Ce que les communistes ont à offrir à la gauche

Il est temps que la gauche reprenne sa place historique pour faire avancer les droits démocratiques, les luttes des travailleurs et la transition énergétique. Le Parti Communiste Français, muni de sa candidature à l’élection présidentielle de 2022, peut contribuer de manière considérable à cette dynamique.

         La force politique de gauche est en retrait en France, que ce soit au niveau électoral, ainsi qu’au niveau idéologique et des luttes. Il est temps qu’elle reprenne sa place historique pour faire avancer les droits démocratiques, les luttes des travailleurs et la transition énergétique. Elle est encore capable de grande démonstration de force populaire, comme le mouvement contre la réforme des retraites l’a démontré, mais ce sont presque exclusivement des combats défensifs. Les partis, les syndicats, les associations, se demandent comment créer une dynamique qui puisse fondamentalement retourner le rapport de force actuel avec le capital financier et la droite réactionnaire, pour que l’on puisse de nouveau arracher des victoires dignes de notre peuple. Le Parti Communiste Français, muni de sa candidature à l’élection présidentielle de 2022, peut contribuer de manière considérable à cette dynamique. 

          Pendant plus d’une décennie, le Parti Communiste Français s’est dérobé derrière d’autres candidats et formations aux élections présidentielles pour faire vivre et gagner la gauche sociale, écologique et solidaire en France. Une alternative qui n’a malheureusement pas vu le jour. Notre absence n’est pas à regretter, elle a permis au Parti Communiste une réflexion profonde sur son histoire et son rôle au sein de la gauche française. Ce processus fut notamment marqué par la victoire du texte alternatif « Pour un manifeste du Parti Communiste du XXIème siècle »[1] sur le texte de la direction sortante, au congrès extraordinaire de 2018. Une première en presque 100 années d’histoire de notre Parti. Mais notre absence a eu un prix, l’effacement de notre parti, de ses propositions, et de ses valeurs. Il est temps de mettre fin à cet effacement. Le communisme français à fait de nombreux sacrifices pour la gauche française, il est temps que cette gauche écoute ce qu’il a à dire.  

            L’effacement du Parti Communiste s’est fait au point que de nombreuses personnes, et surtout la jeune génération, dont je fais partie, ont pu se trouver légitimement confus sur l’identité même des communistes et ont fait un amalgame naturel entre les Insoumis et les communistes. La France Insoumise, ou les autres mouvements « gazeux » construit autour de Jean-Luc Mélenchon, n’ont cependant pas vocation à remplacer le Parti Communiste Français. Beaucoup de choses nous rapprochent dont notre besoin de justice, et notre volonté infatigable de lutter pour un monde meilleur. Cependant, nos propositions, nos stratégies et nos objectifs finaux ne sont pas les mêmes. La France Insoumise est une force nécessaire et fondamentale dans le renouvellement de la gauche sociale-démocrate française. Ce sont d’ailleurs bien des anciens électeurs du Parti Socialiste qui ont fait le gros de ses forces électorales.  Près d’un tiers de ses électeurs de 2017 provenait de l’électorat de François Hollande en 2012, et Jean Luc-Mélenchon, principal représentant de LFI, fut lui-même membre du Parti Socialiste jusqu’en 2008.[2] La France Insoumise représente une social-démocratie de combat, une social-démocratie digne des plus grands moments de son histoire en France. Son idéologie se limite cependant naturellement à ce qu’elle est, c'est-à-dire un programme de contrôle des pires excès du capitalisme et d’allégement des inégalités à travers la redistribution économique et une certaine démocratisation de nos institutions politiques. C’est ici que le Parti Communiste Français offre une alternative révolutionnaire, une vision pour un dépassement authentique du capitalisme, sur les luttes à mener et leviers à activer pour que le peuple et les travailleurs prennent le contrôle sur les modes de production et l’argent-roi, et ce de manière permanente.

          La faiblesse de la gauche aujourd’hui est dû au manque de solutions convaincantes, de propositions cohérentes, détaillées, et complémentaires, qui peuvent inspirer la confiance d’un peuple et de ses travailleurs prêts à se battre. Il est aisé de déclarer que « l’adversaire c’est le monde de la finance », ou que ce sont « les traités [européen] qui ont figée toutes les politiques économiques ». Notre économie est mondialisée, financiarisée et libéralisée, qu’on le veuille ou non. C’est notre point de départ à partir duquel il faut développer une pensée stratégique cohérente, une réflexion de long terme sur le rapport de force avec le dictat des marchés financiers. Sans cela, les victoires électorales ne permettront pas de changements profonds de société. Cette incapacité à offrir et mettre en place des solutions nous l’avons déjà vécu en Grèce avec Syriza, et en France avec le Parti Socialiste.  

