Liberthérapie!

Nous vivons en France une expérience inédite dans l'ampleur et la durée, celle de la récusation des principes intangibles de Libertés, qualifiés tout à tour de tromperie ou d'inconstance, alors qu'ils structuraient et fédéraient jusqu'ici tant bien que mal notre Nation autour d'un Etat de droit. Nous vivons un instant du basculement de la lumière vers l'obscurité !

Je ne connais pas de Nations civilisées et non controversées dépourvues d'une Raison d'Etat et de geôles secrètes pour flageller les libertés.

Je ne trouve pas dans l'histoire des Nations, celle qui pourrait ne pas être souillée par le sang d'innocents expiateurs d'illégitimes desseins.

Il est vrai, tout est question d'appréciation de la notion de démocratie...

Que les libertés soient ostensiblement bafouées ici ou contenues avec circonspection ailleurs, elles sont souvent meurtries en faveur d'un bien-être sécuritaire imposé aux populations qui mettrait en place une liberté supérieurs aux autres. Celle d'un pouvoir ceint de ses vertus démocratiques, mais en perte de légitimité qui décidera des coercitions auxquelles le peuple sera tenu.

En somme, une indispensable servitude volontaire au service d'un idéal démocratique qui ne ferait plus consensus.

Nous vivons en France cette expérience inédite dans l'ampleur et la durée de la récusation des principes intangibles de Libertés, qualifiés tour à tour de tromperie ou d'inconstance, alors qu'ils structuraient et fédéraient jusqu'ici tant bien que mal notre Nation autour d'un Etat de droit.

Que nous diraient les grandes consciences d'hier Hugo, Zola, Camus ?

Que diraient ces apôtres de la Révolte Humanitaire et de l'Engagement pour décrire et combattre aujourd'hui les dérives liberticides de notre pays, s'ils avaient à les vivre face au silence gêné des voix émancipatrices du XXIème siècle ?

Que sont-elles devenues ces voix dites modernes dans un monde en marche à l'abri du réquisitoire implacable des penseurs qui transmirent les Lumières aux générations futures, alors que le peuple gronde ?

Ces voix qui se disent libératrices et révoltées dans la rhétorique de leur engagement semblent bien taisantes sur la précarité de la condition sociale des hommes et le piétinement de leurs libertés, alors que des prêtres froqués d'une pensée politique médiocre se piquent depuis trois ans de gouverner nos destinées à coups de lois non débattues et d'ordonnances au parfum nauséeux des lettres de cachet d'antan !

La Liberté Chérie a-t-elle donc définitivement déserté nos esprits ?

Pourquoi nos décideurs et leurs inconditionnels séides aux convictions malléables en viennent à vouloir châtier des comportements prétendument déviants jusque dans les Havres du Savoir, Ecoles et Universités et dont la liste ne cesse de s'allonger à coups de contrôles administratifs, d'interpellations, de gardes à vue, de déferrements zélés en justice et de prison, au nom du maintien obsessionnel de l'ordre public, étranger à la sûreté républicaine que l'on doit à son peuple ?

Le question est posée.

Ces prélats à la foi aléatoire qui ne manquent guère d'inclure dans leur frénésie de discipline publique les enfants aux consciences politiques naissantes - classe dangereuse par excellence - et les chercher, les contrôler jusqu'aux abords des écoles, le carnet de correspondance tenu en main, et les interpeller sans ménagement avec la duplicité d'un corps préfectoral sans état d'âme.

Nos censeurs ainsi inspirés font le choix de déserter le sens universel de nos libertés trop abondantes à leur goût dans un pays qu'ils croient trop pauvre en ordre institutionnel mais toujours trop nanti en droits pour les personnes qui en sont souvent dépourvues, alors qu'ils considèrent avec mépris ce peuple prétentieux qui serait en quête de privilèges inutiles.

Ces gens de peu hier et de rien aujourd'hui qui refusent de traverser la rue pour découvrir les bienfaits d'un travail devenu illusoire et qui n'y voient rien d'autre que les inaccessibles vitrines de luxe de la rue Saint-Honoré.

Nos princes du haut de leur forteresse, n'entendent pas le cri désespéré de ceux en besoin de tout, qui ne souhaitent obtenir qu'un travail pérenne, un toit décent, de quoi faire bouillir la marmite, éduquer leurs enfants et ne plus avoir à dormir dans leur voiture.

Mais ces maîtres, pour faire taire la contestation de leurs sujets et ne pas avoir à résoudre les drames sociaux, font le choix de mettre en place une société muette et aveugle...

Une société muette qui ne revendiquera rien, sauf le droit de se satisfaire de l'autoritarisme, de la propagande et de la violence institutionnelle dans les oripeaux d'une République issue du Conseil National de la Résistance en voie de lapidation, qui ne se veut plus soucieuse de la dignité des précaires dans un pays où près de dix millions de Français se trouvent sous le seuil de pauvreté et six autres millions - souvent les mêmes - sont mal logés, alors qu'au nom de la cohérence organisationnelle, Madame Belloubet, ex ministre de la justice, supprimait le juge d'instance. Magistrat seul habilité dans une société hystérisée par le profit à rendre justice aux plus démunis et à sanctionner les abus commis par les marchands de rêve et de sommeil !

