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Billet de blog 28 janv. 2022

Enfin un billet sur les vaccins !

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les vaccins et l'effet ADE

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Immunité humorale et immunité cellulaire : comment ça marche.

En cas d'attaque microbienne, l'immunité dite "humorale" s'attaque aussitôt à l'infection, avec plus ou moins de réussite. Quelques jours après, une autre forme d'immunité intervient, cette fois pour combattre le microbe spécifique auteur de l'attaque, mais elle le combat au niveau cellulaire, en détruisant les cellules déjà infectées. L'immunité"humorale" permet en ce sens plus d'éviter la maladie, alors que la seconde (dite "cellulaire") aide plutôt à éviter qu'elle ne se propage trop.

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Il existe trois types de vaccins pour le covid :

1/ Les vaccins traditionnels (chinois, indien, et Valneva). Ici on injecte la totalité du virus, mais après l'avoir inactivé, afin qu'il ne puisse se répliquer, ou encore atténué. Le virus stimule alors nos défenses immunitaires par rapport à l'intégralité des composants du virus. Ces vaccins ne sont pas sans effets secondaires, mais ceux-ci sont étudiés depuis longtemps.

2/ Les vaccins à protéine recombinante (Novavax) : on injecte cette fois la protéine Spike, mais au sein d'autres cellules que celles de son milieu naturel (ainsi on ne peut propager la maladie). Cette opération nécessite d'ajouter des adjuvants pour stimuler nos défenses immunitaires et les aider à reconnaître la protéine, afin de produire des anticorps.

3/ Les vaccins génétiques : le principe est de faire fabriquer Spike directement par nos propres cellules. La portion d'ARN codant la protéine Spike, est emprisonné dans une nanoparticule de graisse pour les vaccins ARN (Pfizer et Moderna). Pour les vaccins ADN (AstraZeneca, Janssen), une copie ADN de cet ARN est insérée dans l'ADN d'un autre virus, désactivé, qui sert de vecteur à la transmission de Spike.

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Problèmes spécifiques aux vaccins ARN

Dans les vaccins Pfizer et Moderna, l'ARN injecté n’est pas le même que celui du virus. Il a été modifié sur sa partie la plus active : la protéine Spike. Ces vaccins envoient une dose très forte d’ARN qui donc nous fait fabriquer de la protéine Spike (alors qu'en cas d’infection, la charge virale n’est pas forcément très élevée). Le problème est de savoir s'il est raisonnable de nous faire fabriquer une protéine dont on ne connaît pas bien les effets.

Les effets secondaires sont déjà le terrain de moult controverses, mais on ne peut surtout nier la possibilité d'effets à long terme, allant même jusqu'à des craintes concernant une éventuelle modification de notre bagage génétique.

Sur ce point et selon certains (je cite ici sans bien comprendre) : "les rétrovirus et l’enzyme rétrotranscryptase conduisent régulièrement à la modification de nos gênes par les ARN au point qu’une part importante de nos gênes en est issue". D'autres au contraire affirment que l’ARN ne peut en aucun cas entrer dans le noyau des cellules (où se trouve notre ADN) et n’a donc aucun risque de transformer notre génome ou d’être transmis à notre descendance. D'autres encore, plus prudents peut-être, se contentent de dire qu'une telle possibilité est extrêmement improbable (une telle discussion dépasse mon domaine de compétence, je m'en tiens donc là).

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L'hypothèse de l'effet ADE (tentative de déchiffrage)

Au début, c'est simple. Les anticorps sont de plusieurs sortes : les neutres, qui semblent sans effets particuliers, et les "neutralisants", qui combattent la maladie. Mais existe aussi - mais dans certains cas seulement - des anticorps dit "facilitants" qui, au lieu de neutraliser le virus, facilitent sa réplication, et donc l’infection de nouvelles cellules. C'est ce qu'on appelle l'effet ADE.

Lorsque vous injectez une composition vaccinale dans le cadre des vaccins (à ARN ou à adénovirus), vous faites donc produire par vos cellules de la protéine Spike. Le problème est que les anticorps ne reconnaissent pas vraiment Spike dans son intégralité, mais seulement certains domaines appelées "épitopes", et ce sont ces domaines qui vont générer la production d'anticorps.

