En tant qu'homme, combattre le sexisme c’est se combattre soi-même.

Dernièrement, la parole des femmes se libère. Elles dénoncent le harcèlement, les agressions sexuelles, les viols qu'elles ont subis et subissent au quotidien. Elles nomment leurs agresseurs. La peur et la honte changent de camp. Les hommes balisent. Certains sont dans l’offensive et prennent position pour affirmer et assumer leur rôle dominant. D’autres sont sur la défensive, se trouvent des circonstances atténuantes lorsqu'ils sont accusés, mettent en avant des contre-exemples  (le fameux #notallmen). Enfin, une minorité d’hommes apportent leur soutien aux femmes.

Je m’adresse à l’ensemble des hommes. Une prise de parole au  prisme de qui je suis. Je suis un homme blanc, gagnant bien sa vie. J’ai bientôt la trentaine. Je suis en couple hétérosexuel, sans enfant. Actuellement, je ne subis aucune discrimination.

Depuis deux ans, je me pose les questions personnelles suivantes : Quelle est ma place en tant qu'homme conscient de son privilège? Comment dois-je changer mon comportement dans mon entourage, dans les espaces publics ? Quel chemin dois-je faire de mon côté pour déconstruire les stéréotypes que la société m’a inculqués ?

Depuis quelques mois, arrivant à un stade avancé (mais éternellement fragile : je reste un homme) de conscience et de pratiques pro-féministes dans ma vie personnelle, je commence à orienter ma réflexion vers les hommes. Les autres. Moi mais également vous. Je présente ici des pistes pour que nous, les alliés objectifs du patriarcat, devenions de réels alliés subjectifs des luttes féministes.

 

Il y a deux ans, j’ai commencé à prendre réellement conscience de la domination exercée par les hommes sur les femmes, du caractère patriarcal de la société dans laquelle nous vivons. J’ai lu des femmes. J’ai écouté la parole des femmes. J’ai échangé avec des femmes.

J’ai accueilli cette déconstruction en moi. J’ai bougé de l’intérieur. Faire peser de moins en moins de charge mentale sur mon entourage féminin signifie mettre en place des actes, des pensées qui n’étaient pas des évidences (certains ne le sont toujours pas). J’ai pris du recul sur ma précédente relation de couple : j’ai été un homme qui se reposait sur sa condition de dominant par bien des aspects. Il fallait que cela change. En moi.

Ma rencontre avec ma compagne actuelle, féministe engagée, a été primordiale. J’ai pu libérer une parole vis-à-vis de mon désir de déconstruire certains aspects de ma masculinité, et notamment tout ce qui entre dans la « virilité ». Nous construisons désormais une relation de couple certes hétérosexuelle mais loin des stéréotypes de genre. [suite du paragraphe en réécriture car ce n'était pas clair du tout]

Dans ma vie professionnelle, je suis attentif à mon comportement vis-à-vis des mes collègues femmes. Je reprends les collègues hommes sexistes.

C’est un grand chantier, mouvementé à tous les étages. Couteux et libérateur. Je ne me plains pas. Je le vis avec angoisse et excitation.

 

J’aimerais m’appuyer sur cette description – loin d’être exhaustive – de mon expérience personnelle récente pour dégager des pistes pour mes congénères et moi-même.

Adopter un comportement non sexiste, c’est d’abord se regarder le nombril. Faire une introspection. Je suis un homme, comment les femmes le ressentent-elles ? Les femmes de mon entourage – dans la famille, les compagnes, les amies, les collègues –  et les femmes dans l’espace public. Une introspection qui ne se fait pas en cinq minutes. Engager – sans l'imposer – un dialogue avec les femmes de notre entourage est primordial.  Questionner et écouter les réponses en se taisant, en ne contredisant pas. Prendre pour argent comptant ce qui nous est dit. Nous ne pouvons juger, nous sommes des hommes. Puis mettre en pratique, plus ou moins douloureusement, ce qui a été entendu. Combattre le sexisme, c’est combattre nos propres comportements – plus ou moins conscients – sexistes. Dans l’intérêt des femmes qui sont dans nos vies et celles que nous croisons.

Adopter un comportement non sexiste, c’est ne jamais prendre la parole à la place des femmes. Elles parlent de choses que nous ne pouvons comprendre. Elles mènent leur combat contre le sexisme comme elles l’entendent. C’est respecter les cadres non-mixtes qu'elles mettent en place. C’est marquer notre solidarité, mais discrètement. Se taire, c’est être solidaire. Ne pas s’imposer, ni se mettre en avant dans des rassemblements féministes. Rester à notre place de responsables des souffrances qu'elles endurent.

Adopter un comportement non sexiste, c’est remettre en cause notre masculinité dans l’espace public. L’interroger. La limiter. Prendre de la place physiquement dans les transports en commun, prendre de la place dans l’espace sonore sont des oppressions du quotidien qu'il faut que nous combattions.

Adopter un comportement non sexiste, c’est remettre en cause notre masculinité dans notre entourage, et plus particulièrement nos relations amicales, amoureuses et/ou sexuelles. La notion de consentement est essentielle. Faire un câlin à une amie qui na rien demandé, c’est une agression. Imposer un rythme de rapports sexuels à son amoureuse, c’est du viol. Imposer une fellation à son amoureuse ou une femme, c’est du viol. Ne pas questionner, c’est imposer. Questionner à un instant t, ce n’est pas obtenir un consentement à l’instant t+1.

Adopter un comportement non sexiste, c’est se détacher de l’idée qu'une famille hétéronormative est l’unique idéal à attendre. Cette dernière est reproductrice d’un nombre extraordinaire d’oppressions masculines. Battre en brèche cet idéal, c’est découvrir des cadres où les rapports de pouvoirs sont moins forts.

Adopter un comportement non sexiste, ce n’est pas – en premier lieu – se battre au coté des femmes. Adopter un comportement non sexiste, c’est se combattre soi-même. Quotidiennement. Au plus profond.

C’est un grand chantier, mouvementé à tous les étages. Couteux et libérateur. Ne nous plaignons pas. Vivons-le avec angoisse et excitation.

 

Alex

 

Note : un livre que je peux/nous pouvons lire pour la suite : Refuser d'être un homme de John Stoltenberg. 

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