Notre démocratie est dans le provisoire !

Notre démocratie a la saveur insipide du provisoire... Nos libertés résisteront-elles au basculement institutionnel qui fait que ce pays s'égare peu à peu dans l'autoritarisme rampant vers la dictature ?

Le chiffre vingt-quatre deviendra-t-il le chiffre noir et générique qui définira pour longtemps le recul de nos libertés ternies aux yeux du monde ?

Définira-t-il durablement la démocratie française retombée dans le provisoire, comme on l'avait rarement vu avec les jours sombres de notre histoire ?

Signera-t-il l'empreinte indélébile d'une loi liberticide appelée Sécurité Globale discutée le 20 novembre 2020 par une centaine de députés apeurés dans une Assemblée barricadée dans Paris, ville assiégée par les fores de l'ordre et évacuée de son peuple ?

Le dogme tant cultivé par l'extrême droite du renforcement des pouvoirs d'une police de coercition, inflexible et sans quartier est-il désormais consacré par un pouvoir aux abois, alors que celui-ci nous en livre l'avant-goût amer depuis quelques jours?

On y est avec le renforcement d'une police sécuritaire sur l'ensemble du territoire, dans les communes jusque dans les officines privées de sécurité, avec la généralisation des dispositifs de surveillance de masse, ses milliers de drones déployés au-dessus de nos têtes, ainsi qu'avec l'exploitation en temps réel des vidéos policières et la reconnaissance faciale, porte ouverte aux contrôles préventifs !

Bienvenue à la mise en place en France d'un maintien de l'ordre de confrontation dans le strict anonymat des policiers qui signera ici leur irresponsabilité pénale génératrice de récidive de la violence, que ces nouvelles mesures ne manqueront pas d'accompagner.

Aux oubliettes la doctrine de mise à distance et de l'usage gradué de la force sur un peuple qui ne cherche qu'à exprimer sa souffrance et son mécontentement dans le droit fondamental de nos libertés de circulation, d'opinion, de la presse, ainsi que de nos consciences.

Nos libertés résisteront-elles ainsi au basculement institutionnel et démocratique dans un pays qui glisse peu à peu dans l'autoritarisme rampant qui ne dit pas son nom ?

Et alors que cette période politique avait été prétendument placée sous le signe du renouveau qui relativisait les concepts de gauche avec le socialisme, comme ceux de droite avec la propriété, ceux pêlemêle du  progrès, du mérite, de la liberté, de la tolérance, de l'ordre, de l'égalité des chances et celle des droits. J'en passe...

Comment certains ont pu croire à ce salmigondis de convictions politiques inabouties et malléables à souhait, comme on se jette dans la gueule d'une bête immonde toujours affamée ?

Les générations futures auront assurément une idée de l'extrême confusion dogmatique qui a régi ce quinquennat dont l'image présidentielle fut construite par des magnats de grands groupes du libéralisme financier et ceux d'une presse actionnaire dont la volonté d'informer n'était assurément pas un objectif pertinent en soi.

Il s'agissait alors de construire ce produit En Marche, y compris dans l'approximation, pourvu qu'il se vende à ce prix avec un retour sur investissement et fasse gagner ses commanditaires âpres aux gains immédiats, même si le peuple dans la durée devait être le grand perdant de cette compétition inédite.

On peut toujours s'émouvoir, la larme à l'œil, de la déconvenue de ceux qui, emportés par la fiction du En Même Temps, y ont cru même de bonne foi, alors que cette trouvaille prétendait incarner la rupture des croyances dogmatiques de l'ancien monde, de ses édiles formatés Gauche/Droite et de leurs travers nourris aux conflits d'intérêt, le favoritisme, la corruption et l'abus de biens sociaux !

Ces gens avaient alors pris le parti et sans le dire, de rejeter le meilleur de la cette cinquième République agonisante, pour n'en prendre que le pire dans ce pays où l'indécence séduit et la dignité ennuie.

Et l'on assista incrédules à ce nouveau cortège de personnalités politiques impliquées dans les dérives de l'ancien monde prétendument révolu et qui se piquaient de rester au gouvernement, à l'Assemblée Nationale ou dans les grands services d'Etat.

Il s'en trouvait même encore à être embauchés au moment où j'écris ces lignes !

Ces gens s'attaquaient au pas de charge aux blocages institutionnels, les régimes de retraites, le travail, la justice, les nouveaux indésirables auxquels il fallait faire porter le chapeau de l'incivilité, voire du terrorisme, en faisant fi de la concertation dans le mépris du débat parlementaire et celui du peuple souverain, au risque de fracturer irrévocablement le pacte social.

Et la France se déversa par millions dans les rues pour deux années consécutives de manifestations et en bout de course une pandémie provoquant un confinement salvateur sur le plan sanitaire, mais aussi une source de répit pour le pouvoir.

La loi de Sécurité Globale devenait alors sa solution qui s'opposait au retour du peuple mécontent, irraisonné et en voie de déconfinement.

Cette loi, si elle était votée, nous permet d'affirmer sans erreur qu'elle porte en elle les germes viraux de l'autoritarisme qui nous feront verser sans doute possible dans la dictature si nous ne n'y opposons pas fermement.

Notre démocratie a dès lors la saveur insipide du provisoire !

La provisoire, c'est celui d'un moment d'égarement pour que tout recommence, et la France s'égare.

Le provisoire, c'est aussi le temps d'une bataille légitime qui doit se mener en faveur de la défense de notre démocratie en voie de se perdre, contre l'absurdité d'un pouvoir qui maintient nos destinées à ce prix, comme chaque fois qu'une crise sociale majeure met en danger notre pays et traverse notre histoire !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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