La République est morte, vive la République

Le mouvement actuel a pris une ampleur sans précédent. Le pouvoir vacille. L'opposition appelle à dissoudre l'Assemblée nationale. Mais que doivent faire les partis de gauche en cas de nouvelles élections législatives ?

Les gilets jaunes en France constituent un mouvement populaire absolument unique. Il est difficile de le comparer à d’autres mouvements historiques de France, et il faut être très confiant pour s’aventurer aux prédictions sur les conséquences, proches et lointaines, des évènements d’aujourd’hui. Le mouvement des gilets jaune était inattendu, surprenant toutes les instituions politiques par sa magnitude, son hétérogénéité et sa résilience. Ce mouvement semble en effet représenter la France d’en bas dans toute sa diversité. Dans cette France-ci on a perdu tout confiance dans la politique “politicienne”, dans les partis politiques et ses représentants, dans la république même tel qu’elle existe aujourd’hui. Ce mouvement porte, cependant, des demandes sociale fortes dans toutes ses formes et est lui-même un évènement politique majeur.

Les solutions de sortie de crise sont constamment énoncé par les représentants de l’opposition ainsi que les gilets jaunes eux même. Celles-ci peuvent prendre la forme de réponses concrètes aux demandes du mouvement. Nous pouvons donc citer en première ligne le rétablissement de l’ISF, une revalorisation du SMIC, la baisse de la CSG… Mais les solutions de crise prennent aussi la forme d’un renouveau politique. Cela consiste en un remaniement de gouvernement, avec la nomination d’un nouveau Premier ministre. Néanmoins, il est très clair que l’ennemi de la France d’en bas ce n’est pas Edouard Philipe, mais bien Emanuel Macron lui-même. Il serait donc très étonnant qu’un remaniement quelques conques puisse calmer la colère des Français. La seconde option institutionnelle de sortie de crise est une dissolution de l'Assemblée nationale, comme certains membres de l’opposition appellent de leurs vœux. Cela offrirait une occasion de calmer le mouvement en offrant un nouvelle partie de jeu démocratique, avec l’élection possible et probable d’une nouvelle majorité parlementaire. Revenons donc sur les implications de cette dernière option si elle s’avérait être celle choisie par le président de la République.

Le fait de dissoudre l'Assemblée nationale, c’est remettre le mandat de la majorité en jeu, et accepter le risque de perdre cette majorité pour apaiser une situation devenue quasi insurrectionnelle. Nous pourrions nous attendre à une défaite cinglante du pouvoir en place. Mais quel serait alors le rôle des partis d’oppositions, particulièrement les oppositions de gauche, après une dissolution ? Nous parlerons ici de l’opposition de gauche, car c’est cette force politique, dans toute sa diversité, qui peut offrir un véritable renouveau social pour le peuple de France. L’extrême droite, malgré sa proximité de nombreux manifestant(e)s des gilets jaunes, ne représentent pas idéologiquement les demandes des gilets jaunes et leur inspiration profondément sociale.

S'il se trouvait que l'Assemblée nationale était dissoute et que donc une nouvelle élection serait annoncée, nous entrerions dans un nouveau combat électoral sanglant. Celui-ci prendrait la forme d’une compétition accrue entre tous les partis d’opposition pour ce présenté comme les représentants politiques légitime du mouvement des gilets jaunes et de leurs demandes. La vraie gauche (la gauche qui se trouve actuellement dans l’opposition) et l’extrême droite se retrouveraient face à face dans ce combat. Les amitiés créent entre citoyens de tout bord hier, sur les barrages et les ronds-points, se retrouverais profondément fracturer par un tel épisode. Une course électorale ne peut que fracturer le mouvement du peuple, et dégoûter encore plus ceux qui s’abstiennent déjà.

Dans ce scénario, il se peut que l’extrême droite prenne le pouvoir, ce qui n’est évidemment pas souhaitable pour les forces ouvrière et progressiste de France. Une autre possibilité est que la vraie gauche, unie ou non, arrive première de cette élection. Le peuple Français n’a cependant plus confiance dans la Ve République, ses institutions et ses partis politique. Cette réalité est visible aujourd’hui plus que jamais. Dans cette situation, même le scénario heureux d’une victoire parlementaire de la gauche, mettrait cette gauche dans une situation extrêmement délicate. Prendre le pouvoir à travers les institutions de la Ve République délégitimerait cette nouvelle majorité tout aussi rapidement qu’elle fut élu.
Une gauche majoritaire au parlement serait limitée par le sénat, la présidence ainsi que le fonctionnement même de l'assemblée. Elle ne pourra répondre à l’attente des Français seulement au compte-goutte, devant traverser les obstacles administratifs du pouvoir. Le changement profond de la société se doit de prendre place maintenant, pas dans un mois. Les Français, l’on dit clairement, ils ne peuvent plus attendre.

De plus, il est clair que la gauche se doit aujourd’hui d'appeler à la formation d’une assemblée constituante ou son équivalent, quel que soit la forme que celle-ci prenne. La démarche pour appeler à la formation d’une assemblée constituante de manière « cohérent et juridiquement fondée », d’après le programme présidentiel de la France Insoumise, est l’utilisation de l’article 11 de la constitution par le président de la République lui-même. Mais une dissolution de l'Assemblée nationale n’appelle pas à une réélection du président de la République. Même avec une ultra majorité de gauche les parlementaires ne pourrait donc suivre ce processus et se retrouverais dans une impasse institutionnelle. L’espoir de garder une légitimité parlementaire pendant les trois prochaines années pour ensuite prendre la présidence est bien sûr un scénario très douteux. Tout ceci devant se faire à travers les institutions tel qu’elle existe aujourd'hui. Comme Mr Mélenchon, rappelle correctement : « Des événements comme ça, on en voit un ou deux dans une vie ». Il ne faut donc pas tarder à remettre en cause les institutions du pouvoir.

C’est en pensant à ces possibilités lourdes de conséquences et aux limitations intrinsèques des institutions tel qu’elles existent que toutes les organisations politiques de la vraie gauche se doivent de mûrement réfléchir à la possibilité d’un refus de participation électorale. Les membres de la gauche française, quels que soit leurs partis ou affiliation, doivent considérer le boycott d’une nouvelle élection parlementaire suivant une dissolution. Nous nous devons d’être une gauche militante et social, une gauche qui suit son peuple quand celui-ci se lève et non qui espère sans cesse que le peuple la suive enfin. Cette gauche-là se doit de dénoncer la farce démocratique. Cette gauche doit appeler de toutes ses voix, en suivant le mouvement des gilets jaunes, et le peuple français révolté, à l’instauration sans délai d’une assemblée constituante. N’essayons pas de récupérer le corps mourant de cette République, mais démontrons notre soutien absolu à la « révolution citoyenne » tel quel désire avancer. Embrassons cette occasion de renouveler de fond en comble l’état français pour le bien de son peuple et débarrassons nous, enfin, de cette monarchie.

 

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