Alex Teke-Laurent
Membre du collectif pour un Droit au Revenu
Abonné·e de Mediapart

1 Billets

1 Éditions

Billet de blog 4 avr. 2022

Revenu universel d'activité : le retour du projet antisocial de Macron

« La logique qu’on porte, c’est celle de dire que les devoirs ouvrent les droits, et non l’inverse. » tels étaient les mots de Gabriel Attal porte-parole du candidat Macron en ouverture de campagne présidentielle. Depuis ce dernier a précisé vouloir conditionner l’allocation du RSA à un minimum d’activité. Décryptage – ni de droite, ni de droite – de la proposition phare d’un programme antisocial.

Alex Teke-Laurent
Membre du collectif pour un Droit au Revenu
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Manifestation du 9 janvier 2020 contre la réforme des retraites © Nicole Teke-Laurent

Le RUA, genèse d’une obsession Jupitérienne

La stratégie nationale de lutte contre l’exclusion et contre la pauvreté lancée par le gouvernement en 2018 devait comporter un large chantier de réforme des minima sociaux. Celui-ci, voulu par Emmanuel Macron, était censé aboutir à un dispositif incluant trois minima sociaux que sont le RSA, la prime d’activité et l’allocation adulte handicapée (AAH) ainsi qu’une quatrième prestation sociale, l’aide personnalisée au logement (APL).

Début 2020, décrié par de nombreux acteurs de la solidarité, notamment dans le secteur du handicap, ce projet de réforme ne put aboutir et fut mis de côté après un an de tâtonnements du gouvernement et d’opposition des organisations nationales.

Deux ans et une crise sanitaire et sociale plus tard, le président décide de remettre à l’ordre du jour le sujet en faisant du « revenu universel d’activité » (RUA) un axe structurant de sa campagne pour sa réélection. Qui plus est, par l’introduction d’une contrainte d’activité comme nouvelle contrepartie à ce revenu minimum, le candidat fait le choix clair de transformer davantage encore le RSA en un outil de contrainte des allocataires au retour à l’emploi, plutôt que d’assistance sociale et de solidarité.


Réforme de l’assurance chômage, RUA : les deux faces d’une même pièce 

Mise en place en plusieurs étapes, la réforme de l’assurance chômage a notamment allongé la durée minimale de travail pour l'ouverture ou le rechargement des droits de quatre mois au cours des 28 derniers, à six mois au cours des 24 derniers mois.

Conçue comme une source d’économie, la réforme de l’assurance chômage de 2021 consiste en fait à fabriquer de nouveaux pauvres - en raison de droits à indemnisation rendus plus difficilement accessibles -, qu’il faudra ensuite orienter vers d’autres dispositifs d’accompagnement tels que le RSA ou la prime d’activité. Tous deux bien moindrement indemnisés. 

Cette logique, ou « effet de déversoir », repose à la fois sur le mythe de l’assistanat, considérant que les chômeurs le sont par choix. Mais aussi sur la vue de l’esprit selon laquelle plus les personnes sans emplois sont mises sous pression économiquement, plus elles seraient enclines à retrouver un emploi. Face à un marché du travail saturé, ce fantasme n’aboutit qu’à stigmatiser et paupériser toujours plus une partie de la population déjà vulnérable.


Allocataires du RSA : boucs émissaires préférés d’un projet aux accents néolibéraux

Alors même que le RSA est le seul minimum social n’ayant pas bénéficié d’une revalorisation significative depuis plusieurs années et loin d’une logique de soutien à des personnes allocataires vivant des situations très difficiles, le candidat – à l’image de Valérie Pécresse – choisit donc la stigmatisation des pauvres et désigne les personnes les plus précaires comme coupables de leur situation. Coupables tout désignés, qu’il s’agirait donc selon cette logique mortifère de punir à travers des travaux contraints.

Cette disposition est d’autant plus perverse qu’elle fait suite à une réforme de l’assurance chômage ayant vocation à déverser pour partie les allocataires de l’Unédic vers le dispositif de RSA. Ce qui revenait déjà à une première atteinte aux droits des personnes à la recherche d’emploi serait ainsi complété par une nouvelle atteinte visant à contraindre, surveiller et dissuader les personnes de faire recours à leurs droits.

Démanteler les solidarités, contraindre la population au prétexte de politique de l’emploi, renflouer les entreprises… enclin à perpétuer le mythe de l’assistanat, Emmanuel Macron s’apprêterait ainsi à appuyer son programme de campagne sur plusieurs propositions s’inscrivant pleinement dans l’héritage néolibéral en repoussant l’âge d’entrée à la retraite, en stigmatisant les pauvres et précaires, tout cela après avoir soutenu les entreprises sans exiger de contreparties sociales ou écologiques. Fin du suspens : fidèle à lui-même, le président des riches sera donc… le candidat des riches.

