La presse sous dictature sanitaire

En ces temps de crise, les médias n'ont jamais traité les vraies questions. L'enjeu politique semble avoir été que les gens continuent à croire au récit occidental.

L'enjeu des autorités n'est pas ce qui se dit. On se fiche des visions qui s'opposeraient ça et là avec un savant marseillais au milieu. L'enjeu c'est pas un sujet politique, local, gaulois. L'enjeu c'est le récit : historique, civilisationnel. Que l'histoire continue à s'écrire selon le récit qu'on nous vend, c'est ça qu'il fallait préserver à tout prix.

L'enjeu et le seul enjeu en fait, ça a été que les gens continuent à croire au récit.

La presse elle, a sans doute fait au début l'erreur basique de vouloir donner son opinion sur tout. C'est comme un sport national chez les gaulois, un sport dont l'arbitre est supposé être la raison. Quand on est incapable d'avoir une vision globale des choses, ne reste que la raison pour s'en faire une idée. On les traite alors de façon décontextualisées, au cas par cas. C'est ainsi qu'au fur et à mesure que les événements s'enchaînaient, la raison chuchotait que telle position était meilleure... ainsi par exemple la médecine dite "scientifique" lui a-t-elle semblé être le meilleur choix : c'était la meilleure solution DONC les autres étaient mauvaises (c'est quand ce genre de raisonnements tient lieu de pensée que s'invitent les si passionnantes opinions).

A un moment, les gens de presse se sont-ils aperçus qu'ils avaient pris parti, ou cela leur et-il venu peu à peu ? Qu'importe, la ligne directrice devenait dès lors de ne pas subir l'affront d'avoir à se déjuger. En tant qu'élite, ça ne se fait pas. D'ailleurs personne ne fait ça. Ça aurait été le discrédit. Oh pas par rapport à eux-mêmes (c'est pas comme ça leur monde). Non, crédit et discrédit se mesurent aujourd'hui au regard des réseaux sociaux. Ça fait un moment que la presse focalise sur eux, se bat avec eux et nous emmerde avec ces querelles. La conséquence première ? Elle en a oublié son rôle de contre-pouvoir. La démocratie, elle a d'autres chats à fouetter ! Il s'agit désormais de survivre face aux réseaux... en clair de préserver son casse-croûte.

Son nouveau sacerdoce est d'éduquer le peuple, assimilé depuis peu aux réseaux sociaux. Raoult, la presse s'en foutait. Elle l'avait même vaguement préservé un moment (des fois qu'il ait raison). Mais elle a surtout jugé bon de ne jamais réfléchir sérieusement à cette histoire, ou alors elle l'a bien camouflé ! Les réseaux étaient pro-Raoult ? Il fallait donc être contre, au nom de (avec toujours ce vice de parler "au nom de" quelque chose), au nom de la science, de la raison, de la responsabilité. Aussi, quand à un moment il fut entendu que la vague ne serait pas un tsunami, nonobstant les milliers de morts qui continuaient à s'accumuler, l'affaire pour elle fut close, ça n'était plus qu'une question de temps.

La suite est désormais rodée. Les réseaux sociaux sont assimilés à un amas de rumeurs (l'info la vraie, c'est nous). On évite soigneusement de reproduire tout argument intelligent (voire même on se l'attribue) ; certains n'hésitent pas à aller jusqu'à citer les pires dégueulis trouvés sur le net pour illustrer le niveau de l'adversaire (j'ai ainsi vu passer dans des journaux autrefois respectables des délires antisionistes ou fascisants en guise d'exemple de pro-Raoult). Au final on se sert du caniveau de la pensée pour stigmatiser quiconque ne s'alignerait pas sur la ligne directrice du journal. Des méthodes donc à l'exact niveau des réseaux sociaux. Et ces gens-là pensent être l'élite, c'est dingue. "Si ce n'est toi, c'est donc ton frère", concluent l'air satisfait les jeunes loups (les vieux ?) courts sur pattes.

On a ainsi eu droit à la désinformation quotidienne de gens qui, le doigt sur la couture du pantalon, ont reproduit à la lettre les mots d'ordres du gouvernement. Chacune des questions essentielles qui s'imposaient jour après jour semblait soigneusement occultée. A chaque fois à chaque fois. C'était donc ça ce qu'on appelait jadis "contre-pouvoir" ? C'est devenu ça ce dont les démocraties s'enorgueillissent et nous rebattent les oreilles ? Aberrant.

Le problème est clairement posé : ont-ils seulement pris conscience qu'une dictature sanitaire s'était instaurée (dont ils étaient partie prenante), ou plus simplement n'ont-ils strictement rien vu ? Dit autrement, la France est-elle mûre pour passer de la démocratie au totalitarisme sans même s'en apercevoir tant les gens pensent tous pareil ?

Les spécialistes, experts et autres machins officiels reviendront, blancs comme neige et toujours aussi sûrs d'eux, voire arrogants. La presse elle, a rassemblé ses moutons, comme si rien n'avait jamais eu lieu. Tout ça n'aura été qu'une parenthèse au sein de l'immuable savoir dont une nouvelle élite bon marché est devenue l'auguste représentante. Aujourd'hui la page est tournée, et les gros titres portent sur les changements sociaux ou autres qui pourraient advenir : les voilà replongés avec soulagement dans leur environnement naturel. Tout est bien qui finit bien.

 


Un peu plus était en jeu. Le récit donc. Le récit du monde, le récit linéaire de l'Occident (rappelez-vous : il y est question de liberté, de droits de l'homme... de progrès surtout : encore, toujours et d'abord). Les vestales du pouvoir chargées de le perpétrer ont encore gagné. Comme pour mai 68, on récupèrera l'affaire pour l'insérer en douceur au sein donc d'un récit qui tient lieu d'environnement mental comme d'identité collective (c'est la même chose).

La presse en aura elle été la complice, trahissant son rôle de gardienne de la démocratie, mais le récit ne le dira pas. Comment disent-ils déjà ? Le vainqueur écrit le récit ? Sauf qu'avant quand ils disaient ça, c'était en général pour s'en démarquer. Ça sera peut-être plus difficile dorénavant, mais gageons que pas trop quand même : en dessous d'un million de morts, pourquoi s'emmerder à penser ?

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.