Troisième débat des primaires démocrates: les grands se retrouvent, enfin

Ce jeudi 12 septembre s'est déroulé le troisième débat des primaires démocrates pour la candidature présidentielle, à l'Université de Texas du Sud, à Houston. Dix candidats ont pris part au débat, et pour la première fois, les trois grandes figure de la primaire démocrate se sont retrouvé côte à côte.

Ce jeudi 12 septembre s'est déroulé le troisième débat des primaires démocrates pour la candidature présidentielle, à l'Université de Texas du Sud, à Houston. Une vingtaine de candidats sont encore officiellement dans la course, mais seulement dix d'entre eux ont atteint les objectifs leur permettant de prendre part à ce débat. Pour se qualifier les candidats devait jouir d'un certain niveau de popularité mesuré sur deux indicateurs. Le premier test étant une côte d'intention de vote d'un minimum de 2 % dans au moins quatre des vingt-et-un sondages officiellement "reconnu". La deuxième épreuve étant d'avoir reçu des donations de campagnes venant de 130,000 individues distincts. Ces modalités de qualifications, deux fois plus exigeante que celles utilisé précédemment, devaient être validées avant le vendredi 18 août.

Les 10 candidats ayant participé à ce débat furent donc :

  • Joe Biden, ex-vice-président de Barack Obama ;
  • Elizabeth Warren, sénatrice du Massachusetts ;
  • Bernie Sanders, sénateur du Vermont ;
  • Kamala Harris ; sénatrice de Californie ;
  • Pete Buttigieg, maire de la ville de South Bend, Indiana ;
  • Beto O'Rourke, ancien représentant du Texas à la Chambre ;
  • Andrew Yang, entrepreneur et philanthrope ;
  • Cory Booker, sénateur du New Jersey ;
  • Julian Castro, ancien secrétaire du logement et du développement urbain sous Obama ;
  • Amy Klobuchar, sénatrice du Minnesota ;

Les dix candidats ayant participer au troisième débat des primaires démocrates. © Justin Sullivan/Getty Images Les dix candidats ayant participer au troisième débat des primaires démocrates. © Justin Sullivan/Getty Images

Ce troisième débat offrit quelque chose de nouveau aux spectateurs, ce fut en effet la première fois que les trois candidats les plus populaires, Biden, Warren et Sanders se retrouvèrent tous sur la même scène. Cela fut évité durant les précédents débats car les candidats qualifiés, étant encore nombreux ; furent étalé sur deux soirées successives. Biden, Warren et Sanders sont les seuls candidats qui obtiennent régulièrement des niveaux d'intention de vote à deux chiffres dans les sondages. Ils représentent aussi trois idéologies distinctes : Biden incarne l'héritage d'Obama et l'aile la plus modérée du parti. Warren et Sanders incarnent eux l'aile la plus progressiste du parti. Malgré le fait qu'ils sont souvent mis au coude a coude idéologique, il existe des différences importantes entre les deux candidats. Sanders s'autoproclame socialiste démocratique et est ouvertement critique du capitalisme alors que Warren refuse de se prononcer contre le capitalisme. D'autant plus, Warren a formée sa carrière politique à l'intérieur du Parti Démocrate alors que Sanders est devenu sénateur en tant qu'Indépendant et l'est encore aujourd'hui.

Joe Biden fit une très bonne performance en se montrant énergétique et confiant pendant la première heure du débat. L'ancien vice-président continue a revendiqué l'héritage d’Obama, sachant fort bien que l'ancien président est encore aujourd'hui une figure très cotée des Démocrates. Biden se présente aussi comme le pilier incontournable de l'aile modérée du parti. Au niveau de la politique il exprima ses vœux d'étendre et d'améliorer l’Afforable Care Act (la réforme du système de santé passé sous Obama) et exprima son opposition au Medicare for All (un système public et universel de santé, Medicare est le système de santé fédéral gratuit aujourd'hui en place pour les plus de 65 ans). Le début du débat, qui commença avec le thème de la santé, fut maqué par des passes d'armes entre Biden et ses deux principaux adversaires, Sanders et Warren, qui supportent tous deux Medicare for All. Biden prit l'offensive en demandant comment le coût très important d'un système universel serait financé insinuant que les impôts sur la classe moyenne devront augmenter. Concernant la question du système pénal et juridique Biden c'est montrer confiant et a appelé à éliminer les peines de prisons pour les délits non-violents. Les questions concernant l'immigration, cependant, ont laissé Biden sur la défensive. Ses actions passés concernant l'immigration sont aux plus douteuses dans un parti qui dépend de plus en plus sur l'électorat latino. L'un des modérateurs du débat n'hésita pas à enlever ses gants pour rappeler que Biden avait voté dans le passé pour la construction d'une "barrière" de 700 Miles le long de la frontière avec le Mexique, il continua en pointant du doigt le fait que l'administration d'Obama garde encore le record absolu en nombre de déportations d'immigré en situation irrégulière : plus de trois millions. Sans surprise Biden c'est montrer évasif et refuse encore de confronter ces questions.