Revenu universel d'activité : c'est non.

En face, un véritable projet de solidarité consensuel au sein de la société civile organisée

À rebours de cette proposition antisociale, il s’agit d’opposer un projet humaniste de véritable soutien à travers plusieurs mesures concrètes de renforcement du minimum social pour soutenir les personnes dans leurs efforts quotidien pour sortir de la pauvreté et y faire face :

1- Supprimer toute contrepartie au RSA. L’allocation de cette aide doit être faite selon un principe de confiance de la société envers chacun de ses membres et non pas en perpétuant l’exclusion d’une partie de ces derniers.

2- Accorder les moyens nécessaires à un véritable suivi personnel et dissocié de l’allocation autour du projet de chacun·e, afin de donner toutes les chances d’accès à un métier décent.

3- Rehausser le minimum social au moins au niveau du seuil de pauvreté (à 50 % du niveau de vie médian en France, soit 867 euros), afin de lutter pour la dignité égale de tou·te·s, et être étendu aux 18-25 ans, tranche de la population particulièrement touchée par la précarité.

4- Simplifier le versement des aides sociales par l’automatisation des prestations à toute personne y ayant droit pour lutter efficacement contre le phénomène de non-recours.

L’ensemble de ces leviers d’amélioration se retrouve par ailleurs à travers les recommandations pour instaurer un Revenu minimum garanti soutenu notamment par le collectif du même nom et par le collectif Alerte, et repris en 2021 dans une proposition de loi dédiée déposée au Sénat. Malgré le débat nauséabond du minimum d'activité en échange du RSA, il est en outre encourageant de retrouver bonne partie de ces axes de renforcement du minimum social dans certains programmes de candidat·es à l'élection présidentielle.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal
La nomination d’Éric Coquerel suscite une polémique parmi les féministes
Plusieurs militantes ont affirmé que le député insoumis, élu jeudi président de la commission des finances, a déjà eu un comportement inapproprié avec des femmes. Mais en l’absence de signalement, aucune enquête n’a abouti. L’intéressé dément, tout en admettant avoir « évolué » depuis #MeToo.
par Lénaïg Bredoux et Mathieu Dejean
Journal — Parlement
Face au RN, gauche et droite se divisent sur la pertinence du « cordon sanitaire »
Désir de « rediabolisation » à gauche, volonté de « respecter le vote des Français » à droite… La rentrée parlementaire inédite place les forces politiques face à la délicate question de l’attitude à adopter face à l’extrême droite.
par Pauline Graulle, Christophe Gueugneau et Ilyes Ramdani
Journal — France
Extrême droite : la semaine de toutes les compromissions
En quelques jours, le parti de Marine le Pen s’est imposé aux postes clés de l’Assemblée nationale, grâce aux votes et aux lâchetés politiques des droites. Une légitimation coupable qui n’augure rien de bon.
par Ellen Salvi
Journal — Culture-Idées
L’historienne Malika Rahal : « La France n’a jamais fait son tournant anticolonialiste »
La scène politique française actuelle est née d’un monde colonial, avec lequel elle n’en a pas terminé, rappelle l’autrice d’un ouvrage important sur 1962, année de l’indépendance de l’Algérie. Un livre qui tombe à pic, à l’heure des réécritures fallacieuses de l’histoire.
par Rachida El Azzouzi

La sélection du Club

Billet de blog
Pourquoi les fonctionnaires se font (encore) avoir
3,5 % d'augmentation du point d'indice, c'est bien moins que l'inflation de 5,5%. Mais il y a pire, il y a la communication du gouvernement.
par Camaradepopof
Billet de blog
L’inflation, un poison qui se diffuse lentement
« L’inflation est un masque : elle donne l’illusion de l’aisance, elle gomme les erreurs, elle n’enrichit que les spéculateurs, elle est prime à l’insouciance, potion à court terme et poison à long terme, victoire de la cigale sur la fourmi », J-Y Naudet, 2010.
par Anice Lajnef
Billet de blog
Les services publics ne doivent pas être les victimes de l’inflation
L’inflation galopante rappelle que le monde compte de plus en plus de travailleurs pauvres dans la fonction publique. Les Etats ont pourtant les moyens de financer des services publics de qualité : il faut faire contribuer les plus riches et les multinationales.
par Irene Ovonji-Odida
Billet de blog
Oui, l’inflation s’explique bien par une boucle prix – profits !
Il est difficile d’exonérer le patronat de ces secteurs de l’inflation galopante. C’est pourquoi les mesures de blocage des prix sont nécessaires pour ralentir l’inflation et défendre le pouvoir d’achat des travailleurs. Par Sylvain Billot, statisticien économiste, diplômé de l’Ensae qui forme les administrateurs de l’Insee.
par Economistes Parlement Union Populaire