Le Liban face aux échéances…

Pour un nouveau paradigme économique libanais

 L’économie libanaise ressemble depuis le début du mouvement contestataire en octobre 2019 à un patient en soins palliatifs attendant la fin de son heure pour rejoindre les paradis ou les enfers dont regorgent les croyances des 18 communautés de cet objet politique non identifié qu’est le pays des cèdres.

 Le soi-disant miracle économique libanais est en train de virer en cauchemar pour une bonne partie de la population libanaise, qui voit son pouvoir d’achat se réduire comme une peau de chagrin.

 En effet, le débat actuel au Liban se tourne sur le paiement ou non de l’échéance future des eurobond, produit financier qui a permis à la Banque Centrale Libanaise de financer sa dette à travers des investisseurs locaux et étrangers. Une réunion houleuse a eu lieu au palais présidentiel cette semaine entre les trois membres de l’exécutif, le Président de la République, le président du parlement et le chef du gouvernement en présence du gouverneur de la Banque Centrale Libanaise et des représentants de l’association des banques du Liban. Cette dernière, bien qu’une association professionnelle, elle s’est octroyée, avec la bénédiction du gouverneur de la Banque Centrale Libanaise et de la classe politique du pays, le pouvoir d’influer voir d’imposer sa vision sur la politique économique et financière du pays.

 Il faut noter qu’il y a un quasi mariage arrangé entre la classe politique libanaise et la communauté bancaire de ce pays. Selon une étude de l’économiste libanais Jad Chaaban, publiée en 2016 et intitulée « I’ve Got The Power : Mapping Connection Between Lebanon’s Banking Sector and The Ruling Class » (http://erf.org.eg/wp-content/uploads/2016/10/1059.pdf), 18 des 20 banques commerciales libanaises ont comme actionnaires majoritaires des membres de la classe politique libanaise. Cette connexion entre le pouvoir économique et politique, qui fera démissionner un gouvernement digne de ce nom dans un pays démocratique, régit la politique économique libanaise. Pire encore, une partie de la presse libanaise n’a cessé et continue encore de cautionner cette proximité qui actuellement entre ces deux classes refusent de proposer une solution dans l’intérêt politique du pays.

 Pour résumer, l’état emprunte à trois catégories de la liquidité pour faire fonctionner l’administration. Les banques libanaises, des créanciers ou investisseurs étrangers et la population locale. Au lieu de faire en sorte de préserver l’épargne de sa propre population, l’état libanais et surtout le gouverneur de la Banque Centrale Libanaise veut préserver les banques libanaises et les investisseurs étrangers. Il est a noter que lors d’une réunion de plusieurs créanciers de la dette libanaise incluant Ashmore Group,  détenant un milliard USD, et Pimco, le représentant de cette dernière a critiqué la pression d’Asmor sur le gouvernement libanais laissant croire à un lien entre Ashmore et la communauté financière libanaise. Ces dissensions entre créanciers compliquent encore plus la décision libanaise de payer ou non l’échéance du 9 mars. 

 Impérativement, pour maintenir la confiance des marchés internationaux, le gouvernement libanais devrait payer cette échéance. Cela lui permets de gagner du temps, répondre favorablement aux créanciers étrangers et garder sa réputation de pays solvable vis-à-vis de ses créanciers internationaux. Dans le cas contraire le Liban sera obligé de payer la totalité des Eurobonds.  

Le gouvernement libanais devrait ensuite mettre en place un mécanisme de restructuration de la dette du pays et voté un plan budgétaire qui prend en charge les difficultés sociales, et de s’éloigner des discours politiques loin de la réalité économique du pays, en préservant les intérêts de sa propre population.

 

 

Romain Deboissy 

 

 

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