Bernie Sanders a fait une performance adéquate malgré une voix distinctement abimée par sa campagne. Il a réussi à défendre la viabilité financière de son plan pour un système de santé universel, le Medicare for All, malgré le questionnement de Biden. Sanders, ayant écrit le texte de loi au sénat, maîtrise parfaitement le sujet. Il accepte que le plan sera couteux pour le gouvernement fédéral, mais pointe très justement que le coût total de la santé aux États-Unis diminuera de manière importante. Sanders considère que la montée des impôts sur la classe moyenne sera moins cher que les plans actuels offert par les compagnies d'assurances privée. Plus loin dans le débat Sanders fut le récipient d'une question pointer concernant son attitude vis-à-vis du Venezuela, et les différences qu'il envisage entre son socialisme et celui de Maduro. Une interrogation bien connue des représentants de la gauche Française. Il profita bien sûr de ce sujet pour expliquer et clarifier sa version d'un socialisme démocratique : "Une économie qui fonctionne pour tous, pas seulement le 1 %". Sanders eu aussi l'occasion de démontrer sa constance idéologue durant la conversation sur les interventions américaines. Il a rappelé qu'il avait voté contre la guerre en Irak, ainsi que plus récemment contre tous trois des budgets militaires passé sous la présidence de Trump. Sanders c'est finalement démarquer sur la question de l'éducation en appelant à un salaire minimum de $60,000 pour les enseignant des écoles publique, pour l'instauration de garderie d'enfants universel et pour un effacement de la dette étudiante.

Elizabeth Warren, après une grimpe impressionnante dans les sondages en juin, fait maintenant la course avec Sanders pour occuper la place du premier opposant "progressiste" à Biden. Warren a défendu Medicare for All, mais c'est vite retrouver sur la défensive sous les coups de Biden et ses questions de financement pointé. Cela eu l'effet de la voir s'abstenir des débats pendant un moment... Avant de revenir en force pendant la seconde moitié de la soirée. Warren c'est imposée en appelant de ses vœux une politique commerciale qui ne priorise pas les intérêts des compagnies mais au contraire les intérêts des travailleurs ainsi que les questions environnementales et social. Elle a de plus très clairement appeler à un rappel inconditionnel des troupes américaines en Afghanistan, avec ou sans "deal", notant que le conflit ne pouvait être résolu par la force. Une position qui devrait lui donner de la notoriété considérant la récente rupture des négociations entre Trump et les talibans.

Kamala Harris, la sénatrice de Californie, a changé les règles du jeu très tôt en adressant son discours d'ouverture directement à Donald Trump. Ce fut un pari réussi qui à démontrer l'éloquence et la force d'une candidate qui n'aurait pas peur d'être face à face avec le président Américain. Harris a cependant perdu cette dynamique très vite en centralisant son débat sur la personne et la politique de Trump, l'empêchent de se démarquer avec des offres politiques distinctes. La descente ne s'arrêta pas là, Harris c'est ensuite retrouver sur la défensive concernant sa politique pendant ses six années en tant que procureur en chef de l'État de Californie. La candidate soutiens qu'elle fut une procureure progressiste, mettant en place de nombreuses réformes. Cependant beaucoup pointe du doigt les excès et la dureté de son mandat. Ce passé non avoué restera un obstacle pour la sénatrice qui stagne en quatrième position.

Malgré un débat autrement non remarquable, Beto O'Rourke réussi à se créer un moment de gloire. Il s'est montrer très agressif sur le contrôle d'armes a feu. Sa ville natale d’El Paso, Texas a été la cible d'une attaque terroriste le 3 août dernier durant laquelle un homme blanc avec des motifs ouvertement raciste a tiré dans la foule d'un supermarché et tua 22 personnes. Lors du débat O'Rourke promis qu'il "prendrait" les AR-15 et les AK-47 (des fusils semi-automatiques) couramment détenues par des citoyens américains. Une position forte et sans compromis qui lui valu un tonnerre d'applaudissement dans le pays du droit sacré au port d'armes.

L'entrepreneur Andrew Yang a réussi lui à perdre toute légitimité dès son discours d'ouverture. Sa proposition politique phare est l'implémentation d'une variante du revenu universel, l'allocation de $1,000 par moi à toute adulte, qu'il nomme Freedom Dividend (Dividende de Liberté). Durant son discours d'ouverture il promit d'offrir un Freedom Dividend à 10 familles américaines en utilisant ses fonds de campagne. Ce geste, digne d'un jeu télé, n'a pas reçu un très bon accueil durant et après le débat présidentiel. Yang présenta aussi durant la soirée sa proposition d'instaurer des Democracy Dollars, $100 allouer par an et par adultes pour dépenser sur le candidat politique de son choix. Malgré de bonnes intentions il semble que la solution de Yang pour tout problème soit de verser de l'argent dessus...

Julian Castro c'est montrer agressif, et donc faible, en attaquant Biden sur son âge. Cependant, il défend encore très bien son plan sur l'immigration, probablement le plus compréhensif et progressiste. Buttigieg présenta son plan Douglas pour investir dans les communautés noires et défendit un système de santé mi-privée, mi-public, similaire à celui de Biden. Booker exprima également son attachement à la tâche de défaire le racisme systémique et de réformer le système de justice Américain. Klobuchar, finalement, se présenta comme la solution de l'aide modérée du parti contre "les extrêmes", cela lui vaudra de rester dans l'ombre de Joe Biden.

Le prochain et quatrième débat prendra place le 15 (et peut-être 16) octobre 2019 en Ohio. Il y a déjà 11 candidats qualifiés d'après les mêmes modalités de qualifications présenté plus haut. Les dix candidats ayant participé à ce débat seront rejoint par le milliardaire de San Francisco, Tom Steyer. Pour rappel, la première primaire prendra officielement place dans l'état d’Iowa le 3 février 2020.

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