Squat de la maison de Roland, offensive médiatique contre le droit au logement

Offensive médiatique orchestrée contre les lois anti-expulsion, instrumentalisant le fait-divers du squat de la maison de Roland à Toulouse.

Le Dimanche 7 Février 2021, La Dépêche du Midi a sorti un article dénonçant le squat de la maison de Roland, ancien salarié du journal.

Cette maison, vide de tout mobilier contrairement à ce qu’affirme l’interview de TF1, est la résidence secondaire de l'octogénaire. Elle est occupée depuis septembre 2020 par des jeunes précaires qui s’y abritent pour l’hiver.

L’info a été largement relayée par une grande partie des médias Français, principalement par ceux appartenant aux industriels de droite (Figaro/Dassault, TF1/Bouygues, CNews/Bolloré, BFMtv/Drahi), et par la presse d'extrême droite.

Au lieu de se demander pourquoi des jeunes sont contraints de forcer l’entrée d’une maison (une des 3 millions vides en France) pour ne pas dormir dehors, ils pointent tous du doigt la trêve hivernale et l'égoïsme des occupants.

Résultat, les appels à la haine envahissent le net. Dissidence Française, Les Occitaners, Generation Identitaire, groupuscules d’extrême droite ayant déjà subit de lourdes condamnations et dont certains membres sont interdits de circuler sur la commune de Toulouse, organisent la riposte sur les réseaux sociaux. Ils étaient devant la maison le mardi 9 au matin, pour déloger les squatteurs manu militari. Les soutiens des squatteurs étaient présents pour les en dissuader, préoccupés par les appels circulant sur le web. Les identitaires ont ensuite donné des interviews aux médias présents.

Tout ce cirque médiatique arrive au même moment où Les Républicains - soutenus par la majorité - mènent une offensive contre le droit au logement. Pendant que le maire de Toulouse, Jean-Luc Moudenc est aux prises avec une mobilisation contre la fermeture du DAL 31, centre d'hébergement d’urgence, et d’autres lieux apparentés au mouvement squat. Ce qui lui permet de dire à Actu Toulouse qu’il serait bien que les procédures soient facilitées. Dans toute la France, les expulsions de lieux se multiplient en pleine crise sanitaire et la propriété privée est de plus en plus affirmée comme primant sur le bien-être de la population.

L'extrême unilatéralité du propos de cette couverture médiatique qui omet complètement la problématique de la précarité du logement, laisse peu de doutes sur la volonté d’instrumentaliser cette histoire pour polariser par une mise en scène larmoyante l’opinion publique dans le cadre du démantèlement du droit au logement.

Que des médias qui se disent non partisans, censés être garants de la transparence de la vie publique, soient au service d’un agenda politique est un fait que l’on a plus le luxe, citoyens et journalistes, d’ignorer. Quand la presse - détenue par le patronat - devient un organe étatique de contrôle de l’opinion publique, c’est qu’il est temps de réagir.

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