La République comme usurpée fera alors de la surveillance de masse, et plus encore de la violence faite à son peuple taisant et meurtri, l'expression normalisée du fonctionnement de sa police et non plus une fraude intolérable à l'Etat de droit.

Une société aveugle qui commença à affranchir les policiers du maintien de l'ordre des règles de reconnaissance de leur qualité par la suppression des insignes extérieurs  - Les Uniformes et les Référentiels des Identités de l'Organisation (RIO) - Elle fit alors le choix délibéré de rendre impossible la distinction des policiers qui agissent dans l'intérêt de la loi, de ceux qui la bafouent.

La République - reprise d'une main de fer par un coup de force parlementaire - dans le silence du peuple et de ses représentants, se piquait ensuite d'imposer un ordre nouveau, celui du floutage des fonctionnaires de police en rendant impossible l'identification des auteurs de violence et en faisant table rase du tollé causé par les multiples violences - dont celles commises sur Geneviève Le Gay et celles qui causèrent la mort horrible et filmée de Cédric Chouviat - comme pour les rendre légitimes et institutionnelles.

Le courroux du procureur général François Molins, rappelant le droit, ne s'est d'ailleurs pas fait attendre.

Le haut magistrat dénoncera la dérive institutionnelle en invitant ses collègues des parquets de France à considérer que les vidéos prises au cours des scènes de violences policières sont suffisamment probantes pour ouvrir des enquêtes et engager des poursuites pénales contre les délinquants à l'ordre républicain.

Mais rien n'y a fait.

Le message perfide du pouvoir se pique alors de nous faire croire que l'objectif majeur du floutage est de préserver les policiers de menaces qui pleuvent sur les réseaux sociaux, alors que la grande majorité de ces messages en réponse ne sont rien d'autres que l'expression d'une inquiétude grandissante et d'une contestation partagée par des milliers d'internautes. Vaste écran de fumée destiné à faciliter la mise en œuvre d'un principe d'irresponsabilité, gravement générateur de récidive, mais voulu par des syndicats de police réactionnaires aux valeurs de la République.

Pourtant qui pouvait se reconnaître dans cette police construite en marge de l'Etat de droit, à part des esprits nourris par la vulgarité et la pauvreté de leurs convictions ?

Faut-il alors considérer que ceux qui nous dirigent ont un besoin si impérieux de cette police là pour subsister et que leur objectif est de donner libre cours à une mutation de l'Etat de droit en Etat autoritaire ?

Faut-il avoir de l'imagination pour penser que l'Histoire ne nous aurait rien appris pour méconnaître à ce point que la dictature est un régime où une personne seule ou un clan décide des lois ?

Faut-il avoir une imagination débordante pour considérer que notre pays fait aujourd'hui de la coercition institutionnelle un principe de société qui transgresse les valeurs démocratiques qui construisirent l'histoire, la force et la vitalité de la Nation Française, comme Christiane Taubira le soulignait il y a peu à propos de l'analyse de la pensée de Gérald Darmanin, ministre de l'intérieur, la qualifiant d'indigente moralement, politiquement, culturellement et indifférente aux dégâts considérables qu'elle pouvait produire ?

Faut-il croire que cette forme de mépris politique imposé au peuple ne prépare ou n'instaure guère le fascisme, comme le soulignait Albert Camus avec génie et la perspicacité de l'expérience qu'on lui a connu dans l'Homme Révolté ?

Et que dire de ces édiles - les mêmes qui nous infligent pareille dérive institutionnelle - dont certains savourent dans l'impunité les forfaits qu'ils ont parfois avoué, voire revendiqué sans en rendre compte ni à leurs victimes, ni à la justice, ni au peuple souverain et que rien ne vient combattre leur obsession de criminaliser tous les comportements, y compris ceux provoqués par la misère ?

Combien de temps encore leur sera-t-il permis de condamner la misère pour mieux épargner les nantis du crime, lorsqu'on sait que le mépris fait au peuple lui permet aussi de construire sa force dans cette humiliation ?

Nous vivons indubitablement l'instant du basculement de la lumière vers l'obscurité qui porte la marque de nos libertés en péril et comme dans un mouvement perpétuel elles sont volées aux hommes par d'autres homme, et notre société est sommée de s'y accoutumer.

Question de temps et d'habitude. L'homme, c'est un fait, s'adapte au changement et à force d'asservissement, il collabore ou résiste.

En ce domaine d'exception qu'est la Résistance, c'est le premier pas de la première femme ou du premier homme qui s'oppose qui importe. Certes, le plus difficile à franchir.

Celui qui résiste est un être à part entière, femme ou homme, il résiste d'abord par les mots pour alerter, prévenir et dénoncer.

Quelques hommes éprouvent que la béance abominable de la liberté déchue leur impose un mal insupportable, comme une sorte de négation de la vie. Ils vont alors mettre en marche l'engrenage de leur pensée face à l'ordre nouveau qui veut prendre place.

Ces êtres auront compris que la liberté c'est la vie.

Il deviendront résistants presque sans le savoir, sans se poser de questions et perdus dans la foule anonyme, sans nom, ni origine, dépourvus de visages, comme des ombres diaphanes, ils refuseront l'emprise et diront : Non !

 

 

                                                                                                                                            Albert Lévy

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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