PROPOSITION D’UNE STRATÉGIE COMMUNE

EN MÊME TEMPS QU’ON AGIT COURAGEUSEMENT (OU QU’ON SOUTIENT CELLES/CEUX QUI AGISSENT COURAGEUSEMENT), COMMENT PENSER ENSEMBLE EFFICACEMENT LA QUESTION DES MIGRANTS ?

Les lectrices/lecteurs sagaces auront remarqué que, depuis quelques GarRis, nous proposons d’étranges « cartes de navigation théorique ». Ces cartes sont issues de notre travail méticuleux, patient et de longue haleine, déployé collectivement à Nuit Debout Nice sur la place Garibaldi tous les soirs. Or , c’est pour de bon qu’il faut les utiliser, ces cartes ! Prenons donc un exemple, la « carte des migrants » (cf. le GarRi n.256).

cartenavigationmigrants

Elle est encore très rudimentaire (elle peut et doit devenir petit à petit beaucoup plus précise), mais elle nous dit déjà quelque chose (de théorique) de politiquement important : qu’il y a actuellement (au niveau francophone) au moins trois grandes familles différentes de « discours sur les migrants ». Et que le pape François est notre allié (courageux, quoique … croyant – nobody’s perfect !), détesté par les cathos de droite (genre le mystique du « christianisme sans pitié » Jean Raspail). Si l’on veut se battre pour les migrants, ces familles (et donc cette carte) il faut les (la) connaitre et de mieux en mieux ! Car ces discours (ici cartographiés) sont très efficaces, dans le bien mais aussi (hélas) dans le mal. Il y a en effet des discours rhétoriquement très forts (que beaucoup boivent par vidéo comme du petit lait) qui « démontrent », par ex., que « les migrants (ou l’immigration) sont (est) en train de nous ruiner ». C’est un discours qui risque fort de devenir dominant. Ainsi Gérard Pince, Alain Escada, Adrien Abauzit (vous les connaissez ?), mais surtout Jean Raspail (inconnu au bataillon, n’est-ce pas ?), dont il faut connaître les arguments (d’une violence inouïe, mais séduisante), si on veut les neutraliser publiquement et espérer les extirper du cœur malade des gens égarés. Ces discours « anti-migrants » sont de véritables coups de boutoir, assenés avec malice, avec des effets calculés de redondance médiatique efficace, et selon des tonalités différentes ils s’insinuent dans les esprits et les cœurs des gens. Face à cette offensive théorique, on peut certes prendre en considération des exemples courants d’argumentation inverse, pour se rassurer. Et c’est même par-là que nous avons commencé à Nuit Debout Nice, en invitant (cf. la carte de navigation) les excellents sociologues Jocelyne Streiff-Fénart et Philippe Poutignat. Problème : leur discours, très sérieux mais donc technique, est pour l’heure inaudible (pas viral du tout sur internet). Les Pince, Escada, Abauzit sont 1000 fois plus audibles, faciles à comprendre et persuasifs, notamment au niveau des petites vidéos (si besoin diffusées dans le très populaire blog d’Alain Soral). Ces discours viraux « anti-migrants », nous ne les connaissons pas. Ce sont pourtant des discours, connus de beaucoup, mais pas de nous, qui creusent notre propre tombe politique. Nous n’avons pas le courage d’attraper ce taureau par les cornes et d’engager la déconstruction de ces discours pour la médiatiser ensuite à notre avantage. Or ce mal est général. Il existe en fait un problème fondamental de l’action politique de gauche : elle est actuellement d’avance détricotée par la « nouvelle droite » (l’extrême droite qui s’est repensée). Pire : une puissante machine médiatico-culturelle a été mise en place patiemment (au départ par le philosophe Alain de Benoist, progressivement rejoint par de nombreux autres intellectuels petits ou grands), telle que toute action militante de gauche est un véritable boomerang : elle est vue, par une partie grandissante de l’opinion publique, comme une forme repoussante de crétinisme irresponsable déguisé en bien-pensance (les « bobos »). En clair, les gens qui nous voient à la fenêtre faire des manifestations (pour les réfugiés, pour les transgenres, contre la loi travail…), nous prennent de plus en plus pour des benêts irresponsables qui n’osent pas regarder en face la dure réalité des choses de ce monde. Il y a, en place, un dispositif « sable mouvant », tel que plus nous nous agitons, à gauche, plus nous nous enfonçons. Il nous faut contre-attaquer sur ce point. La conclusion à tirer est donc qu’il ne suffit absolument pas de militer (pour le féminisme, pour les migrants, pour la protection des pauvres, …). Il faut aussi, en même temps, détricoter le nouveau discours hégémonique, imposé par la nouvelle droite, en démontant patiemment et avec finesse les mécanismes qui sinon nous décrédibilisent au moment même où nous militons. Mais pour faire ce travail, il faut une alliance forte, durable et efficace des militant(e)s et des « intellectuel(le)s » : il faut faire du terrain ET bouffer du livre ! Sans ce binôme, la nouvelle droite (et l’extrême droite) gagneront. Ce discours général s’applique malheureusement très bien à la question tragique et explosive des migrants. Lutter pour eux, comme le font avec un courage aussi émouvant qu’extraordinaire des gens comme Félix, Cédric, Pierre-Alain, Sol (et bien d’autres) ne suffit pas. L’état a les moyens de nous briser à coups de condamnations pénales et pécuniaires et en dressant une population rendue bestiale contre la minorité absolue que nous serons devenu(e)s. Il faut, complémentairement à la militance, un travail théorique multi-niveaux, à savoir une connaissance de l’adversaire (in primis Jean Raspail) et la lente élaboration commune, avec les « intellectuel(le)s » en fer de lance (de par leur savoir-faire), mais à partir des expériences de terrain, d’un contre-discours approprié, capable d’affronter à terme, sur la question des migrants, n’importe quel(le) rival(e), sur la place publique, à la télévision, dans une tribune de journal, voire (peut-être un jour) dans une assemblée. Il faut que dans notre groupe des « Amis de ceux de la Roya » il y ait (de plus en plus) de(s) personnes qui connaissent de mieux en mieux les chiffres, les concepts, les analyses historiques, géographiques, politologiques et qui partagent systématiquement leur savoirs nouveaux avec les autres.

A ce titre, pour commencer, il sera important de nous organiser pour nous rendre, de manière efficace (i.e. capables de venir ensuite expliquer aux autres les enjeux débattus est les pistes futures dégagées), aux « Premiers Etats Généraux des Migrations » (Grenoble, 3 décembre 2016).

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Texte initialement paru le 18/11/2016 dans le n°263 de l'hebdo de Nuit Debout Nice, GarRi la nuit

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Repris également dans Art Debout le 05/12/2016

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