour ma part, je pense qu'il faut en parler encore. Plus que jamais en cette période où l'Europe marque une croissance de l'extrême droite, où la France permet l'expression d'une parole raciste qui menace notre cohésion, il faut en parler.

Continuer de (tenter...) transmettre cette mémoire. Il faut en faire une obsession.

On le sait (ou ne veut-on pas le savoir ?): derrière ce nom de Hitler, c‘est le fascisme qui est relativisé - celui-là même qui reprend beaucoup de terrain en Europe. C'est le génocide des Juifs et l'antisémitisme qui sont relativisés. C'est la banalité du mal qui est consacrée. La banalité du mal, nous y voilà désormais ! « Je pense qu'il a fait de mauvaises choses... » dit Lars Von Trier - sans que personne de son équipe à ses côtés ne se lève pour quitter cette conférence de presse, même sans un mot, ne serait-ce que par signe de désapprobation.

Dans le café où Galliano a sévi, il s'agissait de clients anonymes autour.

Dans le cas de Van Trier, ce sont des acteurs et actrices de renommée internationale, des journalistes... et donc la possibilité d'être vus par le monde entier, à travers leur réaction. Mais pas de réaction.

Des « mauvaises choses », cela s'appelle un génocide. Un génocide, c'est la planification puis la mise à exécution de l'extermination d'un peuple. Mais ces « mauvaises choses », c'est ce qui n'apparaît plus si important dans ce XXIe siècle, porteur d'une parole qui se libère de façon effrayante. Tout peut se dire désormais sur les Noirs, les Arabes, les musulmans, les femmes.

Maintenant Hitler... La boîte de Pandore est désormais dangereusement ouverte. Prochaine étape ?

Avec une grande tristesse, je pense aux derniers rescapés des camps. Plus de soixante après la Shoah, beaucoup sont proches de disparaître. Bientôt, ils ne seront plus là pour dire, témoigner que « ces mauvaises choses » ont été les pires de l'Humanité. Un rescapé de génocide, par définition, est toujours seul « avec ça », cette tragédie. Aujourd'hui, comme ils doivent se sentir encore plus seuls.

Souâd Belhaddad

Auteur de SurVivantes, Rwanda dix ans après

La fleur de Stéphanie, Rwanda entre déni et réconciliation

(voir aussi Algérie, antisémitisme: un texte de Souâd Belhaddad

France-Rwanda: escalade et négation)

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