A partir de là, existe une étude récente (non basée sur l'expérimentation) dite "prédictive" par leurs auteurs. Elle se veut prédire les choses "par rapport aux différents épitopes décrits sur des variants". Les auteurs affirment par exemple que de plus en plus d'anticorps facilitants apparaîtraient à chaque variant : qu'ils seraient finalement "conservés" d'un variant à l'autre.

Un des auteurs de l'étude (le Pr Sabatier, directeur de recherche au CNRS et docteur en biologie cellulaire et microbiologie) a donné une interview à France-Soir. Celle-ci n'est hélas pas claire pour moi. Bien sûr j'y connais rien, mais j'ai un mal fou avec. C'est très technique d'un côté, et insuffisant quand ça se veut vulgariser : la vulgarisation n'aide en rien à comprendre le reste.

https://www.francesoir.fr/opinions-entretiens/jean-marc-sabatier-entretien-1

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La vulgarisation est simple à comprendre. On nous dit que les anticorps ne reconnaissent que certaines zones du virus, mais aussi des zones identiques quel que soit le variant. Là il est facile de comprendre que les anticorps se font leurrer par ces zones identiques au fil des variants. Les vaccins ont programmé des anticorps à reconnaître la souche de Wuhan, et ceux-ci, croyant avoir affaire à elle, déploieraient donc leurs armes contre elle

... sauf que le virus ayant muté, ils n'auraient pas la même efficacité. Pire, c'est les cellules immunitaires venues elles-mêmes attaquer le virus qui seraient infectées par celui-ci, ce qui aideraient à propager le virus. Le vaccin serait donc susceptible de provoquer des formes d'infection plus sévères et nombreuses que pour les non-vaccinés eux-mêmes, ce qui expliquerait les covid symptomatiques que certains disent dénombrer après vaccination.

Le raisonnement tient debout, mais pour moi le problème a commencé en cherchant à à aller plus loin.

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Lisons Sabatier (que j'ai résumé) :

"Si des gens ont été vaccinées avec le vaccin fait pour le virus de Wuhan, sont infectées par la suite par un autre variant, elles pourraient faire des formes plus sévères de la maladie, parce que ces anticorps facilitants sont là (ces anticorps facilitants vont se fixer sur le nouveau variant). Ces complexes entre le nouveau virus et les anticorps facilitants vont être reconnus par des cellules de l'immunité innée qui ont la particularité de reconnaître la fraction constante des anticorps. Elles vont ainsi reconnaître les complexes binaires de l'anticorps facilitant fixé sur le virus, vont phagocyter ces complexes dans le but de neutraliser le virus. Et en faisant cela, les cellules s’infectent elles-mêmes avec le nouveau variant."

Et là on nous parle de complexes "anticorps facilitant/virus" qui seraient reconnus. Ça semble vouloir dire qu'ils sont déjà présents dans le nouveau variant, au moment où l'immunité humorale se met en branle face au nouveau variant. De plus, il est question d'anticorps facilitants qui se fixeraient sur le nouveau variant, ça semble là encore être avant la réaction du système immunitaire face au nouveau variant. Non ? ("vont se fixer", c'est pas clair : ils "sont là" ou ils "vont" se fixer ?)

Moi en tous cas, je bute là-dessus, et si quelqu'un est capable de me l'expliquer, il est bienvenu.

Et la seule explication cohérente que j'ai trouvé est que les variants se fabriqueraient en fonction des souches antérieures du virus : je veux dire à partir du stade où une ancienne souche en est, y compris après une ancienne confrontation entre une souche et les effets que les anticorps ont eu sur elle. Un virus antérieur aurait développé des épitopes chargées d'anticorps qu'une nouvelle souche reprendrait en partie. Donc les épitopes ne seraient pas simplement des bouts ou des configurations de Spike, mais le fruit des confrontations de ces bouts et de leurs rencontres antérieures avec le système immunitaire.

