Nuit de colère

Je commence ce billet par des extraits du communiqué de mon syndicat, Sud Education 93, que vous pouvez trouver ici

Lundi 23 septembre 2019, Christine Renon, directrice de l’école Méhul, a été retrouvée morte dans l’école après avoir mis fin à ses jours pendant le week-end.

(...)

Intensification du travail et multiplication des tâches éloignées du coeur de notre métier, pressions et injonctions hiérarchiques, réformes délétères de destruction du service public d’Education, infantilisation, mobilités forcées ou restreintes, non respect du droit, isolement et tentative de nous rendre seul·es responsable des dysfonctionnements du système. L’organisation du travail est pathogène pour les personnels ! L’Institution est responsable !
Le new management tue dans l’Education nationale, comme à France Telecom ou à la SNCF.

(...)

Nous demandons donc au Directeur académique de la Seine-Saint-Denis de prendre ses responsabilités pour protéger la santé et la sécurité les personnels. SUD Education 93 a d’ors [sic] et déjà demandé la réunion d’un CHSCT départemental extraordinaire afin qu’une enquête soit menée par les représentant·es du personnel pour établir le lien entre la mort de notre collègue et ses conditions de travail et exiger des vraies mesures de prévention et de protection de la part de la hiérarchie.
Non, nous n’accepterons pas de retour à la normale après un tel événement ! Nous demandons au Ministre que cesse la mise en place d’organisations du travail pathogènes. Malgré de nombreux suicides dans l’Education Nationale, le ministère n’a pris aucune décision pour mettre fin à ces situations.

Par ailleurs ...

L’usine Seveso Lubrizol à Rouen a explosé.

Mais ...

Jacques Chirac est mort. Mince alors.

Je n'allume plus les médias depuis un temps mais n'ose les rouvrir à nouveau.

J'ai envie de gerber. Mais surtout je suis en colère. J'ai la rage. Vous savez ... On m'a déjà demandé "tu as la haine ? mais peux tu continuer longtemps à avoir la haine, ça peut t'abimer". Je n'y crois pas. Ce qui me fait tenir aujourd'hui, c'est mon boulot. Prof dans un lycée du 93. Quand ça ne va pas, j'écris, je frappe. Et ça repart. Le fameux combat sans fin : ici

Donc maintenant comme le titre du livre du pape de Lutte Ouvrière : que faire ?

Comment réagir ?

D'abord, il y aura une marche blanche le jour des obsèques de Christine Renon. Et un appel à la grève viendra le jour du CHST départemental.

 

Ce que Monsieur Blanquer ne veut voir, ce que Monsieur Auverlot, recteur de l'académie de Créteil ("la plus belle académie du monde" nous a t il affirmé un jour d'"émotion légitime") ne veut voir, ce que Madame Pécresse qui arrose l'Ile de France d'ordinateurs ne veut voir, ce que Monsieur Castaner ne veut voir, ce que Monsieur Macron ne veut voir, ce que l'ensemble des hommes politiques de "gauche" ne veut voir, c'est que nous nous organisons déjà depuis des mois, des années. Nous sommes prêt.e.s à réagir. Nous sommes prêt.e.s à contre attaquer.

Car oui, c'est une attaque que nous subissons dans l’Éducation Nationale. Salaires de misère, conditions de travail minables, mépris caractérisé du ministre et les médias qui prennent la vague, recours massif aux contractuel.le.s, ces collègues qui font le même travail que nous mais qui gagnent moins. Qui attendent tout l'été pour s'entendre dire qu'ils n'ont plus leur place dans l'Académie. Pourquoi ? Parce-que pas assez d'ancienneté, ou bien parce-que non ressortissant d'un pays de l'UE.

Face à ça, une seule solution : un mouvement massif, une grève forte et sévère. Notre heure va venir. Nous n'avons rien à perdre. Nous ne lâchons rien.

Et même si demain, c'est loin, nous ne lâchons rien.

 

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