            Au Parti Communiste Français se construisent des idées et des propositions fortes de sens prêtent à s’incorporer aux luttes qui font la fierté de notre mouvement ouvrier, il faut s’en emparer. La Sécurité d’emploi et de formation (SEF)[3] permet de concevoir une France sans chômage, ou chaque individu est garanti un droit à un emploi ou à une formation, avec une mobilité librement choisie entre les deux, pendant toute la durée de sa vie. Cette conception nous permet de penser et construire un système qui libère le travail et le potentiel de chacun, sans mettre en péril notre capacité à produire et notre besoin urgent d’entamer une révolution écologique de la production. Nous nous posons la question européenne de manière novatrice, car c’est le dictat des marchés financiers, et non pas simplement les traités, qui tiennent les peuples à genoux. Le combat doit se mener sur l’argent, car une économie, qu’elle soit capitaliste ou communiste, a besoin d’être financé, et le contrôle de ce financement nous permettra de décider quel monde nous construirons. La lutte doit donc se mener jusqu’à Francfort, siège de la Banque Centrale Européenne (BCE)[4] qui, loin d’être vouée à son sort actuel, a le potentiel de devenir la banque des peuples, si nous sommes prêts à la conquérir. A travers la Banque de France, elle prête des milliers de milliards à taux négatifs à nos banques, nous devons leur imposer des critères sociaux et écologiques. Elle subventionne directement des milliards aux marchés financiers, en rachetant des obligations et des titres, nous devons directement créer un fond de développement économique, social et écologique qui subventionnera directement les services publics dans nos territoires. La conquête du pouvoir doit se faire avec l’état, mais aussi avec les travailleurs et leurs syndicats en ouvrant les portes de l’entreprise à la démocratie citoyenne. Il nous faudra lutter pour que les syndicats, les travailleurs et les citoyens héritent de nouveau droit sur nos entreprises, pour concevoir et mettre en place une production sociale et écologique. Nous devons soutenir et populariser les demandes pour des investissements importants dans nos services publics, dans le ferroviaire, nos hôpitaux...

          Nous ne pouvons ignorer le grand débat électoral qui s’impose concernant les conséquences de la candidature ou des candidatures de gauche à l’élection présidentielle de 2022. Les grandes formations de gauche, le Parti Socialiste (PS), Europe Ecologie les Verts (EELV), la France Insoumise (LFI), le parti communiste Français (PCF), le Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) et Lutte ouvrière (LO) sont toutes dignes de la gauche française, et ont toutes contribué, à différents moments, à l’avancement de la lutte des classes et à d’importantes victoires sociales, ne l’oublions pas. Quel est l’avenir de cette belle famille, et comment peut-elle s’imposer et reprendre le pouvoir en France ? Les derniers sondages IFOP (Octobre 2020)[5] nous démontrent une dynamique que nous ne nous permettrons pas d’ignorer. Ceux-ci montrent que le score total de la gauche (PS, EELV, LFI, PCF, NPA, LO), dans la configuration d’un candidat unique à ces quatre premières formations, se trouve entre 18% et 19% au premier tour de l’élection présidentielle. Alors qu’une gauche incarnée par sa diversité et ses différentes propositions obtiendrait un score total nettement supérieur, entre 27% et 29,5%. Bien sûr les sondages se trompent, et les résultats ont le potentiel de changer de manière importante ces chiffres. Mais la dynamique est évidente : une gauche diverse obtient un soutien nettement plus important qu’une gauche monolithe. La conclusion est sans appel, la gauche n’accepte pas de patriarche ou de matriarche. Elle vit et respire de sa diversité !

          Il est clair que dans la situation actuelle ni une candidature unique de la gauche, ni des candidatures séparées, ne permettent de passer au deuxième tour, il nous faut accepter cette conjoncture du réel. La question est donc quelle dynamique veut-on impulser à la gauche en France ? Il nous faut une gauche diverse, représentée par ces courants idéologiques et fière de ces différences, mais prête à se parler et à s’écouter ! L’absence d’une primaire de la gauche ne veut pas dire que l’on ne peut avoir des débats forts entre tous les représentants de notre famille. Débats sur les idées, sur des propositions, sur nos espoirs et les combats à mener. Ceux-ci nous permettront de reconstruire une présence, sans compromission et sans façade, des solutions solidaires et écologiques aux défis de notre siècle.

           En tant que nouvel adhérent, jeune et fier, du Parti Communiste Français je soutiens une candidature de mon parti à l’élection présidentielle. Oui notre parti est abîmé, parfois invisible, mais il a un cœur qui bat de convictions et de luttes. Le Parti Communiste Français ce sont des dizaines de milliers d’adhérents, des sections actives sur tout le territoire, des maires et des conseillers municipaux, des députés et des sénateurs qui travaillent sans relâche, le prestige de la place du colonel Fabien, mais aussi des propositions et des débats dignes de notre temps. Sur ces piliers se construisent des dynamiques nouvelles de plus en plus nombreuses, tel le soutien actif que nos adhérents portent aux luttes dans les entreprises qui se sont récemment traduites par la réactivation du collectif national des cheminot.es communistes. Les 100 ans du Parti Communiste Français ne sont pas une histoire lointaine, mais un héritage vivant dont toute la gauche peut et doit se munir pour faire avancer et gagner notre combat, pour l’humain d’abord.

 

[1] https://enavantlemanifeste.fr/2020/03/18/pour-un-manifeste-du-parti-communiste-du-xxie-siecle-2/

[2] https://www.ifop.com/wp-content/uploads/2018/03/3749-1-study_file.pdf

[3] https://www.economie-et-politique.org/2020/09/24/la-sef-en-cinq-points/

[4] https://www.economie-et-politique.org/2020/09/08/plan-de-relance-europeen-un-pas-vers-le-federalisme-et-dans-la-dependance-envers-les-marches-financiers/

[5] https://www.ifop.com/wp-content/uploads/2020/10/117621-Rapport-T1s.pdf

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