Les contre-vérités du Hirak sur l’ANP

Les élites Algériennes et l’obsession de l’Armée

Les élites et la société civile Algérienne ont eu toujours le défaut d’être à la remorque de l’Histoire. Celle qui va s’écrire après l’élection Présidentielle de 2019 risque définitivement d’enterrer la pensée dominante que l’Armée Algérienne est incompatible avec la Démocratie. Sans avancer, pour autant, des preuves irréfutables.

La semaine passée, dans le bruit et la fureur d’un Hirak bruyant, le Pentagone, cœur battant de l’establishment militaire Américain, a diffusé un communiqué plutôt élogieux à l’Armée Algérienne : « Partenaire stratégique et compétent », « relations solides », « Rôle constructif dans la promotion de la stabilité régionale », « grande expertise dans les opérations antiterroristes ».

Comme convenu, ce constat pragmatique et rigoureux de l’armée Américaine à son homologue Algérienne a été passé sous silence par les mêmes Voix qui tentaient, depuis le début de la crise, de vendre l’idée aux mêmes puissances occidentales que l’armée abrite à sa tête, un chef d’état-major, le Général Ahmed Gaid Salah, qui n’a d‘autre ambition que d’être le « Sissi Algérien ».

On pourrait accuser les Américains de plusieurs forfaitures, mais jamais celle de cautionner un partenariat avec une autre armée (Arabe et Africaine de surcroit), si le minimum de valeurs n’est pas partagé. Et si cette armée n’a pas démontré qu’elle est acquise aux grands principes fondamentaux qui construisent un système démocratique. En clair, une armée telle que l’ANP, qui travaille d’arrachepied pour assurer la sécurité national et régionale, et dont les forces de projections ou de défense, sont entièrement consacrées à stabiliser l’environnement régional, ne peut pas être un facteur d’instabilité dans son propre pays. C’est ce que les Américains voulaient dire. C’est ce que le Hirak ne veut pas entendre et comprendre.

Par conséquent, quand le même Chef d’état-major s’époumone depuis des mois a critiquer le « pouvoir personnel », à répéter que l’armée ne veut pas se mêler de politique, à donner des garanties de transparence unique pour la prochaine présidentielle, notamment à l’opposition et à ses élites, ces derniers scandent « état Civil et non Militaire ». Un slogan dont la véracité ne résiste pas à l’analyse de l’histoire récente.

Car l’illusion de la Démocratie et d’une construction d’un « état civil » a été portée par les gouvernements successifs de Bouteflika comme une réponse à une démilitarisation du système politique. Le Hirak s’est approprié, paradoxalement ce slogan comme étant le nœud de la crise politique actuelle. Ce qui est, au mieux, une supercherie intellectuelle, au pire, de la mauvaise foi.

Car la démilitarisation avait commencé bien avant l’arrivée de Bouteflika (l’ANP s’étant retiré du parti unique en 1989), et s’est poursuivie, avec l’empressement des généraux, de garantir des transferts de compétences à des institutions civiles. En premier lieu, la Présidence, qui n’avait alors rien trouvé de mieux que de vivre sur l’héritage trompeur d’un conflit civils-militaires.

De ce fait, Bouteflika avait limogé les généraux qui lui avaient encore tenus tête (2004), n’a pas pris en considérations les remarques de l’état-major hostile à un changement de constitution (2009 pour briguer un autre mandat), et ignoré le refus de l’armée de cautionner un quatrième mandat (2014). Tout cela pour construire, en apparence, un « état civil » qui est devenu un « état mafieux » en réalité, mais surtout pour déstructurer l’armée comme force d’arbitrage social et politique. Si vous cherchez ceux qui bloquent la Démocratie, vous les trouverez du côté des Tagarins. C’est en gros le message de Bouteflika et sa « issaba ». L’accusation était commode car l’Armée ne parle pas. On l’appelle d’ailleurs la grande muette.

Le Hirak fait semblant d’ignorer 20 ans de règne imposée avec des élections dopées à la fraude. On évacue 20 ans de Bouteflikisme pour ne diriger sa colère que sur 10 mois de parenthèse ou l’armée s’est mise en avant. Si les élites algériennes se plaisent à accuser l’armée de « confiscation du pouvoir », et bien cette « confiscation » est la plus courte dans l’histoire des démocraties (Voir les cas Espagnol, Grec, Portugais ou Turc…), ou les coupes de force militaires ont duré des années, voir des décennies. L’Armée algérienne a pourtant fixé une échéance (celle du 12 Décembre), pour un retour à une normalité institutionnelle et ce, sans lois d’exception ou couvre-feu. Elle a tenté, dans la mesure d’un terrain mouvant, d’arrêter les dérives de ce même système politique, de générer des décisions qui ne soient pas privatives des libertés, sauf dans le cas de « la sécurité nationale » ou la lutte contre la corruption. Une thématique qui a étrangement disparu des revendications du Hirak.

Tout ceci, les puissances occidentales le savent. Le parlement européen peut bien venir au secours de ces élites, cela ne changera pas le fond par la forme. Car en définitive, l’Armée Algérienne s’est mise dans l’idée d’organiser une élection démocratique, même si cela écorche quelques oreilles et elle est en passe de réussir son pari. Un « état militaire » qui génère une telle équation politique suppose que cette Armée est opposée à la gouvernance parallèle. Elle est certes protectrice des valeurs de la Nation mais en acceptant le système partisan concurrentiel.

 

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