L’endettement du Liban se retourne contre lui.

L’Etat a dû s’endetter ces trente dernières années, via sa banque centrale, pour attirer les capitaux étrangers. Depuis que la confiance est rompue, le système bancaire est assailli par les nombreuses demandes de retrait d’argent. Pour tenter d’éviter la faillite financière, le nouveau gouvernement libanais du Premier ministre Hassan Diab vient de demander l’aide du FMI.

Il est quasiment impossible de comprendre la crise politique, économique, financière et sociale qui affecte aujourd’hui le Liban sans remonter au début des années 90, lorsque le pays sort de quinze ans de guerre civile.

Pour y parvenir, le gouvernement de Rafic Hariri va renforcer les liens avec les pétro monarchies du Golfe et, surtout, avec la diaspora libanaise.

Très vite le Liban a mis en place une politique monétaire très avantageuse pour les déposants. En clair, les taux d’intérêt bancaires étaient supérieurs à 15 %. Autant dire que les riches investisseurs d’Arabie Saoudite, du Koweït ou d’autres pays du Golfe qui déposaient des pétrodollars dans les banques libanaises touchaient des rendements qui étaient sans commune mesure avec ceux d’autres pays. L’Etat n’a cessé de s’endetter depuis la fin de la guerre civile. Des années durant, personne n’y trouvait à redire, ni les autorités monétaires ni les différents gouvernements. Personne pour tirer l’alarme et dire que le pays était assis sur un volcan financier. Le Liban subit alors une forte chute des entrées de capitaux en dollars. C’est le moment où la crise économique est régionale… Où la Syrie voisine sombre dans la guerre, les réfugiés syriens affluent en nombre au Liban. Et où la diaspora libanaise réduit ses transferts d’argent sur les comptes des banques libanaises.

Le Liban a adopté une mécanique d’endettement qui se retourne aujourd’hui contre lui. Pendant des années, l’épargne de la diaspora et des richissimes investisseurs des pays du Golfe était d’abord déposée dans les banques libanaises. Et pour cause : ces banques promettaient des rendements élevés aux déposants. Mais comment pouvaient-elles promettre une rémunération de 7 % ou 10 % ? Eh bien simplement en redirigeant ces dépôts vers la banque centrale libanaise.

la Banque du Liban a souscrit massivement aux émissions de dette de l’Etat en les revendant ensuite à des banques libanaises contre des taux de rendement de plus de 15 %. Les banques n’ont donc pas hésité à diriger l’épargne de leurs déposants vers le rachat de dette souveraine auprès de la banque centrale.

Mais quand la dette publique atteint 180 % du PIB, la plus élevée au monde en termes relatifs, quand ce dernier ne produit rien, quand tout est importé et facturé en dollars et quand l’économie est totalement dollarisée, alors existe le risque d’un basculement de l’insouciance vers la défiance généralisée. Et aujourd’hui, la défiance n’épargne personne.

L’Etat n’a eu d’autre choix que d’augmenter ses taux d’intérêt dans l’espoir d’attirer à lui les capitaux manquants. L’augmentation consécutive des taux bancaires a dissuadé les entrepreneurs libanais d’emprunter pour investir. L’augmentation des taux et la fuite en avant de l’endettement public liée à la rémunération des capitaux étrangers se sont traduites par une asphyxie des finances publiques. L’Etat libanais s’endette pour payer ses dettes. Ce cercle vicieux a atteint ses limites.

Les Libanais se rendent compte que le système bancaire est extrêmement fragile. Ceux qui le peuvent décident donc de retirer leur épargne en dollars avant qu’il ne soit trop tard, avant la faillite bancaire. Cette panique n’a fait que précipiter la crise. N’oubliez pas que les dépôts auprès des banques ont été dirigés vers la banque centrale pour acheter des obligations d’Etat très rentables. Or c’est justement cette banque centrale qui n’est pas en mesure d’assurer les remboursements des obligations d’Etat achetées par la plupart des banques.

L’Etat lui-même est hyper endetté et n’a absolument plus les moyens d’amortir sa dette. Pas d’impôts, pas de taxes, faible croissance, chute pour cause de défiance des entrées de capitaux, l’étau se resserre dangereusement sur le tout nouveau gouvernement de Hassan Diab. D’où il a sollicité l’aide du Fonds monétaire international

Tant que ces banques ne réclament pas toutes en même temps cet argent, tout va bien. Seulement voilà, les clients qui craignent le pire font la queue devant les guichets des banques. Tout le monde veut récupérer son épargne. Alors, à leur tour, les banques s’adressent à la banque centrale pour demander le remboursement des obligations qu’elles ont souscrites. Et là tout se bloque, puisque la banque centrale n’a pas ces 60 milliards…

Les autorités bancaires libanaises ont décidé de limiter les retraits des épargnants. Mais si d’aventure, la banque centrale, qui ne peut pas faire face aux demandes de cash des banques, décidait dans les prochains jours de mettre une décote sur les remboursements qu’elle doit aux banques libanaises, alors ce serait non seulement un sauve-qui-peut général au Liban, mais avec en prime des tensions régionales avec les déposants du Koweït, de l’Arabie Saoudite et d’une grande partie de la diaspora libanaise.

Il faut réinstaurer la confiance, mettre fin à la panique. Le moment est extrêmement critique, car la pauvreté frappe un Libanais sur deux. Il l’est d’autant plus que le pays ne produit presque rien, que près d’un tiers des emplois dépend de l’Etat. Seuls les partenaires étrangers peuvent stabiliser le pays, en apportant des fonds.

Le Liban doit désormais prendre des décisions stratégiques importantes après avoir retardé pendant longtemps des réformes essentielles.

En mars, le Liban doit rembourser 1,2 milliard de dollars d'eurobonds des obligations émises en dollars- arrivant à échéance.

Mais les avis divergent sur le bien-fondé du paiement ou non de cette tranche. Certains milieux prônent de négocier dès à présent avec les créanciers de l’État une restructuration de la dette.

Les experts du FMI sont attendus dans les prochains jours pour présenter au Liban un plan économique, monétaire et financier global pour gérer la crise.

Une source française de haut niveau met l’accent que Le Liban doit désormais prendre des décisions stratégiques importantes après avoir retardé pendant longtemps des réformes profondes et l’Etat Libanais doit respecter ces engagements vis a vis de ces créanciers, La France souhaite aidé le Liban mais avant la mise en place d’un plan d’aide, il faut que le pays respecte ces engagements.

 

Albert Farhat

 

 

 

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