Enfin, la base du raisonnement viendrait d'un point contesté, à savoir l'existence même d'anticorps facilitants pour les coronavirus. Selon l'étude : "Pour le Sars-CoV-1 de l'épidémie de 2002, il y a des études qui ont été réalisées et certains épitopes facilitants ont été mis en évidence. Cela signifie que ce sont des régions de la protéine Spike du Sars-CoV-1, de l'ancien coronavirus, dont on sait qu'elles font produire des anticorps qui, à la place de neutraliser l'infection, vont faciliter l'infection.Donc ce sont des épitopes dit facilitants qui suivent le phénomène ADE." Or sur ce point, la présence d'anticorps facilitants est contestée, par exemple par une chercheuse interrogée par Libération, qui certes ne dit pas qu'il n'y en a pas, mais prétend elle qu'il n'y en a aucune certitude de leur présence pour le Sars-Cov-1. D'un autre côté, le même check news de Libé dit que le problème aurait été débattu au moment de l'élaboration des vaccins, c'est dire que l'hypothèse n'est pas si facilement rejetable.

https://www.liberation.fr/checknews/anticorps-facilitants-est-il-vrai-que-le-vaccin-peut-favoriser-linfection-comme-laffirme-didier-raoult-20220113_BJVI6IVCZVB6LOCVZPISJHRYOA/

                                                     *

L'hypothèse de l'effet ADE pourrait en tous cas être corroborée par la multiplication des cas de covid symptomatiques immédiatement après vaccination. Un des problèmes des effets indésirables est en effet qu'ils ne sont pas comptabilisés dans les deux semaines suivant la vaccination, sous prétexte que c'est le temps dont celle-ci a besoin pour qu'on la considère comme effective. Du coup, pendant ces deux semaines, les gens ne sont tout simplement pas considérés comme "vaccinés" ! Or un graphique issu d'un institut canadien montre ici les "cas de covid" enregistrés justement dans ces deux semaines (en bleu) après vaccination :

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Les vaccins traditionnels sont-ils pour autant plus sûrs ?

Pas selon Helène Banoun (pharmacien biologiste - ancien Chargé de Recherches INSERM), pour qui tous les vaccins en rappel semblent faciliter les Covid dans les jours suivants l'injection.

 https://www.researchgate.net/publication/357672767_Vaccins_a_virus_inactive_anti-Covid_Valneva_et_autres_decevants

En ce qui concerne les vaccins inactivés, leur efficacité serait moindre de manière générale (autour de 50 à 60 %), et ils ne seraient pas non plus dépourvus d'effets secondaires [ndlr : on parle bien sûr ici d'effets à court terme en non de ceux qui inquiètent au sujet des vaccins ARN, et qui pourraient se produire des années après]

Pour le Valneva, les résultats sur l'immunité cellulaire seraient mauvais, et comparables aux autres vaccins sur la quantité d'anticorps induits (immunité humorale). Le Valneva semblerait même plus susceptible de produire la facilitation que les autres vaccins. Quant aux effets indésirables, ils seraient aussi présents et tout aussi graves (atteinte du foie, infarctus du myocarde, cancers, désordres rénaux et cardiaques). Ceci dit, il faut tempérer toutes ces données sur le Valneva, dans la mesure où elles n'ont été mesurées qu'en dose de rappel.

Resterait donc à savoir ce qu'il en serait en cas de vaccination complète au Valneva (pour le moment, aucun test clinique n'a été publié). Je n'arrive plus à retrouver si c'est le Valneva ou le Novavax que le gouvernement voulait faire utiliser en priorité en dose de rappel. Le problème, c'est que comme d'habitude ça participerait au foutoir général : non seulement on vaccine les anciens groupes placebo après essais, ce qui permet de ne plus pouvoir comparer ce qu'il se passe entre vaccinés et non-vaccinés en matière d'effets à long terme, mais si on ne peut bénéficier des vaccins traditionnels que sous forme de rappel aux vaccins ARN, on ne pourra pas non plus comparer les vaccins entre eux. Bref, si la population est un jour entièrement vaccinée, on ne pourra plus rien comparer... et bien sûr encore moins ceux qui auraient pu être soignés par des traitements précoces.

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