aldabrah

Abonné·e de Mediapart

8 Billets

0 Édition

Billet de blog 30 mai 2011

aldabrah

Abonné·e de Mediapart

Son père est mort.

aldabrah

Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Je l'ai rencontrée ce matin dans la rue. Elle cachait ses yeux derrière des lunettes noires. La lumière du jour était magnifique et la ville se levait doucement.

Très loin de ce lieu où elle se trouvait, de l'autre côté de la terre, son père venait de mourir. On le lui avait dit la veille au téléphone.

On ne l'appelait jamais, alors, en reconnaissant la voix de sa soeur, elle avait su. Elle avait rappelé pour avoir des mots, pour se rapprocher, pour ne pas se sentir si loin,

mais il fallait laisser la ligne libre pour les pompes funèbres. Plus tard elle avait rappelé, mais on ne comprenait pas pourquoi elle voulait savoir, pourquoi ce besoin d'en parler.

Ce besoin de parler. Alors elle n'a plus appelé. Les lunettes noires c'était pour assourdir le chant trop lumineux, trop joyeux du monde, disait-elle. C'était pour veiller son père, homme

rugueux, abrupt, sauvage même, exilé, qui ne s'était couché que pour mourir. La vie allait reprendre son cours.

Il n'avait souhaité d'elle, sa fille, que quelques roses sur sa tombe. Elle les y déposerait quand elle repasserait par le pays d'enfance qui était le sien aussi.Elle avait promis.

Je sais qu'elle va tenir parole.

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.