Le Liban, je paye ou pas ?

Un grand débat s’est engagé au Liban au sujet de l’obligation de payer aux souscripteurs le montant des Eurobonds qui viennent à échéance le 9 mars 2020.

 Les partisans du non-paiement soutiennent qu’il faut rentrer en défaut  dès à présent.

 Ils justifient leur position en disant qu’il faut garder les dollars en réserve auprès de la Banque du Liban pour assurer d’autres priorités. En revanche, les partisans du paiement à l’échéance invoquent le risque incommensurable que pourrait causer le «default ».

 Ces risques se présentent comme suit :

 - Toutes les échéances futures seront immédiatement actualisées avec leurs intérêts.

 - La saisie de tous les dépôts de la banque du Liban dans les banques étrangères. Il s’agit de dépôts qui sont de l’ordre de 25 à 30 milliards de dollars.

 - La saisie d’une partie de l’or appartenant à l’Etat libanais et qui se trouve aux Etats Unis à Fort Knox.

 - La saisie de tous les avoirs de l’Etat libanais à l’étranger.

 - La saisie de tous les navires transportant des produits à l’Etat (pétrole, blé destiné aux silos etc.).

 - Et comme conséquence indirecte, la dévaluation substantielle et automatique de la monnaie.

 A ces risques, se rajoute celui de l’achat par les fonds spécialisés dans le recouvrement des Eurobonds à bas prix. Il s’agit pour eux d’acheter les titres actuels et futurs à des prix bradés pour se faire payer à la valeur nominale actualisée au jour du défaut avec les intérêts. Un de ces fonds, « Ashmore », a déjà annoncé en avoir acheté pour 1 milliard de dollars.

 Le modus operandi de ces fonds est classique. Ils surveillent la situation de tous les Etats fragiles qui sont dans un état critique, pour en faire une proie.

 Leur méthode consiste, non seulement à détecter leurs proies, mais aussi à les pousser à faire « défaut » (Default). Ces institutions attendent le « défaut » pour s’abattre comme un essaim de sauterelles sur leurs proies. C’est d’ailleurs leur métier.

 Elles commencent donc leurs manœuvres en déléguant des éclaireurs dont le rôle n’est pas seulement de collecter des informations, mais d’agir auprès des personnalités du monde politique, économique, financier et souvent diplomatique pour influencer le cours des choses, selon leurs intérêts.

A cet égard, ils poussent les responsables de ces pays vers le « défaut », en créant une ambiance qui fait boucle de neige.

 La situation deviendrait alors extrêmement grave car cela met l’Etat en question dans une sorte de « quarantaine financière » : tous les investisseurs vont éviter le pays pour plusieurs années et les anciens investisseurs vont tenter de s’en dégager.

 Il est donc impératif d’éviter pareil piège que certains ont qualifié de « piège existentiel ».

 En revanche, le paiement de l’échéance du 9/03/2020 ne peut être que substantiellement profitable à tous les points de vue :

 - Les 2/3 de cette échéance seront reportés à des échéances futures ; car ils sont détenus par les banques libanaises et la Banque du Liban.

 - Le Liban confirmera sa notoriété en ce qu’il n’a jamais fait défaut.

 - Le Liban pourra renégocier les prochaines échéances en position d’un débiteur normal.

 L’Etat libanais aura le temps de réaliser ainsi les réformes nécessaires : 

  1. Equilibrer le budget.
  2. Etablir un système anti-corruption.
  3. Régler tous les problèmes critiques, à l’exemple de celui de l’électricité.
  4. Recueillir le fruit d’une privatisation (entre US$ 10 et 15 milliards).
  5. Et la reprise du plan CEDRE (assistance collective menée par la France en faveur du Liban).

 

 

 

 

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